Lhassa Apso : le petit gardien tibétain et son poil qui tombe au sol
Le Lhassa Apso pèse six ou sept kilos et se comporte comme un chien de garde. C’est le paradoxe de la race, et c’est ce qu’il faut comprendre avant d’en prendre un : sous le rideau de poils se cache un chien de sentinelle tibétain, méfiant par construction, qui signale tout ce qui bouge dans le couloir de l’immeuble. Qui cherche un petit chien de compagnie souriant avec tout le monde regardera plutôt du côté du Bichon.
La race vient des monastères et des maisons de Lhassa, où elle vivait à l’intérieur, en second rideau derrière les Mastiffs tibétains postés dehors. Le chien ne mordait pas, il alertait. Mille ans de cette fonction ne s’effacent pas en trois générations d’élevage européen.
Un gardien d’intérieur, pas un chien de salon
Les premiers sujets arrivent en Occident dans les années 1930, offerts par le treizième dalaï-lama à des visiteurs occidentaux. La confusion avec le Shih Tzu a duré longtemps, jusqu’à ce que les clubs séparent nettement les deux races : le Shih Tzu vient de Chine, a le nez plus court et le crâne plus rond, le Lhassa garde un museau de longueur moyenne et une tête plus étroite.
Cette différence de museau a une conséquence sanitaire directe. Le Lhassa Apso n’est pas une race brachycéphale au sens strict, il respire normalement, ronfle peu et supporte la chaleur mieux qu’un Carlin ou un Pékinois. C’est un argument de poids en faveur de la race dans la catégorie des petits chiens à poil long.
Le format d’un Lhassa Apso adulte
Le standard fixe la hauteur au garrot des mâles autour de 25 cm, les femelles étant un peu plus petites. Le poids adulte se situe le plus souvent entre 6 et 8 kg. Le corps est plus long que haut, les côtes bien cintrées, le rein solide. Rien à voir avec un chien de poupée : sous le poil, il y a un chien compact et bien charpenté.
La queue se porte enroulée sur le dos, en panache, avec parfois une torsion à l’extrémité que le standard tolère. Les yeux sont de taille moyenne, sombres, ni globuleux ni enfoncés. La truffe est noire. La couleur du poil va du doré au sable, du miel au gris ardoise, du noir au blanc, en passant par le particolore, et toutes sont admises.
Le poil, sujet numéro un
Le poil de couverture est long, droit, dur au toucher, sans ondulation, avec un sous-poil modéré. Chez un adulte laissé en longueur, il tombe jusqu’au sol de part et d’autre d’une raie qui court du crâne à la queue. C’est très beau en exposition. C’est aussi un travail quotidien.
Deux brossages par semaine, l’affirmation qui traîne partout, ne suffisent pas sur un poil long entretenu. Comptez plutôt un quart d’heure tous les jours, brosse à picots souples puis peigne métallique jusqu’à la peau, sur un poil légèrement humidifié pour éviter la casse. Les zones qui feutrent en premier sont l’arrière des oreilles, les aisselles, l’intérieur des cuisses et la culotte.
La plupart des propriétaires qui ne montrent pas leur chien finissent par le faire tondre en coupe courte, deux ou trois centimètres uniformes. C’est une décision raisonnable, pas un abandon : le chien est plus à l’aise, le budget toilettage baisse, et le poil repousse identique. Prévoyez aussi de dégager le poil autour des yeux ou de le nouer, sans quoi il irrite la cornée.
Un caractère indépendant qui se travaille tôt
Le Lhassa Apso décide. Il obéit s’il en voit l’intérêt, ignore poliment le reste, et ne cherche pas à plaire comme le ferait un Cavalier ou un Caniche. Cela ne le rend pas bête : il apprend vite, il choisit simplement quand appliquer ce qu’il a appris. L’éducation passe par la motivation alimentaire, des séances courtes et zéro confrontation.
Sa méfiance envers les inconnus est le trait le plus structurant. Sans socialisation soutenue entre huit semaines et six mois, elle glisse vers l’aboiement systématique et parfois le pincement défensif quand une main descend trop vite sur sa tête. Multiplier les rencontres calmes tôt, dans la rue, chez des amis, au marché, change complètement le chien adulte.
Avec les enfants de la maison, ça se passe bien si les enfants ont l’âge de respecter un chien qui dort. Le Lhassa supporte mal qu’on le manipule sans prévenir, et il n’a pas la patience placide d’un Golden. Avec les personnes âgées, en revanche, l’entente est souvent excellente : il demande peu d’exercice, se contente de deux promenades de vingt à trente minutes, et déteste rester seul toute la journée.
Les autres points de santé à connaître
Les yeux viennent ensuite. L’atrophie progressive de la rétine existe dans la race et se dépiste par examen ophtalmologique annuel des reproducteurs. La kératoconjonctivite sèche, ou œil sec, est fréquente chez les petites races à poil long : un œil terne, des sécrétions collantes et un clignement excessif se montrent au vétérinaire sans attendre. La distichiasis, ces cils mal implantés qui frottent la cornée, se corrige chirurgicalement.
La luxation de la rotule est le troisième dossier classique, comme chez la plupart des chiens de moins de dix kilos. Un chiot qui saute trois foulées sur trois pattes puis repart normalement mérite une palpation par un vétérinaire. Les grades 1 et 2 se gèrent sans opérer, les grades supérieurs se discutent.
Rien de tout cela n’est une fatalité. La race vieillit bien : douze à quinze ans sont courants, et des sujets dépassent parfois cet âge. Le poids est le levier le plus simple sur lequel agir, un Lhassa Apso qui prend un kilo et demi porte l’équivalent de vingt pour cent de sa masse en trop.
Prix d’un chiot et où l’acheter
Un chiot inscrit au LOF chez un éleveur qui teste ses reproducteurs sur les yeux et la fonction rénale se paie plus cher qu’une annonce sans papiers, et l’écart se rattrape à la première consultation évitée. Ce que vous devez voir avant de payer : la mère sur place, les chiots élevés en intérieur au contact du bruit domestique, l’identification par puce, le certificat vétérinaire de moins de huit jours et le carnet de vaccination.
Fuyez les portées vendues à sept semaines, les vendeurs qui livrent le chiot sur un parking et les importations de l’Est à prix cassé, qui arrivent souvent trop jeunes, mal vaccinées et parfois porteuses de parasites digestifs. Le refuge est une autre voie : les Lhassa Apso adultes abandonnés pour cause de poil négligé ne sont pas rares, et un chien de trois ans déjà propre et déjà tondu court est une option sérieuse.
Un chiffre pour finir sur du concret : un Lhassa Apso adulte laissé en poil long demande environ une heure et demie d’entretien par semaine, tous les jours un peu. C’est le vrai coût de la race, et il se paie en temps plus qu’en euros.
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