Berger de Maremme et des Abruzzes : le chien blanc qui vit au troupeau

Berger de Maremme et des Abruzzes

Il y a deux façons de croiser un Berger de Maremme et des Abruzzes. La première, en photo : un grand chien blanc couché au milieu des brebis, l’air placide. La seconde, en montagne, quand cent kilos de chiens se lèvent d’un coup à cinquante mètres et viennent vers vous en aboyant. Ces deux images décrivent le même animal, et c’est précisément ce qui rend cette race difficile à comprendre pour qui n’a jamais vu un chien de protection au travail.

Le Maremmano n’est pas un chien de berger au sens où on l’entend en France. Il ne rassemble pas, il ne conduit pas, il ne regarde pas son maître. Il vit dans le troupeau et le défend.

Un chien qui n’a pas changé de métier depuis des siècles

La race vient d’Italie centrale, de la plaine côtière de la Maremme, en Toscane, et du massif des Abruzzes. Les troupeaux transhumaient entre les deux : l’hiver dans les pâturages bas, l’été dans les alpages. Les chiens suivaient, et les deux populations, celle de la plaine et celle de la montagne, ont fini par être réunies en un seul standard sous le nom de Pastore Maremmano Abruzzese.

La Fédération cynologique internationale le classe dans son groupe 1, celui des chiens de berger et de bouvier. Le classement prête à confusion : il partage ce groupe avec le Border Collie, dont le travail est à l’opposé. Le Border déplace les animaux sous l’œil du berger ; le Maremmano reste avec eux quand le berger est parti.

Le format et la robe

C’est un grand chien. Le standard demande environ 65 à 73 cm au garrot chez le mâle et 60 à 68 cm chez la femelle, pour des poids qui vont grossièrement de 35 à 45 kg chez le mâle et de 30 à 40 kg chez la femelle. Un sujet dans la fourchette haute occupe la place d’un homme couché dans un couloir.

La robe est blanche, uniquement blanche, avec des nuances ivoire, orangé pâle ou citron tolérées. Le poil est long, abondant, de texture assez rêche, avec un sous poil dense en hiver. Cette couleur n’est pas décorative : un chien blanc se distingue du loup à distance, de nuit, ce qui évite au berger de tirer sur son propre chien. La truffe est noire, l’œil ocre ou marron, l’expression peu démonstrative.

Le poil rêche a un avantage domestique inattendu : il ne s’emmêle pas comme celui d’un Colley et se nettoie en séchant. Un brossage sérieux par semaine suffit une grande partie de l’année. La mue de printemps, en revanche, dure plusieurs semaines et laisse des paquets de sous poil partout.

Berger de Maremme et des Abruzzes

Comment il protège vraiment

L’idée d’un chien qui affronte le loup au corps à corps relève surtout de l’imagerie. Le travail réel est dissuasif et se joue en trois temps. Le chien détecte, souvent bien avant que l’humain ne remarque quoi que ce soit. Il se place entre l’intrus et les animaux. Il donne de la voix, longuement, en avançant par à coups. Dans l’immense majorité des cas, le prédateur renonce et s’en va, parce que la chasse est devenue coûteuse.

Cette efficacité repose sur un attachement construit très tôt. Un chiot de protection est élevé au milieu des brebis dès ses premières semaines, avec un contact humain suffisant pour rester manipulable mais sans jeu de balle ni vie de famille. Ce n’est pas de la maltraitance, c’est ce qui détermine à qui le chien s’attachera pour le restant de ses jours.

Ce qu’il faut savoir si vous randonnez près d’un troupeau

Le Maremmano est utilisé en France dans les Alpes et les Pyrénées, aux côtés du Montagne des Pyrénées. Beaucoup d’incidents rapportés viennent d’un malentendu simple : le promeneur croit avoir affaire à un chien agressif, alors que le chien fait son travail et cherche à établir qui vous êtes.

La conduite qui fonctionne tient en quelques gestes. On s’arrête, on laisse le chien venir et sentir, on évite de le fixer dans les yeux, on parle calmement. On ne court pas, on ne lève pas de bâton, on ne le menace pas. À vélo ou à trail, on met pied à terre : un objet qui s’éloigne vite déclenche la poursuite. On contourne largement le troupeau plutôt que de le traverser, et si l’on a soi même un chien, on le tient en laisse courte et on s’écarte.

Vivre avec, en dehors d’une ferme

Il faut le dire nettement : cette race convient mal à une vie de chien de compagnie ordinaire. Trois raisons.

La voix, d’abord. Un chien de protection aboie la nuit, longuement, sur un renard, une voiture, un bruit à trois cents mètres. C’est le cœur de sa fonction, et cela ne s’éduque pas. En lotissement, le conflit de voisinage est quasi assuré.

Le territoire, ensuite. Un Maremmano élargit spontanément la zone qu’il considère comme sienne. Sans clôture haute et enterrée, il patrouille chez le voisin. Les éleveurs le savent et grillagent en conséquence.

L’autonomie, enfin. Ce chien a été sélectionné pendant des siècles pour décider sans consulter personne. Il apprend vite mais obéit quand il en voit l’intérêt, et il évalue chaque visiteur à sa façon. Sa maturité complète arrive tard, souvent vers deux ou trois ans, et un jeune mâle de dix huit mois qui commence à tester les limites pèse déjà quarante kilos.

Santé et longévité

Comme tous les grands formats, il est concerné par la dysplasie coxo fémorale ; le dépistage radiographique avec cotation officielle de A à E existe et un éleveur sérieux radiographie ses reproducteurs. La dysplasie du coude se dépiste de la même manière. La torsion d’estomac guette les chiens à poitrine profonde : repas fractionnés, pas d’effort dans l’heure qui suit, et une notion claire des symptômes, ventre tendu, tentatives de vomir à vide, abattement brutal.

L’espérance de vie tourne autour de onze à treize ans, ce qui est honnête pour un chien de ce gabarit. Les sujets de travail restent généralement en meilleure forme que les chiens sédentaires, parce qu’ils marchent tous les jours.

Où il en est aujourd’hui

Le retour du loup en Europe de l’Ouest a relancé la demande de chiens de protection, et avec elle un risque : la multiplication de portées vendues à des particuliers qui n’ont pas de troupeau. Les associations d’éleveurs italiennes et les réseaux techniques français insistent sur le même point, à savoir qu’un chiot doit venir d’une lignée qui travaille et être placé sur un troupeau, pas dans un jardin.

Si le sujet vous attire pour de bon, la première étape n’est pas de contacter un élevage : c’est de passer une journée dans un alpage avec un berger qui en conduit trois ou quatre. En une matinée, on comprend ce que la race demande, et la plupart des gens repartent en cherchant un autre chien.

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