Grand Bouvier Suisse : 55 kilos de chien de ferme au quotidien
Un Grand Bouvier Suisse adulte pèse le poids d’un adolescent et se couche en travers du couloir sans se demander si ça gêne. C’est le plus grand des quatre bouviers suisses, le seul à poil court, et le moins connu des quatre en France, loin derrière le Bouvier Bernois. Cette fiche reprend ce qu’il faut savoir avant d’en accueillir un : origine, format, caractère, éducation, santé, entretien et budget.
Un chien de ferme des Préalpes, sauvé de justesse
Le Grosser Schweizer Sennenhund, de son nom d’origine, vient des fermes de montagne suisses. Il tirait la charrette du laitier et du boucher, gardait la cour et déplaçait le bétail sur de courtes distances. Ce n’est pas un chien de conduite au sens du Border Collie : il pousse, il accompagne, il impose sa masse.
La mécanisation agricole et l’arrivée du chien de trait à moteur ont failli l’effacer. Au début du XXe siècle, le cynologue suisse Albert Heim repère lors d’une exposition un grand tricolore à poil court que l’on prenait pour un Bouvier Bernois raté, et comprend qu’il s’agit d’un type ancien distinct. La reconstitution de la race part de là. Le Grand Bouvier Suisse est aujourd’hui classé dans le groupe 2 de la FCI, avec les pinschers, schnauzers, molossoïdes et bouviers suisses.
Le format, la robe et ce que ça implique
Le mâle mesure environ 65 à 72 cm au garrot, la femelle 60 à 68 cm. Le poids suit : un mâle bien fait tourne autour de 55 kilos, une femelle une dizaine de kilos en dessous. Ce sont des ordres de grandeur, pas des normes ; les lignées suisses et allemandes ne sortent pas toutes le même gabarit.
La robe est tricolore, fond noir, marques feu sur les joues, au-dessus des yeux, sur les faces internes des membres, et marques blanches en tête de flèche sur le chanfrein, au poitrail, aux pieds et au bout de la queue. Le poil est double : un poil de couverture court et couché, un sous-poil dense. Court ne veut pas dire propre. Il mue deux fois par an et sème des aiguilles noires dans tout le logement.
Le gabarit change tout le reste. Une voiture citadine ne convient pas. Un chien de 55 kilos qui s’appuie sur une personne âgée la fait tomber. Et un chiot de cette taille grandit vite : entre trois et dix mois, ses cartilages de croissance encaissent mal les escaliers répétés, les sauts hors du coffre et les longues marches. La règle empirique des éleveurs de races géantes, cinq minutes de promenade par mois d’âge et deux fois par jour, vaut ce qu’elle vaut, mais elle a le mérite de freiner les propriétaires trop pressés.
Le caractère : calme à la maison, obstiné dehors
C’est un chien posé, plus calme dans la maison qu’un Bouvier Bernois jeune, et beaucoup moins demandeur en agitation qu’un chien de berger. Il suit sa famille de pièce en pièce et se couche là où ça passe. Il aboie peu mais il aboie fort, avec une voix grave qui porte loin.
Il a gardé de son passé de chien de ferme une vigilance territoriale nette. Un inconnu qui entre dans le jardin est signalé. Bien socialisé, il en reste là ; mal socialisé, il devient méfiant et lourd à gérer au bout d’une laisse. Les mâles entre eux peuvent se chercher, surtout entre douze et trente mois.
Éduquer un chien qui pèse plus lourd que vous
La marche en laisse se travaille à quatre mois, pas à quinze. À quatre mois le chiot pèse une vingtaine de kilos et on peut encore le retenir ; à quinze mois, non. Même chose pour le rappel et pour l’interdiction de sauter sur les gens : ce qui est toléré chez un chiot mignon devient dangereux chez l’adulte.
Il apprend vite mais discute les ordres qu’il juge inutiles. La méthode dure ne donne rien de bon avec lui : il se braque et se ferme. Récompense alimentaire, séances courtes, cohérence entre les membres du foyer. Le harnais anti-traction rend service pendant l’adolescence.
Santé : ce que le format coûte
L’espérance de vie tourne autour de dix ans, ce qui est correct pour un chien de ce poids mais court pour un propriétaire. Les points de vigilance sont ceux des grandes races lourdes.
La dysplasie coxo-fémorale et la dysplasie du coude se dépistent par radiographie après l’âge d’un an, avec une cotation de A à E pour la hanche. Un éleveur sérieux fait lire les clichés et vous les montre. L’ostéochondrose de l’épaule touche les jeunes en croissance rapide, souvent suralimentés. L’épilepsie idiopathique existe dans la race. Les femelles sont sujettes à l’incontinence urinaire après stérilisation.
Un mot sur l’alimentation du chiot : une croissance trop rapide abîme les articulations. Un aliment pour chiot de grande race, avec un rapport phosphocalcique maîtrisé, et un chien qu’on garde plutôt mince valent mieux qu’un chiot boulot dont on vante la taille. L’alimentation, les promenades régulières et le toilettage font partie du même paquet de soins, et consulter des ressources spécialisées aide à se repérer entre les recommandations contradictoires qui circulent.
Entretien : simple, mais pas léger
Pas de toilettage professionnel, pas de tonte, pas de nœuds. Un brossage hebdomadaire à la brosse en caoutchouc ou au gant suffit onze mois sur douze. Pendant les deux mues, passez à tous les deux jours et sortez l’aspirateur : le sous-poil part par plaques.
Vérifiez les oreilles tombantes après les sorties en herbes hautes, coupez les griffes si l’usure sur bitume ne suffit pas, et surveillez les coudes : un chien lourd qui dort sur du carrelage développe des callosités et parfois des hygromas. Un couchage épais et large règle le problème avant qu’il apparaisse.
Prix, élevage et disponibilité
La race est peu répandue en France ; le nombre d’élevages se compte sur les doigts et les portées sont annoncées longtemps à l’avance. Comptez plusieurs mois d’attente. Un chiot inscrit au LOF chez un éleveur qui dépiste hanches et coudes se situe généralement entre 1 200 et 1 800 euros ; en dessous, demandez pourquoi.
Visitez l’élevage, voyez la mère, demandez les résultats de dépistage écrits plutôt qu’une affirmation orale. Un éleveur qui vous questionne sur votre logement, vos horaires et votre expérience des grands chiens fait son travail. Le contrat de vente doit mentionner l’identification, la date de naissance, le numéro de portée et le suivi vétérinaire. Un chiot ne quitte pas sa mère avant huit semaines, et pour cette race la fourchette utile se situe plutôt vers neuf à dix semaines.
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