Friandises cachées : 15 minutes de flair qui fatiguent un chien
Quinze minutes de recherche olfactive fatiguent un chien davantage qu’une heure de balade en laisse. Ce n’est pas une formule : renifler mobilise une part importante du cerveau canin, demande une concentration soutenue et fait monter la respiration. Un chien qui a cherché pendant un quart d’heure dort ensuite profondément.
Pour les propriétaires de chiens énergiques, de chiots en convalescence, de chiens âgés qui ne peuvent plus courir ou de chiens réactifs qu’on ne peut pas sortir n’importe où, cacher de la nourriture est l’outil le plus rentable qui existe. Il ne coûte rien et se pratique dans un studio.
Ce qui se passe dans le nez du chien
L’odorat canin dépasse le nôtre dans des proportions difficiles à imaginer. La muqueuse olfactive du chien couvre une surface bien supérieure à celle de l’homme, et la zone du cerveau consacrée au traitement des odeurs occupe une place sans commune mesure avec la nôtre. Le chien dispose en outre d’un organe voméro-nasal, situé au-dessus du palais, qui capte des molécules que nous ne percevons pas du tout.
Un chien qui renifle inspire par saccades rapides, plusieurs fois par seconde, et sépare le flux d’air respiratoire du flux olfactif. Il analyse aussi séparément ce qui entre par chaque narine, ce qui lui donne une direction. Voilà pourquoi un chien lancé sur une piste balaie la zone en zigzag avant de filer droit : il cherche le bord du cône d’odeur.
Le premier exercice, celui qu’on rate rarement
On commence facile, beaucoup plus facile qu’on ne le croit nécessaire. Le chien assiste à la scène : on lui montre le morceau de fromage, on le pose par terre à trois mètres, devant lui, à découvert. On dit un mot, toujours le même, « cherche » par exemple, et on le libère. Il va droit dessus. C’est exactement ce qu’on veut : il apprend le mot, pas la difficulté.
Cinq répétitions ainsi. Ensuite on pose le morceau derrière un pied de chaise, toujours devant lui. Puis on sort le chien de la pièce pendant qu’on cache trois morceaux au sol, à découvert. On le fait entrer, on dit le mot, on le laisse faire.
La règle d’or est de ne jamais l’aider avec le doigt ni le regard. Le chien qui apprend à lire l’humain plutôt qu’à chercher perd tout le bénéfice de l’exercice. S’il tourne en rond sans trouver, l’exercice était trop dur : on rejette un morceau visible et on repart plus bas.
Monter la difficulté dans le bon ordre
Trois paramètres se durcissent, et jamais deux en même temps. La hauteur d’abord : du sol au rebord d’un fauteuil, puis à hauteur de genou, puis plus haut, ce qui oblige le chien à travailler la tête levée, un geste qu’il ne fait pas spontanément. La surface ensuite : de la pièce unique à l’appartement entier, puis au jardin. La visibilité enfin : de la friandise posée à découvert à celle glissée sous un torchon, dans une boîte à œufs, au fond d’un rouleau de papier fermé aux deux bouts.
Le passage à l’extérieur mérite une mention particulière. Un jardin contient déjà des centaines d’odeurs, et le chien débutant y perd son cap. On délimite une zone d’un mètre sur un mètre avec quatre objets, on cache dedans, et on élargit ensuite.
Tapis de fouille, boîtes et objets du placard
Le tapis de fouille est un tapis à longues franges de tissu dans lesquelles on éparpille des croquettes. Le chien fouille avec le museau et la patte. On en trouve dans le commerce, on en fabrique un en nouant des bandes de polaire sur un tapis antidérapant à trous, ce qui prend une soirée et ne coûte que la polaire. Un point de vigilance : les chiens gloutons apprennent parfois à mordre le tissu, il vaut mieux rester dans la pièce.
La boîte à œufs vide fonctionne très bien pour un premier jouet de réflexion : une croquette par alvéole, refermée sans être scotchée. La serviette de bain roulée avec des friandises dans les plis occupe cinq minutes. Une rangée de gobelets retournés, dont un seul cache la récompense, apprend au chien à discriminer par le nez plutôt qu’à taper partout, à condition de ne pas récompenser les erreurs.
Le jouet distributeur en caoutchouc rempli de pâtée puis congelé tient un chien occupé longtemps et sert particulièrement bien à travailler la solitude. On le donne au moment du départ, jamais après le retour.
Le jeu des boîtes, version sport canin
La recherche libre a une grande sœur codifiée. Dans la discipline dite du flair, ou détection sportive, le chien apprend à signaler une odeur cible précise, souvent une huile essentielle déposée sur un coton, cachée dans un contenant parmi d’autres. Il indique la bonne boîte en s’asseyant ou en la fixant, et il est payé après le signal.
L’intérêt de cette version formalisée est qu’elle donne un cadre progressif et des objectifs. Elle se pratique à tout âge, avec toutes les races, y compris les chiens à museau court, les chiens sourds et les chiens à trois pattes. Des clubs la proposent en France sous plusieurs appellations. Pour un chien réactif aux congénères, l’intérêt est double : le travail se fait seul sur le terrain, sans contact.
Les erreurs qui gâchent l’exercice
La première est de cacher trop dur, trop vite. Un chien qui échoue plusieurs fois de suite abandonne et se couche. La bonne progression maintient un taux de réussite élevé, autour de huit fois sur dix.
La deuxième est de contaminer les cachettes. On manipule la nourriture, puis on touche vingt endroits dans la pièce, et le chien trouve de l’odeur partout. Pour les exercices précis, une pince à épiler ou un gant règle le problème.
La troisième est d’oublier de clore la séance. Un chien laissé à chercher alors que tout est trouvé continue longtemps et finit frustré. On dit un mot de fin, toujours le même, on montre les mains vides et on range le matériel devant lui.
Ce que ça change au quotidien
Les effets se constatent en une dizaine de jours sur trois points précis. Le chien s’occupe seul plus facilement, parce qu’il a appris qu’explorer produit des résultats. Il tire moins en promenade quand on le laisse renifler à sa guise sur une partie du trajet. Et il supporte mieux les jours de pluie, où l’exercice physique se réduit.
Une promenade dite olfactive, longe de cinq mètres, harnais, aucune direction imposée, le chien décide où il va et combien de temps il reste sur un poteau, produit d’ailleurs le même bénéfice sans aucun matériel. Vingt minutes de ce régime valent une heure de marche au pied, et beaucoup de chiens dits hyperactifs sont simplement des chiens à qui on n’a jamais laissé le temps de renifler.
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