--- title: "Berger de Savoie : la race d’alpage qui n’a pas de standard FCI" url: https://www.dicochiens.fr/a-la-decouverte-du-berger-de-savoie-un-gardien-des-alpages-au-patrimoine-unique.html author: "Dico Chiens" date_published: 2024-12-10T07:32:49+01:00 date_modified: 2026-09-14T18:05:15+02:00 categories: ["Races"] image: https://www.dicochiens.fr/wp-content/uploads/2024/12/a-la-decouverte-du-berger-de-savoie-un-gardien-des-alpages-au-patrimoine-unique-1.webp description: "Commençons par ce qui gêne : le Berger de Savoie n’a pas de standard officiel. Il n’est reconnu ni par la Fédération cynologique internationale ni par la Société..." site: "Dico Chiens" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Berger de Savoie : la race d’alpage qui n’a pas de standard FCI Commençons par ce qui gêne : le Berger de Savoie n’a pas de standard officiel. Il n’est reconnu ni par la Fédération cynologique internationale ni par la Société centrale canine, il ne dispose d’aucun numéro de standard, et un chiot né de deux parents savoyards ne peut pas être inscrit au LOF sous ce nom. Ce que les éleveurs et les bergers appellent Berger de Savoie est une population de chiens de conduite locaux, entretenue sur les alpages de Savoie et de Haute-Savoie, qui a survécu à côté du circuit officiel de la cynophilie. Cela n’en fait pas un chien imaginaire. Il travaille encore. Simplement, sa fiche ne se lit pas comme celle d’un Berger Australien, et toute page qui vous servirait un tableau bien rempli de mensurations au millimètre vous raconterait une histoire. **Point de statut** Pas de reconnaissance FCI, pas de numéro de standard, pas d’inscription au LOF sous ce nom. Un chiot vendu comme « Berger de Savoie » est vendu sans pedigree officiel, quelle que soit la bonne foi de l’éleveur. Les portées se transmettent par attestation de l’éleveur ou par un registre associatif, ce qui n’a pas la même valeur juridique qu’un pedigree. ## D’où vient ce chien L’élevage ovin de montagne a produit partout en Europe des chiens de conduite de petit à moyen format, sélectionnés sur le travail et jamais sur l’apparence. La Savoie n’a pas fait exception. Pendant que le Berger de Beauce, le Berger de Brie ou le Berger des Pyrénées entraient dans les livres d’origines à la fin du XIXe siècle, les chiens des alpages savoyards sont restés entre les mains des alpagistes, qui les choisissaient sur un seul critère : est-ce que ce chien tient le troupeau dans une pente à trente pour cent, par temps de brouillard, sans mordre. Il faut distinguer deux métiers, parce que la confusion est permanente. Le chien de conduite rassemble, oriente, ramène les traînardes. Le chien de protection, lui, vit dans le troupeau et dissuade le prédateur : en Savoie, ce rôle est tenu par des Montagne des Pyrénées, pas par le Berger de Savoie. Un alpagiste qui a des loups dans son secteur travaille souvent avec les deux, et ce sont deux chiens qui n’ont rien en commun. ## À quoi il ressemble Sans standard, il n’y a pas de description qui fasse autorité, seulement une tendance. Les sujets recensés sont des chiens de format moyen, dans la fourchette d’un Border Collie ou d’un Berger des Pyrénées, jamais des molosses. Le poil est court à mi-long, plus fourni sur la collerette et la culotte, avec un sous-poil qui s’épaissit d’octobre à mars. Les robes les plus courantes sont le noir, le noir et feu, le gris ardoise et les variantes marbrées. La conséquence de cette absence de standard est simple : deux Bergers de Savoie peuvent se ressembler assez peu. C’est le prix d’une sélection faite sur l’aptitude au travail, et c’est aussi ce qui rend l’homologation compliquée. Une race, au sens FCI, suppose une population qui reproduit un type stable de génération en génération. Ici, on est encore au stade du recensement. ![Chien de berger noir et feu à poil mi-long, debout dans un alpage de montagne](https://www.dicochiens.fr/wp-content/uploads/2024/12/a-la-decouverte-du-berger-de-savoie-un-gardien-des-alpages-au-patrimoine-unique.webp) *Type de conduite savoyard : format moyen, poil mi-long, sous-poil épais.