Basset Hound : pourquoi ce chien de 35 cm pèse jusqu’à 30 kilos

Basset Hound

Un Basset Hound adulte mesure environ 35 cm au garrot et pèse le poids d’un Berger Australien. Cette densité étonne tous ceux qui le portent pour la première fois chez le vétérinaire : on se baisse vers un petit chien et on soulève trente kilos. Tout le reste découle de là, la santé comme le budget comme la manière de vivre avec lui.

C’est une race anglaise, fabriquée au XIXe siècle à partir de bassets français. Les éleveurs britanniques ont cherché plus d’os, plus de peau, plus d’oreille. Ils ont obtenu un chien de chasse au lièvre d’une lenteur calculée, que le chasseur à pied pouvait suivre sans courir. Puis la sélection de beauté a poussé les mêmes caractères plus loin, et c’est là que les ennuis ont commencé.

Des bassets français devenus anglais

Les ancêtres sont des bassets d’Artois et d’Artésien Normand importés en Angleterre au milieu du XIXe siècle. Les Britanniques y ont ajouté du Bloodhound, ce qui explique la tête lourde, la peau abondante, les yeux enfoncés et cette voix de basse qu’on entend à plusieurs centaines de mètres. Le chien s’est stabilisé dans son type actuel avant la fin du siècle et la race figure aujourd’hui au groupe 6 de la FCI, parmi les chiens courants de petite taille.

Cette origine explique aussi le caractère. Un Bloodhound ne se met pas en colère et ne lâche pas une piste. Le Basset Hound a hérité des deux : une placidité réelle et une obstination totale. Ce n’est pas un chien lent d’esprit, c’est un chien qui a décidé que votre avis passait après l’odeur qu’il vient de trouver.

Un corps que la sélection a poussé trop loin

Le sternum dépasse en avant des épaules, la poitrine descend presque au niveau du sol, les antérieurs sont courts et tournés vers l’extérieur au niveau des carpes. Chez un sujet bien construit, cet ensemble tient debout et le chien trotte des heures. Chez un sujet exagéré, les coudes se décollent, les aplombs cèdent et le chien de trois ans marche déjà mal.

La différence se voit sur le chiot. Regardez les antérieurs de face : une légère déviation est dans le type, un poignet qui fléchit vers l’intérieur ne l’est pas. Regardez les paupières : un œil rouge et retourné vers l’extérieur n’est pas un charme de la race, c’est un ectropion qui demandera un collyre à vie ou une chirurgie.

Les éleveurs sérieux du continent travaillent depuis une vingtaine d’années à remonter le chien, resserrer la peau et relever les paupières. Les avis divergent sur le degré de correction souhaitable, et les juges de ring ne tranchent pas toujours dans le même sens que les vétérinaires.

Ce que la peau et les oreilles réclament chaque semaine

Le poil court ne demande rien : un gant de caoutchouc une fois par semaine et la mue passe sans drame. Le reste de l’entretien se concentre ailleurs.

Les oreilles mesurent assez pour traîner dans la gamelle et balayer le sol. Elles ferment complètement le conduit, qui reste humide et tiède. C’est la recette d’une otite chronique. Contrôle tous les deux ou trois jours, nettoyage à la lotion auriculaire au moins une fois par semaine, séchage après chaque sortie sous la pluie. Un chien qui secoue la tête, qui gratte ou qui sent aigre part chez le vétérinaire sans attendre le week-end suivant.

Les plis du museau et du cou retiennent salive et nourriture. Un passage de lingette humide puis de linge sec plusieurs fois par semaine évite la dermatite des plis. Les yeux enfoncés sous une paupière lâche accumulent poussières et poils : un nettoyage au sérum physiologique fait partie de la routine.

Placide à la maison, intraitable sur une voie

À l’intérieur, c’est un chien calme, silencieux, qui dort beaucoup et supporte la vie en appartement mieux que son gabarit ne le suggère. Il aime le contact, se colle aux gens et tolère les enfants avec une patience réelle. Il ne joue pas beaucoup passé l’âge de deux ans.

Dehors, la mécanique s’inverse. Nez au sol, il déroule et n’entend plus rien. Son rappel est l’un des plus mauvais de toutes les races courantes, et ce n’est pas un défaut d’éducation : c’est la fonction pour laquelle il a été construit. Un Basset Hound lâché en forêt sans clôture finit souvent à la fourrière du canton d’à côté.

Sa voix mérite un avertissement. Il hurle, longuement, d’une tonalité grave qui traverse les murs. Un chien laissé seul huit heures dans un immeuble se fait entendre de tout le bâtiment. C’est le premier motif d’abandon de la race, devant les problèmes de santé.

Basset Hound tricolore aux longues oreilles pendantes, de profil sur un chemin

Dysplasie du coude, disques et surpoids

La liste des affections suivies dans la race est connue des clubs. La dysplasie du coude arrive en tête, liée au format chondrodystrophe : elle se dépiste par radiographie officielle, comme la dysplasie de la hanche cotée de A à E. Les hernies discales viennent ensuite, avec la même cause mécanique. La thrombopathie du Basset Hound, un trouble de l’agrégation des plaquettes qui provoque des saignements prolongés, fait l’objet d’un test génétique. Le glaucome primaire et l’ectropion complètent le tableau du côté des yeux.

Le surpoids aggrave tout le reste et il est facile à installer : ce chien mendie avec un talent redoutable et ne se dépense pas spontanément. La règle est simple, on doit sentir les côtes sous une pression légère des doigts. Si ce n’est pas le cas, la ration baisse, quel que soit ce qu’indique le paquet de croquettes.

Deux sorties quotidiennes de trente à quarante-cinq minutes en marche soutenue entretiennent la musculature dorsale, qui protège la colonne. Les sauts, eux, se suppriment : rampe pour le coffre, interdiction du canapé, escaliers portés ou évités tant que le chien a moins d’un an.

Prix, élevage et pièges de l’annonce

Un chiot LOF issu d’un élevage qui radiographie ses reproducteurs et teste la thrombopathie se situe dans le haut de la fourchette des chiens courants. Ce qui compte davantage que le montant, ce sont les pièces que l’éleveur pose sur la table : résultats de dépistage des deux parents, certificat vétérinaire, conditions d’élevage visibles.

Fuyez les annonces qui vantent des oreilles « extra-longues », une peau très lâche ou des yeux très tombants. Ce vocabulaire décrit un chien exagéré, donc un chien qui coûtera cher en vétérinaire. Fuyez aussi les importations sans pedigree vendues à petit prix : la race est populaire à l’étranger dans des élevages intensifs, et un chiot de huit semaines sorti d’un camion a toutes les chances d’arriver avec une giardiose et une socialisation nulle.

Dernier point pratique, qu’aucun vendeur ne mentionne : ce chien bave. Sur le carrelage, sur le pantalon, sur la portière. Une serviette accrochée près de la gamelle fait partie du mobilier chez les gens qui vivent avec un Basset Hound depuis plus de six mois.

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