Bouledogue Français : fiche de race complète, respiration comprise

Bouledogue Français

Le Bouledogue Français est devenu en vingt ans l’un des chiens les plus vendus de France. Petit, drôle, bâti pour l’appartement, il coche presque toutes les cases de la vie urbaine. Reste un point que la popularité a rendu plus aigu au lieu de le régler : ce chien respire avec une tête qui n’a pas été dessinée pour cela. Une fiche de race honnête doit le dire, sans réduire l’animal à ce seul problème.

Des ouvriers anglais aux halles de Paris

L’histoire commence avec les petits bouledogues anglais que les dentelliers de Nottingham emportent en Normandie au milieu du XIXe siècle, lorsque la mécanisation les pousse à traverser la Manche. Ces chiens de format réduit se répandent ensuite dans Paris, chez les bouchers des Halles, les cochers et les filles de maison closes, avant que la bourgeoisie ne s’en entiche à son tour. Le premier club de race naît à Paris en 1880. Le standard, écrit à la fin du XIXe siècle, fixe le point qui a fait la rupture avec l’Angleterre : l’oreille droite, large à la base, arrondie au sommet, dite oreille de chauve-souris.

La FCI classe la race dans le groupe 9, celui des chiens d’agrément et de compagnie, parmi les molossoïdes de petit format. La France en est le pays d’origine officiel.

Le format

Le standard fixe le poids entre 8 et 14 kilos, les femelles étant généralement plus légères que les mâles. La taille au garrot se situe autour de 27 à 35 centimètres. La construction est trapue, la poitrine large et descendue, le rein court, la croupe inclinée. La queue est naturellement courte, nouée ou en tire-bouchon, jamais coupée.

Le poil est ras, fin, brillant, sans sous-poil. Un Bouledogue Français perd du poil toute l’année en petite quantité et n’a aucune protection contre le froid : sous 5 degrés, un manteau n’est pas une coquetterie de citadin.

Bouledogue Français bringé assis, oreilles droites larges à la base, museau court
Oreilles de chauve-souris et face plate : la silhouette qui a fait le succès de la race.

Robes reconnues et robes de mode

Le standard admet le fauve, le bringé et le caille, c’est-à-dire un fond blanc avec des taches bringées ou fauves, avec ou sans masque. Tout le reste sort du cadre : le bleu, le chocolat, le lilas, le merle, le fauve et tan sont vendus très cher comme des raretés alors qu’ils sont simplement non conformes, et parfois liés à des problèmes de peau ou d’yeux. Le merle, en particulier, n’existait pas dans la race et n’y est entré que par introduction d’un autre patrimoine génétique ; l’accouplement de deux merle produit des chiots sourds ou malvoyants.

Un prix multiplié par deux ou trois pour une couleur est le meilleur indicateur d’un élevage qui sélectionne sur la mode plutôt que sur la santé.

Caractère

C’est un chien de compagnie au sens strict : il veut être avec vous, dans la pièce où vous êtes, de préférence contre vous. Gai, clown, obstiné, il garde un côté joueur très tard. Il aboie peu, ce qui explique une bonne part de son succès en immeuble, mais il ronfle, souffle et produit toute une gamme de bruits que les nouveaux propriétaires découvrent la première nuit.

Avec les enfants, il est patient et solide pour sa taille. Avec les autres chiens, la sociabilité dépend beaucoup de la socialisation du chiot ; certains mâles adultes se montrent provocateurs sans mesurer leur handicap physique. La solitude lui pèse : c’est une race sujette à l’anxiété de séparation, à travailler dès l’arrivée à la maison par des absences très courtes et progressives.

La respiration, le sujet qu’on ne contourne pas

La face raccourcie a compressé les tissus mous sans réduire leur volume. Il en résulte le syndrome obstructif des voies respiratoires du brachycéphale : narines pincées, voile du palais trop long, ventricules laryngés qui s’éversent, parfois trachée de petit calibre. Les signes s’échelonnent du ronflement permanent à l’essoufflement après cinquante mètres de marche, jusqu’à la syncope à la chaleur.

Tout ne se vaut pas d’un chien à l’autre. Certains sujets bien construits, au museau moins écrasé et aux narines ouvertes, mènent une vie normale. D’autres sont opérés avant deux ans. Des tests fonctionnels existent : une évaluation de la tolérance à l’effort, pratiquée par des vétérinaires formés, classe le chien selon la gêne réellement observée après un exercice standardisé. Un éleveur qui fait évaluer ses reproducteurs et qui refuse de faire reproduire les chiens les plus gênés fait avancer la race. Un éleveur qui présente le ronflement comme le charme de la race vous ment.

Les autres points de santé à connaître

Le dos vient juste après la respiration. La queue courte et nouée s’accompagne fréquemment d’hémivertèbres, des vertèbres malformées visibles à la radiographie, qui peuvent comprimer la moelle. La race est par ailleurs chondrodystrophique, donc exposée à la hernie discale : on évite les sauts du canapé, on installe une rampe et on garde le chien mince.

Les plis du museau retiennent l’humidité et s’infectent : un nettoyage et un séchage deux fois par semaine suffisent à éviter la dermatite. Les yeux, proéminents, s’exposent aux ulcères de cornée. Les allergies cutanées sont fréquentes. Enfin, la disproportion entre la tête des chiots et le bassin des femelles rend la césarienne courante : un élevage de Bouledogues Français est une activité vétérinaire autant que canine, ce qui explique une bonne partie des prix pratiqués.

Éducation et dépense physique

Trois à quatre sorties courtes par jour, de quinze à trente minutes, en marche tranquille, conviennent mieux qu’une longue balade. Il aime jouer en intérieur, ce qui compense. Le harnais remplace avantageusement le collier, qui appuie sur une trachée déjà étroite.

L’éducation demande de la patience : c’est un chien intelligent et têtu, qui comprend vite et négocie ensuite. Les séances courtes et les récompenses alimentaires fonctionnent, à condition de compter ces friandises dans la ration quotidienne, car l’embonpoint aggrave tout le reste chez cette race. La propreté s’acquiert entre quatre et six mois, parfois plus tard chez les petits formats.

Entretien et budget

Le poil ras se contente d’un gant une fois par semaine. Le vrai entretien porte sur les plis, les oreilles à nettoyer tous les quinze jours, les griffes et les dents, la mâchoire courte favorisant le tartre. Un chiot de lignée déclarée dépasse couramment 1 500 euros et l’assurance santé se justifie plus ici que dans presque n’importe quelle autre race : une chirurgie des voies respiratoires ou une hernie discale se chiffre en milliers d’euros.

Un dernier point pratique que beaucoup découvrent trop tard : la plupart des compagnies aériennes refusent les chiens brachycéphales en soute, pour cause de mortalité constatée. Si vos projets incluent un déménagement à l’étranger, renseignez-vous avant d’adopter, pas après.

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