--- title: "Cursinu : le chien corse et son cheptel encore étroit" url: https://www.dicochiens.fr/a-la-decouverte-du-cursinu-un-tresor-canin-de-la-region-corse.html author: "Dico Chiens" date_published: 2025-03-26T20:14:13+01:00 date_modified: 2026-09-14T18:06:09+02:00 categories: ["Races"] image: https://www.dicochiens.fr/wp-content/uploads/2025/03/a-la-decouverte-du-cursinu-un-tresor-canin-de-la-region-corse-1.webp description: "Le Cursinu est le chien de Corse. Pas une variété locale d’une race continentale : une population insulaire ancienne, longtemps sans papiers, sauvée de justesse..." site: "Dico Chiens" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Cursinu : le chien corse et son cheptel encore étroit Le Cursinu est le chien de Corse. Pas une variété locale d’une race continentale : une population insulaire ancienne, longtemps sans papiers, sauvée de justesse dans les années 1980 par une poignée d’éleveurs et de bergers. Cette fiche donne l’état des lieux : origine, reconnaissance, standard, caractère, éducation, santé et la question qui décide de tout, celle du cheptel. ## Une population de bergers, pas un projet d’élevage Le Cursinu descend des chiens de ferme et de troupeau utilisés en Corse depuis des siècles, sélectionnés par l’usage et non par un standard écrit. Il gardait la maison, rassemblait les chèvres et les porcs semi-libres, suivait le chasseur au sanglier. Le nom lui-même veut simplement dire « le corse » en langue corse. La mécanisation de l’agriculture et l’arrivée massive de races continentales ont failli l’effacer. Dans les années 1980, un recensement mené sur l’île par des passionnés a retrouvé des sujets typés dispersés dans les villages de l’intérieur, souvent chez des éleveurs âgés. C’est à partir de ce noyau, et de lui seul, qu’a été reconstitué le cheptel actuel. L’association de sauvegarde de la race travaille depuis à partir de cette base. La Société Centrale Canine a reconnu la race à titre national en 2003. Le Cursinu n’est pas reconnu par la Fédération cynologique internationale, ce qui a une conséquence concrète : il ne concourt pas en exposition internationale et n’a pas de numéro de standard FCI. Ses sujets sont inscrits au livre des origines français, une part d’entre eux encore par confirmation de chiens dits d’apparence, c’est-à-dire sans ascendance connue mais conformes au type. **Statut administratif** Race reconnue à titre national par la Société Centrale Canine en 2003, non reconnue par la FCI. L’inscription au LOF passe encore en partie par la procédure des chiens d’apparence, examinés par un juge, ce qui permet d’élargir la base génétique avec des sujets typés non issus de parents inscrits. ## À quoi ressemble un Cursinu C’est un chien de taille moyenne, sec, bâti pour marcher longtemps dans le maquis. Le garrot se situe autour de 46 à 58 cm selon le sexe, le poids entre une vingtaine et une trentaine de kilos. La tête est allongée, les oreilles portées tombantes ou semi-dressées, l’œil sombre et attentif, la queue longue. La robe la plus répandue est le fauve bringé, du froment clair au fauve charbonné de noir, avec ou sans marques blanches sur le poitrail et les doigts. Le noir et feu existe aussi. Le poil est court à mi-long, dur, avec un sous-poil qui s’épaissit l’hiver dans les villages de montagne et se perd au printemps. La variabilité reste sensible d’une lignée à l’autre, ce qui est logique pour une race jeune reconstituée sur un petit nombre de fondateurs. Un juge d’élevage vous dira que la fixation du type progresse mais n’est pas achevée, et c’est une information honnête à connaître avant d’acheter. ![Cursinu fauve bringé, oreilles semi-tombantes, debout dans un maquis corse](https://www.dicochiens.fr/wp-content/uploads/2025/03/a-la-decouverte-du-cursinu-un-tresor-canin-de-la-region-corse.webp) ## Un chien de travail avec un avis sur tout Le Cursinu n’a pas été sélectionné pour obéir vite, mais pour décider seul devant un troupeau ou un sanglier. Il en garde une autonomie de jugement que les propriétaires venus d’un Berger Australien trouvent déroutante. Il écoute, évalue, puis exécute, ou pas. Il est très attaché à sa famille et distant avec les inconnus, sans agressivité gratuite mais sans complaisance. Le sens du territoire est net : il aboie à l’approche, se place entre la maison et le visiteur, et cède quand son maître valide. C’est un chien d’alerte efficace sur une propriété, et une source de conflits de voisinage dans un lotissement serré. Avec les enfants de la maison, l’entente