Chien d’élan norvégien noir : le spitz de chasse que la France ignore

Chien d’élan norvégien noir

Le chien d’élan norvégien noir, ou Norsk Elghund Sort, est le cousin méconnu du chien d’élan gris. Même pays, même travail, même famille de spitz nordiques, mais un format plus léger, une robe entièrement noire et une population si réduite que la France en compte à peine quelques dizaines d’individus. C’est une race de chasseurs scandinaves, pas un chien de salon nordique, et cette différence change tout ce qui suit.

Son métier a un nom précis en Norvège : il traque l’élan, le bloque et l’aboie sur place jusqu’à l’arrivée du chasseur, parfois pendant une heure, face à un animal de plusieurs centaines de kilos qui peut charger. Il faut un chien courageux, endurant, capable de décider seul et de se dérober au bon moment. Vous obtenez exactement ce chien-là, y compris dans votre salon.

Un noir plus petit que le gris

Le premier réflexe, quand on voit les deux races côte à côte, est de croire à un jeune chien d’élan gris. Le noir est effectivement plus court sur pattes et plus léger, dans une fourchette qui tourne autour de quarante-cinq centimètres au garrot pour les mâles, un peu moins pour les femelles, pour un poids d’une vingtaine de kilos.

La silhouette est carrée : la longueur du corps égale à peu près la hauteur au garrot. Queue enroulée serrée sur le dos, oreilles petites, triangulaires et dressées, yeux foncés en amande. La robe est noire, brillante, avec un poil de couverture assez court et droit doublé d’un sous-poil laineux qui explique tout de la vie avec ce chien.

La mue, ce que personne ne vous dit avant l’achat

Un chien à sous-poil nordique perd son sous-poil deux fois par an, au printemps et à l’automne, et la quantité surprend tous les nouveaux propriétaires. Pendant trois semaines, vous ramassez des touffes tous les jours, sur le canapé, dans la cuisine, dans la voiture. Un brossage quotidien à la carde puis à l’étrille pendant la mue, une fois par semaine le reste de l’année, et surtout aucune tonte.

La tonte d’un chien nordique est une erreur fréquente et coûteuse. Le sous-poil isole du froid mais aussi de la chaleur, et un chien tondu perd cette régulation ; le poil repousse souvent en désordre, plus terne, parfois plus fin. Un chien d’élan qui souffre l’été a besoin d’ombre, d’eau et de sorties tôt le matin, pas d’une tondeuse.

Un chien qui parle

Un chien sélectionné pour aboyer face à un élan pendant une heure aboie aussi quand un livreur se gare devant la maison. C’est la première cause de conflit de voisinage avec cette race et la première cause d’abandon dans les pays où elle est présente hors du milieu de la chasse.

On peut travailler sur ce point : apprentissage d’un signal de silence, gestion des déclencheurs visuels en occultant le portail, exercices d’auto-contrôle. On ne le supprime pas. Un chien d’élan norvégien noir en appartement au troisième étage sur rue passante est un projet qui finit mal, et il vaut mieux le savoir avant d’acheter le chiot.

Chien d’élan norvégien noir
Le Norsk Elghund Sort, spitz noir compact à queue enroulée.

Indépendant ne veut pas dire désobéissant

Le chien d’élan a été sélectionné pour prendre des décisions à cinq cents mètres de son maître, sans consigne. Il en garde une manière de réfléchir avant d’exécuter qui déconcerte quiconque vient d’un berger. Vous demandez un assis, le chien vous regarde une seconde de trop, et beaucoup de propriétaires interprètent ce délai comme un refus.

Ce qui marche : des séances de cinq minutes, une motivation alimentaire de bonne valeur, des exercices qui ont du sens pour un chien de chasse. Le pistage, la recherche d’objets, le travail en forêt donnent des chiens attentifs. Les répétitions mécaniques en terrain d’éducation en font des chiens qui décrochent au bout de dix minutes.

Le rappel demande un travail spécifique et permanent. Un elghund qui prend une piste de chevreuil part, et rien de ce que vous crierez ne l’intéressera. Longe de dix mètres jusqu’à ce que le rappel soit solide en présence de gibier, puis liberté choisie selon les lieux : c’est la règle chez les propriétaires expérimentés.

Santé : ce qui se dépiste

Comme chez tous les chiens de format moyen à ossature forte, la dysplasie coxo-fémorale se dépiste par radiographie officielle avec une cotation de A à E. Un éleveur scandinave sérieux vous donne les cotations des deux parents et celles des grands-parents, la culture du dépistage étant bien installée dans ces pays.

Les affections oculaires méritent un examen ophtalmologique par un vétérinaire spécialisé avant reproduction : les chiens d’élan norvégiens sont concernés par des maladies héréditaires de l’œil, dont l’atrophie progressive de la rétine, et par un risque de glaucome primaire signalé dans la lignée grise. Demandez la date du dernier examen des yeux des parents, pas seulement l’existence d’un certificat.

L’autre sujet est le poids. Un elghund grossit vite s’il est nourri comme un chien de vingt kilos actif alors qu’il vit comme un chien de compagnie. La taille de la ration se règle à la palpation des côtes, pas au verre doseur, et l’excès de poids abîme les hanches d’un chien déjà court sur pattes.

Cohabitation, enfants et vie de famille

Avec les enfants, l’elghund noir se montre patient et solide, sans la fragilité nerveuse de certains petits spitz. Il supporte le bruit et l’agitation, à condition d’avoir un endroit à lui où personne ne vient le déranger quand il dort. La règle vaut pour toutes les races, elle vaut doublement pour un chien indépendant qui n’a jamais appris à demander gentiment qu’on le laisse tranquille.

Avec les autres chiens, ça dépend du sexe et de l’éducation. Les mâles entiers peuvent se montrer tendus entre eux, comportement classique chez les spitz nordiques ; un couple mâle et femelle passe généralement mieux qu’une paire de mâles du même âge. Avec un chat de la maison, l’habituation dès le plus jeune âge fonctionne bien. Le chat du voisin qui traverse le jardin, en revanche, sera poursuivi, et les rongeurs en liberté sont hors de question.

Sur le plan financier, la race ne coûte pas plus cher qu’un autre chien de vingt kilos une fois arrivée à la maison. Le poste qui pèse est l’achat : importation depuis la Scandinavie, transport, papiers, parfois un déplacement sur place pour voir la portée. Les frais courants ensuite sont ceux d’un chien moyen en bonne santé, avec un budget alimentation modéré parce qu’un elghund se contente de peu.

À qui cette race convient

Le profil qui réussit avec un chien d’élan norvégien noir : maison avec terrain clos en zone peu dense, propriétaire qui marche vraiment plusieurs heures par semaine en forêt ou en montagne, tolérance au poil et au bruit, goût pour un chien qui a un avis. Ceux qui échouent cherchaient un chien nordique joli et calme.

Un dernier repère concret : dans les élevages scandinaves, un chiot part rarement sans que l’acheteur ait précisé ce qu’il compte faire de son chien pendant ses trois premières années. Si personne ne vous pose la question, changez d’élevage.

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