* ## Le caractère au travail Les bergers qui en gardent décrivent tous la même chose : un chien qui prend des initiatives. Le Berger de Savoie n’attend pas l’ordre pour aller chercher une brebis partie dans un couloir, il y va. Sur l’alpage c’est une qualité. Dans un jardin de lotissement, c’est un chien qui décide tout seul de gérer les allées et venues, et ça devient vite pénible. Avec la famille, il est proche sans être collant. Avec les inconnus, il est réservé plutôt qu’agressif : il observe, il se met en travers, il aboie. Avec les autres chiens, tout dépend de la socialisation de chiot, comme partout, mais un mâle entier issu d’une lignée de travail n’a rien d’un chien de parc à chiens. **Le test de la balade en ville** Avant d’acheter, demandez à voir la mère en dehors de la ferme. Un chien de conduite bien dans sa tête traverse un parking, croise une poussette et remonte en voiture sans se figer. Un chien qui n’a jamais quitté l’alpage transmet à ses chiots une part de cette hypersensibilité au bruit et au mouvement. ## Éducation C’est un chien sensible à la voix et allergique à la contrainte physique. Le rappel se travaille dès huit semaines, tous les jours, dans un espace clos avant de passer en extérieur. Le point difficile n’est pas l’obéissance : c’est le contrôle de l’instinct de conduite. Un chiot qui court derrière un vélo, un jogger ou les jambes d’un enfant fait son métier. Si personne ne lui apprend qu’un enfant n’est pas une brebis, il continue, et à douze mois il pince. Comptez deux séances courtes par jour, dix minutes chacune, plutôt qu’une heure le dimanche. Ajoutez du travail de flair : un chien de conduite qui cherche des croquettes cachées dans un pré se fatigue plus vite qu’avec trois kilomètres de trot. ## Besoins réels et vie en appartement La réponse honnête : non. Pas parce qu’il lui faut cinq hectares, mais parce qu’il lui faut une occupation. Un Berger de Savoie sorti trois fois vingt minutes en laisse dans une rue passante est un chien frustré qui aboie sur les bruits d’escalier. Avec deux vraies sorties d’une heure en milieu ouvert, du rappel, du travail de recherche et un maître présent, il vit très bien dans une maison sans grand terrain. **Le budget en entretien courant** Un chien de ce format consomme entre 250 et 350 grammes de croquettes de bonne qualité par jour. Ajoutez le rappel annuel de vaccins, le vermifuge tous les trois mois et l’antiparasitaire d’avril à novembre : le socle santé d’un chien en bonne forme se situe autour de 200 à 300 euros par an, hors accident. ## Santé et entretien du poil L’avantage d’une population non sélectionnée sur l’esthétique, c’est qu’elle n’a pas accumulé les tares d’une mode d’élevage. Aucune maladie héréditaire n’est statistiquement documentée pour ce chien, tout simplement parce qu’aucun suivi de population n’existe. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas : les chiens de berger français partagent un fond commun de dysplasie coxo-fémorale, et le manque de diversité génétique dans une population fermée de quelques centaines d’individus est un risque réel de consanguinité. Si vous prenez un chiot, faites radiographier les hanches à douze mois et faites remonter le résultat à l’éleveur. C’est comme ça qu’une cotation A à E finit par exister pour une race. Chez les bergers en général, le test génétique MDR1 mérite d’être fait avant toute anesthésie ou tout traitement antiparasitaire à base d’ivermectine. Côté poil, un brossage par semaine suffit onze mois sur douze. Pendant la mue de printemps, passez à trois fois par semaine avec un peigne à dents larges puis une carde, sinon le sous-poil mort feutre à la culotte et derrière les oreilles. Pas de tonte : le sous-poil isole du froid comme du chaud. **L’erreur qui coûte cher** Ne tondez jamais un chien à double poil pour « le rafraîchir » l’été. Le sous-poil coupé repousse mal, parfois de façon irrégulière, et le chien perd sa protection contre les coups de soleil et la chaleur. Pour le refroidir, mouillez le ventre et les coussinets, pas le dos. ## Où trouver un chiot Il n’y a pas d’élevage professionnel au sens commercial, et c’est plutôt bon signe. Les portées naissent chez des éleveurs ovins qui font reproduire leurs chiennes de travail, et se placent le plus souvent avant la naissance, dans le réseau des alpagistes. Il faut passer par les associations qui recensent la population savoyarde, accepter d’attendre, et souvent accepter aussi de dire ce que vous ferez du chien. Les prix pratiqués sont ceux d’un chien de travail sans pedigree, très en dessous de ceux d’une race homologuée. Méfiez-vous de l’inverse : une annonce à quinze cents euros pour un « Berger de Savoie de pure race avec papiers » est mécaniquement suspecte, puisque ces papiers n’existent pas. Dernier point de vigilance, valable pour tout chien de conduite : un chiot qui n’a pas vu de troupeau avant six mois ne deviendra pas un chien de travail par miracle, et un chiot élevé en stabulation sans contact humain quotidien arrive craintif. Demandez à voir où la portée a grandi. Le lieu vous dit plus que le pedigree. --- ## À propos de l'auteur **Dico Chiens** — Ah, les chiens ! Ces créatures mystérieuses et fascinantes qui ont conquis le cœur de millions de personnes à travers le monde. Si vous êtes comme moi, obsédé par le meilleur ami de l'homme, alors vous êtes au bon endroit.