Berger des Shetland : 37 cm au garrot, pas un Colley miniature
Le Berger des Shetland mesure environ 37 cm au garrot chez le mâle, 35,5 cm chez la femelle, avec une tolérance de deux centimètres et demi de part et d’autre dans le standard. Retenez ce chiffre : il règle à lui seul la moitié des malentendus sur la race. Un Sheltie n’est pas un Colley rétréci, et un chien vendu comme Berger des Shetland qui atteint 45 cm au garrot est hors standard, quoi qu’en dise le vendeur.
Pour le reste, c’est un chien de conduite miniaturisé par l’insularité, réputé pour sa vitesse d’apprentissage et pour une chose que peu d’annonces mentionnent : il aboie. Beaucoup.
Des îles Shetland à la FCI
Les îles Shetland, au nord de l’Écosse, ont produit une série d’animaux de petit format : le poney Shetland, le mouton Shetland, la vache Shetland. Le pâturage y est pauvre, les hivers sont longs, et la sélection a favorisé les gabarits qui mangent peu. Le chien de ferme local suit la même logique. Il gardait les cultures des moutons en liberté autant qu’il ne conduisait le troupeau.
Au début du XXe siècle, des croisements avec le Colley à poil long ont fixé l’allure actuelle : tête en coin allongée, expression douce, collerette abondante. Le nom officiel de Shetland Sheepdog s’impose dans les années 1910. La race est classée par la FCI dans le groupe 1, celui des chiens de berger et de bouvier, section 1, sous le standard numéro 88, avec le Royaume-Uni comme pays d’origine.
Le poil et les robes
Double poil : un poil de couverture long et droit, rêche au toucher, et un sous-poil court et serré qui fait toute l’isolation. La collerette et la crinière sont fournies, la queue est bien garnie, l’arrière des membres porte des franges. Les oreilles sont petites, portées semi-dressées avec la pointe qui retombe vers l’avant.
Trois robes dominent. Le zibeline, du fauve doré à l’acajou, toujours avec des marques blanches. Le tricolore, noir profond avec feu et blanc. Le bleu merle, gris argenté marbré de noir. Le noir et blanc ainsi que le noir et feu existent aussi. Un point compte : le merle ne se croise jamais avec du merle. L’accouplement de deux porteurs produit des chiots double merle, souvent sourds, souvent malvoyants, parfois les deux. Un éleveur qui vous propose une portée merle par merle en la présentant comme rare est un éleveur à fuir.
Un chien qui donne de la voix
C’est le sujet que les nouveaux propriétaires découvrent trop tard. Le Sheltie a été sélectionné pour alerter, et il alerte : le facteur, l’ascenseur, un chien qui passe sur le trottoir d’en face, une porte de voiture à cinquante mètres. Sur un chien qui vit en pavillon isolé, personne ne le remarque. En immeuble, ça devient un conflit de voisinage en quelques semaines.
Le comportement se travaille, à condition de commencer tôt. On apprend le « stop » sur deux ou trois aboiements plutôt que de chercher le silence total, qui n’arrivera pas. On évite surtout de crier : pour le chien, un maître qui hausse le ton aboie avec lui. Un Sheltie qui aboie beaucoup est souvent un Sheltie qui s’ennuie, et la quantité de voix baisse avec la quantité de travail mental.
Éduquer un chien qui apprend plus vite que vous
La réputation d’intelligence est méritée, avec un revers : il enregistre aussi vite les mauvaises habitudes. Un Sheltie à qui l’on cède une fois sur trois pour un aboiement de demande apprend en une semaine que l’aboiement fonctionne, et il faudra des mois pour défaire ça.
Il travaille à la voix, il déteste la brusquerie, il se referme si on le gronde fort. Les séances courtes marchent mieux que les longues : cinq minutes trois fois par jour, jeu à la clé. En sport canin, c’est un chien taillé pour l’agility et surtout pour l’obéissance, où sa précision fait des merveilles. Le flyball lui convient moins bien, trop d’excitation et trop de bruit pour un chien sensible.
Les maladies à dépister
Le Sheltie paie le prix de sa parenté avec le Colley sur plusieurs points précis, et tous se testent avant la saillie.
L’anomalie de l’œil du Colley, souvent abrégée AOC, touche la choroïde et le nerf optique. Elle se dépiste par examen du fond d’œil sur le chiot entre six et huit semaines, période où les lésions sont les plus lisibles, et par test ADN chez l’adulte. Les formes légères n’évoluent pas, les formes sévères provoquent un décollement de rétine.
La mutation MDR1 rend le chien intolérant à toute une famille de molécules : ivermectine, milbémycine à forte dose, lopéramide, certains anticancéreux. Un test salivaire ou sanguin donne le génotype une fois pour toutes. Un chien muté qui reçoit un vermifuge classique peut faire une atteinte neurologique grave. Faites le test, notez le résultat sur le carnet de santé, et montrez-le à chaque vétérinaire que vous consultez.
S’ajoutent l’atrophie progressive de la rétine, la luxation de la rotule fréquente chez les petits formats, l’hypothyroïdie qui apparaît souvent entre quatre et sept ans avec prise de poids et poil terne, et la dermatomyosite, une maladie de peau et de muscle propre aux lignées Colley et Sheltie.
Le brossage, semaine après semaine
Comptez trente minutes par semaine en période normale : une carde sur les flancs, un peigne métallique dans la collerette, derrière les oreilles, aux aisselles et à la culotte. Ce sont les quatre zones où les nœuds se forment, et un nœud serré contre la peau finit en dermatite humide en trois jours d’été.
Deux fois par an, au printemps et à l’automne, la mue change l’échelle du problème. Pendant trois à quatre semaines, il faut y passer vingt minutes par jour, sinon le sous-poil mort se feutre en plaques. Un toilettage professionnel avec bain, séchage soufflé et démêlage se facture en général entre 50 et 80 euros dans un salon français.
La tonte est à proscrire. Le poil de couverture d’un Sheltie tondu repousse mal, parfois cotonneux, parfois jamais complètement, et le chien perd son isolation thermique dans les deux sens.
Prix d’un chiot et choix de l’éleveur
En France, un chiot Berger des Shetland inscrit au LOF chez un éleveur déclaré se situe couramment entre 1000 et 1600 euros, davantage pour un sujet issu de parents titrés en exposition ou en obéissance. Le prix inclut normalement l’identification par puce, la première vaccination, le vermifuge et les documents de naissance permettant l’inscription définitive.
Ce qui distingue un bon élevage n’est pas le prix mais trois choses vérifiables : les résultats de tests génétiques des deux parents, la possibilité de voir la mère avec sa portée dans son lieu de vie, et un contrat qui prévoit ce qui se passe si vous ne pouvez plus garder le chien. Un chiot ne part pas avant huit semaines, jamais.
Dernier repère de terrain : un Sheltie devient propre vers quatre mois si la maison suit le rythme de sorties, et il continue à faire des accidents de fête, par excitation, jusqu’à six ou sept mois. Ce n’est pas un retard, c’est une vessie de chien de 8 kg.
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