est bonne. Avec les autres chiens, tout dépend de la socialisation ; les mâles entiers entre eux peuvent chercher la confrontation. Avec les chats et la volaille, la cohabitation s’obtient si elle est installée tôt, l’instinct de poursuite restant présent chez une race qui chasse encore. **Le cadre de vie qui lui va** Une maison avec terrain clôturé, en zone peu dense, avec un maître présent une bonne partie de la journée. Deux longues sorties quotidiennes, dont une d’au moins une heure en terrain varié, et une occupation de tête : pistage, recherche d’objet, travail au troupeau. L’appartement en ville lui convient mal, quoi qu’en dise le vendeur. ## Éducation : de la constance, pas de la force La méthode qui marche avec ce chien tient en deux mots : cohérence et négociation. Il apprend vite ce qui a du sens pour lui, et se braque devant l’exercice gratuit répété. La contrainte physique donne un chien qui se ferme ou qui répond, jamais un chien plus obéissant. Trois chantiers à traiter avant un an. Le rappel, difficile chez une race qui prend de la distance sur une piste, se travaille en longe de dix mètres pendant des mois avant la liberté totale. La gestion des visiteurs, apprise par une routine simple, place assignée puis autorisation d’aller saluer. La marche en laisse, à installer avant que le chiot n’ait sa force adulte. La socialisation urbaine mérite un effort particulier chez les chiens élevés en bergerie. Un chiot qui n’a jamais vu de trottoir, d’ascenseur ni de foule avant quatre mois y sera mal à l’aise toute sa vie. ## Santé : peu de tares fixées, un vrai enjeu de consanguinité La bonne nouvelle d’abord : la sélection par l’usage a laissé une population sans maladie héréditaire emblématique. On ne connaît pas au Cursinu de tare de race comparable à la syringomyélie du Cavalier King Charles ou à l’uricurie du Dalmatien. Les chiens vieillissent bien, souvent au-delà de douze ans, et gardent une activité tardive. Le risque est ailleurs. Une race reconstituée sur quelques dizaines de fondateurs porte un coefficient de consanguinité qui grimpe vite si les éleveurs utilisent toujours les mêmes mâles. Le sujet est discuté ouvertement entre eux, et c’est la question à poser : quel est le coefficient de consanguinité du mariage, combien de fondateurs différents apparaissent sur cinq générations, l’étalon a-t-il déjà produit beaucoup de portées. Un éleveur qui esquive ces questions élève à l’aveugle. Les dépistages de routine restent utiles : radiographie de bassin cotée de A à E pour la dysplasie coxo-fémorale, examen des coudes chez les lignées de travail intensif. Comme chez tout chien qui court dans le maquis, la surveillance porte surtout sur les épillets dans les oreilles et entre les doigts à la belle saison, les plaies de ronce et la leishmaniose, présente en Méditerranée et qui justifie un collier ou un antiparasitaire adapté d’avril à novembre. **Leishmaniose : le point à ne pas négliger** Le phlébotome qui transmet la maladie est actif en Corse et sur tout le pourtour méditerranéen, du printemps à l’automne, à la tombée du jour. Un chien qui vit dehors sans protection antiparasitaire adaptée est exposé. Parlez-en au vétérinaire avant d’installer le chiot, pas après le premier amaigrissement inexpliqué. ## Acquérir un Cursinu quand on n’habite pas l’île Les portées se font très majoritairement en Corse, chez des éleveurs souvent amateurs au sens propre du terme, quelques chiennes, une portée de temps en temps. L’attente se compte en mois. Le prix reste nettement inférieur à celui des races à la mode, l’élevage n’étant pas une activité commerciale pour la plupart d’entre eux. Ce contexte change les critères. Vous n’aurez pas le choix entre quinze élevages : vous aurez à évaluer une personne, ses chiens adultes, la manière dont les chiots sont élevés, et à accepter d’être filtré. Beaucoup d’éleveurs corses refusent de placer un chiot dans un appartement urbain, et ils ont des raisons de le faire. Dernier point pratique pour un transfert vers le continent : un chiot de huit à dix semaines voyage mal en soute par forte chaleur. Les éleveurs préfèrent la traversée en ferry avec le nouveau propriétaire à bord, ce qui suppose de venir chercher le chien sur place et d’y consacrer deux jours. --- ## À propos de l'auteur **Dico Chiens** — Ah, les chiens ! Ces créatures mystérieuses et fascinantes qui ont conquis le cœur de millions de personnes à travers le monde. Si vous êtes comme moi, obsédé par le meilleur ami de l'homme, alors vous êtes au bon endroit.