Berger de Picardie : la race française rare au poil dur et aux oreilles droites

Berger de Picardie

Le Berger de Picardie a failli disparaître deux fois. Les combats de 1914 à 1918 puis ceux de 1939 à 1945 ont ravagé le nord de la France, où vivait la plus grande partie du cheptel, et la race est repartie chaque fois d’une poignée de sujets. Elle reste aujourd’hui l’une des plus rares des races françaises de berger, avec un nombre de naissances annuelles qui se compte en dizaines.

Cette rareté a une conséquence directe pour l’acquéreur : on n’achète pas un Picard sur un coup de tête. On s’inscrit sur une liste d’attente, on attend une portée, et on parle longuement avec l’éleveur avant d’obtenir un chiot. Ceux qui trouvent cette race disponible immédiatement à prix bas n’ont probablement pas affaire à un Picard.

Un physique de chien de ferme

Le Picard ne ressemble à aucun autre berger français. Poil dur et mi-long d’environ cinq à six centimètres, sec au toucher, jamais soyeux. Une barbe et des sourcils fournis qui lui donnent un regard d’ours mal réveillé. Des oreilles dressées naturellement, larges à la base, qui n’ont jamais été coupées. Et une queue en crosse qui descend jusqu’au jarret.

Les mâles mesurent environ 60 à 65 cm au garrot, les femelles 55 à 60 cm, pour un poids qui s’échelonne le plus souvent de 23 à 32 kg. Les robes admises sont le fauve et le gris, dans leurs nuances, souvent avec du charbonné. Le tout donne une silhouette rustique, sans rien de sophistiqué, qui correspond exactement à l’usage d’origine : un chien de ferme et de troupeau dans une région plate et venteuse.

Le caractère picard, réservé et têtu

Voici le point où les descriptions en ligne se trompent le plus souvent. Le Picard n’est pas un chien démonstratif avec tout le monde. Il est chaleureux avec les siens, distant avec les inconnus, et il lui faut du temps avant d’accorder sa confiance à un nouvel arrivant. Ce n’est pas de la peur, c’est une réserve de chien de ferme.

Il est aussi têtu, au sens propre : il comprend l’ordre, évalue s’il en vaut la peine, et peut décider que non. Les propriétaires expérimentés en rient, les débutants s’épuisent. La méthode qui marche consiste à rendre l’exercice intéressant plutôt qu’à le répéter, et à ne jamais entrer dans un bras de fer qu’on perdra.

Avec les enfants de la maison, il est patient et prudent, avec cette tendance des chiens de conduite à surveiller les allées et venues. Avec les chiens inconnus, tout dépend de la socialisation précoce. La race est sensible au ton : un propriétaire qui crie obtient un chien qui se ferme, durablement.

Berger de Picardie fauve à poil dur, barbe et oreilles dressées, dans un pré

Combien d’exercice, vraiment

Deux heures par jour d’activité pour un adulte, c’est le chiffre que donnent les éleveurs, et il n’est pas gonflé. Ce chien a été fait pour couvrir des kilomètres derrière un troupeau sur des terres ouvertes. Trois tours du pâté de maisons ne remplissent rien.

Le bon format est une longue sortie en nature, terrain varié, avec de la liberté quand le rappel le permet, complétée par du travail mental. Cette race donne d’excellents résultats en pistage, en obéissance et en cani-randonnée. L’agility lui convient si les sauts attendent la fin de la croissance, vers quatorze à dix-huit mois pour un chien de ce gabarit.

Un Picard sous-occupé ne détruit pas forcément le salon. Il devient aboyeur, surveille tout ce qui passe devant la fenêtre et s’installe dans une vigilance permanente que les voisins remarquent avant vous. C’est le signal d’alerte à connaître.

Santé, hanches et yeux

Deux sujets structurent le suivi de la race. La dysplasie coxo-fémorale d’abord, dépistée par radiographie officielle et cotée de A à E : sur un chien de 30 kg, une hanche dysplasique se paye en arthrose dès l’âge moyen. Les résultats des deux parents doivent vous être remis, pas résumés à l’oral.

Les yeux ensuite. L’atrophie rétinienne progressive est suivie chez le Picard, avec un examen ophtalmologique des reproducteurs réalisé par un vétérinaire habilité. La cécité qu’elle entraîne s’installe lentement et un chien atteint compense longtemps, au point que les propriétaires s’en aperçoivent tard, souvent à l’occasion d’un déménagement qui désorganise ses repères.

Pour le reste, la rusticité de la race est réelle. Les oreilles dressées se ventilent bien et les otites sont rares. Surveillez les dents chez le chien âgé et pesez-le régulièrement, le poil dur cache moins le poids que le poil long mais il le cache quand même.

Entretenir un poil dur

Bonne nouvelle après le chapitre santé : l’entretien est léger. Un brossage hebdomadaire de vingt minutes à la carde et au peigne suffit, le poil dur ne feutre pas et repousse la boue une fois sèche. La barbe se rince après les repas humides, sinon elle sent.

On ne tond pas un Picard et on ne le lave presque jamais : le bain ramollit le poil et lui fait perdre sa fonction imperméable pendant plusieurs semaines. Deux bains par an, c’est déjà un maximum. Les épillets se vérifient entre les doigts de pied et dans les oreilles après chaque sortie estivale en herbes hautes.

Prix et démarches d’adoption

Un chiot inscrit au LOF chez un éleveur déclaré se situe le plus souvent entre 900 et 1 500 euros, selon la portée et la notoriété de l’élevage. Ce prix couvre l’identification, les premiers vaccins, le vermifuge, le certificat vétérinaire de bonne santé et les frais de saillie et de suivi de portée. Il ne rend personne riche.

Ce qu’il faut exiger tient en peu de lignes : voir la mère et son comportement, obtenir les résultats de dépistage écrits des deux parents, un contrat de vente, et un chiot qui part à huit semaines révolues, jamais avant, la loi française l’interdit. Un éleveur qui vous presse, qui livre sur un parking ou qui refuse la visite du lieu d’élevage vous dit tout ce qu’il y a à savoir.

Enfin, le refuge reste une piste, même pour une race rare. Des Picards adultes sont replacés chaque année par des propriétaires dépassés par le besoin d’exercice. Un chien de trois ans déjà propre, sorti de l’adolescence, dont le caractère est connu, offre souvent un meilleur départ pour une famille qu’un chiot dont tout reste à construire.

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