Boerboel : le gardien sud-africain de 80 kilos à ne pas improviser
Le Boerboel pèse le poids d’un homme adulte. Ce molosse sud-africain a gardé les fermes isolées du Transvaal, seul, face à ce qui approchait la nuit. On le décrit volontiers comme doux avec les siens, et c’est vrai. Cela ne fait pas de lui un chien pour tout le monde : la puissance, le tempérament territorial et un flou juridique bien français en font une adoption à préparer sérieusement.
Le chien de ferme des Boers
Son nom vient de l’afrikaans : boer, le fermier, et boel, une déformation de bull. Les colons néerlandais, allemands et huguenots installés au Cap à partir du XVIIe siècle ont emmené leurs mâtins et leurs bouledogues, croisés ensuite avec des chiens africains locaux et, plus tard, avec des molosses apportés par les Britanniques. Le résultat n’a jamais été un chien de combat ni un chien de chasse : un gardien de propriété, capable de repousser un babouin ou un léopard et de vivre dehors sous un climat dur.
La race a failli disparaître après l’urbanisation du pays. Des passionnés sud-africains l’ont recensée et stabilisée à partir des années 1980. La FCI l’a admise au XXIe siècle dans le groupe 2, celui des pinschers, schnauzers, molossoïdes et bouviers suisses.
Un format qui change tout
Les mâles mesurent entre 64 et 70 centimètres au garrot, les femelles entre 59 et 65. Le poids va de 55 à 70 kilos pour une femelle, et dépasse fréquemment 80 kilos chez un mâle bien charpenté. La tête est carrée, large, aux muscles masticateurs saillants ; le stop est marqué sans excès et le museau reste suffisamment long pour que la respiration ne pose pas de problème, contrairement à d’autres molosses.
Le poil est court, dense, plaqué. Les robes admises vont du fauve au brun rougeâtre, avec ou sans bringeures, souvent accompagnées d’un masque noir. Une petite marque blanche est tolérée sur le poitrail ou les doigts.

Tempérament
Avec sa famille, le Boerboel est calme, posé, souvent collant malgré sa taille. Il supporte les enfants de la maison avec une patience que beaucoup de races plus petites n’ont pas, sous réserve d’une règle de bon sens : un chien de 80 kilos et un enfant de trois ans ne se laissent jamais seuls ensemble, quelle que soit la confiance qu’on a dans le chien.
Avec l’inconnu, il observe. Il ne fonce pas, il se place, se met entre la porte et sa famille, et évalue. C’est un chien qui prend des décisions, et c’est précisément ce qui demande un propriétaire capable d’anticiper les siennes. Envers les autres mâles, la tolérance est faible chez beaucoup de sujets adultes.
Socialisation et cadre éducatif
Tout se joue entre deux et six mois. Un chiot Boerboel doit rencontrer, calmement et positivement, un maximum de gens, de chiens, de bruits et de situations. La socialisation d’un molosse ne se rattrape pas à deux ans : à cet âge, un chien mal préparé pèse déjà 70 kilos et chaque erreur devient une affaire physique.
L’éducation se conduit sans rapport de force. Ces chiens répondent bien au renforcement positif, mal à la contrainte, qui les rend butés ou méfiants. Les fondamentaux à ancrer avant six mois : la marche en laisse détendue, le rappel, le lâcher, la tolérance à la manipulation, le calme à l’arrivée d’un visiteur. Un club canin habitué aux molosses vaut mieux qu’un club généraliste.
Besoins quotidiens
Le Boerboel n’est pas un sportif d’endurance. Deux sorties d’une heure par jour, en marche soutenue, suffisent à un adulte ; la course longue et les sauts abîment ses articulations. Il lui faut en revanche un territoire à surveiller et un travail mental régulier, sans quoi il s’invente des occupations à l’échelle de son gabarit.
La croissance dure longtemps : la maturité physique n’arrive pas avant deux ans, parfois deux ans et demi. Pendant cette période, escaliers répétés, jogging et jeux de traction sont à éviter. Un chiot maintenu mince, nourri avec un aliment pour chiot de très grande race au calcium contrôlé, aura de meilleures hanches à cinq ans que son frère de portée engraissé.
Un dernier point que les nouveaux propriétaires découvrent trop tard : le Boerboel bave. Moins qu’un Saint-Bernard, davantage qu’un Berger Allemand, surtout après avoir bu ou devant une gamelle. Il perd aussi du poil court toute l’année, des poils raides qui se plantent dans les tissus. Ce n’est pas grave, c’est simplement quotidien.
Santé
La dysplasie coxo-fémorale et la dysplasie du coude sont les deux dépistages à exiger chez les parents : radiographies officielles, cotation A à E pour les hanches, une lecture par un vétérinaire agréé. Un éleveur qui ne peut pas montrer ces documents ne travaille pas sérieusement, quel que soit le prix demandé.
Le poids expose aussi l’ectropion et l’entropion, ces paupières mal ourlées qui irritent la cornée et se corrigent chirurgicalement, ainsi qu’à l’arthrose précoce. Le syndrome dilatation-torsion de l’estomac menace tous les chiens à thorax profond : ventre tendu, tentatives de vomissement sans résultat, salivation, abattement soudain. C’est une urgence vitale, il faut partir immédiatement chez le vétérinaire. Deux repas par jour plutôt qu’un seul, et pas d’exercice dans l’heure qui suit, réduisent le risque.
Comme chez la plupart des races géantes, l’espérance de vie est courte : autour de 9 à 11 ans.
Acheter un chiot
La race reste rare en France, avec peu de portées déclarées chaque année. Beaucoup de chiots proviennent d’élevages néerlandais, allemands ou sud-africains. Méfiez-vous des annonces sans pedigree, à prix bas, avec un chiot disponible immédiatement : c’est le profil type de l’importation mal encadrée, et c’est aussi celui qui vous expose au risque de catégorisation.
Un élevage correct vous fait rencontrer la mère, vous laisse voir où vivent les chiots, ne cède aucun animal avant huit semaines, remet l’identification par puce, le certificat vétérinaire, l’attestation de cession et les résultats de dépistage des parents. Posez-lui une dernière question avant de partir : que fait-il des chiens qu’il vend quand un acquéreur ne peut plus les garder ? La réponse en dit long.
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