Chien courant suisse : quatre variétés pour un seul standard
Parler du Chien courant suisse au singulier est une facilité de langage. Sous ce nom se rangent quatre variétés distinctes, séparées par leur robe et par leur région d’origine, mais partageant un standard unique : le Bernois, le Bruno du Jura, le Lucernois et le Schwytzois. Un cinquième type, le Thurgovien, a disparu au siècle dernier.
Ces quatre variétés se croisent entre elles sans problème sur le terrain, mais l’élevage les maintient séparées. Un Bernois accouplé à un Lucernois donne des chiots qui ne seront inscrits sous aucune des deux variétés. C’est une contrainte purement administrative, que les chasseurs suisses respectent parce qu’elle a sauvé des lignées régionales en voie d’extinction dans les années 1930.
Une race ancienne restée dans son rôle
Les chiens courants sont attestés en Suisse depuis très longtemps, et les variétés actuelles se sont fixées régionalement, canton par canton, chacune adaptée à un type de terrain et à un gibier local. Le Jura, le Plateau bernois et les préalpes schwytzoises n’ont ni les mêmes pentes ni les mêmes couverts.
Ce qui frappe, c’est que la race n’a jamais dévié vers le chien d’exposition. En Suisse, la chasse est réglementée canton par canton et la plupart exigent un permis de chasse dont l’examen est réputé difficile. Les propriétaires de chiens courants sont donc presque tous des chasseurs actifs, et les chiens sont jugés sur des épreuves de menée du lièvre ou du renard, pas sur un ring.
Il existe aussi une version basse sur pattes, le Petit Chien courant suisse, décliné dans les mêmes quatre variétés. Plus court de jambes, il travaille plus lentement, ce qui convient aux territoires clos ou peu étendus où un chien rapide pousserait le gibier hors des limites en quelques minutes.
Morphologie et allure
Le grand modèle mesure entre 49 et 59 centimètres au garrot, avec quelques centimètres de moins chez la femelle, pour un poids de 15 à 20 kilos. Le corps est nettement plus long que haut, la poitrine descend bas, et les oreilles sont l’élément le plus caractéristique : très longues, fines, attachées bas, elles se replient contre le museau et ramènent les odeurs du sol vers les naseaux.
Le poil est court et couché, sauf chez certains Bruno du Jura anciens qui gardaient un poil plus rêche. La peau est souple, un peu lâche autour de la gorge. Rien qui exige un toilettage.
L’allure de travail est un trot allongé, tenu sans discontinuer pendant des heures, entrecoupé de galops courts. Le chien ne cherche pas la vitesse, il cherche la régularité : un lièvre poursuivi trop vite sort du secteur et la chasse est finie.
Le tempérament réel
Les chasseurs suisses décrivent un chien doux, sensible à la voix, plus facile à conduire que la plupart des chiens courants continentaux. C’est vrai, et ça mérite une nuance : facile à conduire ne signifie pas obéissant. Une fois le nez sur une voie chaude, un chien courant suisse mène et ne s’interrompt plus. Un lièvre peut l’emmener à plusieurs kilomètres du point de départ.
À la maison, c’est un chien étonnamment calme, qui cherche le contact et supporte mal l’isolement prolongé. La race a été élevée en meute ou en petit groupe, rarement seule ; un sujet unique laissé toute la journée dans un jardin développe des aboiements de frustration et une tendance à la fugue.
Avec les enfants, il est patient et peu susceptible. Avec un chat de la maison, la cohabitation fonctionne si elle commence tôt, mais l’instinct de poursuite reste intact en extérieur. Ce n’est jamais un gardien : il signale, il ne dissuade pas.
Le quotidien d’un maître non chasseur
Peut-on vivre avec un chien courant suisse sans chasser ? Oui, à condition de remplacer la chasse par autre chose de comparable en intensité. Comptez deux heures d’activité par jour, dont une sortie longue en nature. Le pistage de loisir, le mantrailing et les jeux de recherche alimentaire donnent de bons résultats parce qu’ils sollicitent le nez, qui est le vrai moteur de ce chien.
L’appartement n’est pas exclu, contrairement à ce qu’on lit souvent, mais il impose une discipline : deux vraies sorties quotidiennes, pas trois pauses pipi. Le voisinage reste le point sensible. Ce chien a une voix sonore, et il l’emploie quand il s’ennuie ou quand il entend un animal.
Santé et entretien
La race ne traîne pas de tare de conformation lourde, bénéfice direct d’une sélection sur le travail. Les problèmes rencontrés sont ceux du terrain et de l’anatomie de l’oreille.
Les otites externes viennent en tête : le pavillon long et plat ferme le conduit auditif, l’humidité y stagne, l’infection s’installe. Un contrôle hebdomadaire et un séchage après chaque sortie mouillée règlent la plupart des cas. Les épillets sont la seconde urgence saisonnière, de mai à août, entre les doigts et dans le conduit auditif.
La dysplasie coxo-fémorale se dépiste par radiographie officielle cotée de A à E ; les élevages suisses sérieux publient les résultats. Sur les chiens de travail, surveillez aussi l’usure des coussinets en fin de saison et les petites plaies de ronce, qui s’infectent vite si on ne les voit pas sous le poil.
L’entretien du poil se limite à un brossage hebdomadaire au gant. Les oreilles, elles, demandent plus d’attention que le reste du chien réuni.
En acheter un en France
Les effectifs français sont faibles et les naissances irrégulières. La plupart des chiots viennent de Suisse, où les clubs de variété gèrent les portées et donnent priorité aux chasseurs titulaires d’un permis. Un particulier non chasseur peut obtenir un chiot, mais il devra expliquer ce qu’il compte en faire, et la question sera posée sérieusement.
Regardez la variété avant la robe : le Bruno du Jura passe pour le plus tenace et le plus indépendant, le Bernois pour le plus sociable en meute. Ces réputations valent ce qu’elles valent et les avis divergent d’un éleveur à l’autre, mais elles orientent un premier choix. Un dernier repère : dans plusieurs cantons suisses, un chien courant ne peut être utilisé à la chasse qu’après avoir passé une épreuve de travail officielle, ce qui limite mécaniquement la production de chiots à des lignées éprouvées.
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