Berger de Bergame : la toison en flocons ne se brosse jamais
Personne n’oublie un Berger de Bergame croisé une fois. Ce chien gris porte une toison en larges flocons plats qui pendent le long du corps et couvrent ses yeux, un poil qui ne ressemble à celui d’aucune autre race européenne. Ce n’est ni une fantaisie d’éleveur ni une dreadlock décorative : c’est un vêtement de travail, formé naturellement, qui protégeait le chien dans les alpages lombards.
Son nom italien est Cane da pastore Bergamasco. La FCI le classe dans le groupe 1, section 1, chez les chiens de berger. Il gardait et conduisait les troupeaux ovins autour de Bergame, en Lombardie, sur des estives où il passait l’été dehors, exposé au soleil de midi comme aux nuits froides d’altitude.
Le chien des alpages lombards
Le Bergamasco a fait les deux métiers que la plupart des races se partagent. Il conduisait le troupeau, le rassemblait, ramenait les brebis écartées, et il le surveillait la nuit contre les prédateurs. Cette double fonction a produit un chien plus posé qu’un Border Collie et plus coopératif qu’un chien de protection pur.
La race a failli s’éteindre après la Seconde Guerre mondiale, quand la laine italienne s’est effondrée et que les troupeaux ont disparu des vallées. Elle a été reprise à partir d’un très petit nombre de sujets, sauvée par quelques éleveurs italiens tenaces. Elle reste rare aujourd’hui, en Italie comme en France, où on compte peu de naissances inscrites au LOF chaque année.
Trois poils qui n’en font qu’un
C’est la particularité de la race et elle mérite une explication précise. Le Bergamasco porte trois textures de poil différentes sur le même corps. Un poil dur et lisse, dit poil de chèvre, domine sur l’avant-main et la tête. Un sous-poil fin et gras, qui forme une couche imperméable contre la peau. Et un troisième poil, laineux, qui pousse sur l’arrière du corps et les membres.
Ces trois poils s’entremêlent en séchant et forment des flocons plats, larges de quelques centimètres, qui s’allongent avec les années. Ils ne poussent pas partout en même temps : ils commencent à se structurer vers un an, apparaissent d’abord à l’arrière-main puis progressent vers l’avant, et n’atteignent leur longueur complète que vers cinq ou six ans. Avant un an, le chiot ressemble à un chien de berger à poil long ordinaire et beaucoup d’acheteurs s’inquiètent de ne pas voir les flocons arriver.
Les flocons ne se brossent pas
Voilà la phrase qui surprend le plus les nouveaux propriétaires : une fois les flocons formés, on arrête de brosser. Passer une brosse sur un Bergamasco adulte défait le travail de la nature et laisse un chien au poil gonflé, cotonneux, hors standard.
L’entretien consiste, pendant la période de formation, à séparer les flocons à la main. On saisit une masse de poil qui commence à s’agglomérer, on la déchire en deux verticalement, jusqu’à la peau, pour obtenir deux flocons distincts au lieu d’un feutrage compact. Cette opération se fait sur plusieurs séances, une ou deux fois par an pendant les premières années, puis devient rare une fois la toison installée.
Ce qui reste au quotidien : contrôler les zones frottées, aisselles, cou sous le collier, arrière des cuisses, et retirer à la main les végétaux pris dans le poil. Un chien de travail rentre avec des ronces, des épillets, parfois des crottes séchées collées à l’arrière-main. Cela se coupe aux ciseaux, ça ne se démêle pas.
Le chien qu’il y a sous la toison
Le mâle mesure environ 60 cm au garrot, la femelle autour de 56 cm, avec quelques centimètres de tolérance de part et d’autre. Le poids se situe grossièrement entre 32 et 38 kg pour un mâle, entre 26 et 32 kg pour une femelle. Le corps s’inscrit dans un carré, la charpente est solide sans lourdeur, les membres bien plantés.
La robe est grise, unie ou marbrée de nuances allant du gris clair au noir. Le noir uni est admis à condition d’être mat, jamais brillant. Le blanc reste limité à de petites marques. Une toison entièrement claire ou franchement fauve sort du standard.
La frange qui tombe sur les yeux fait partie du type et ne gêne pas la vision : le chien voit à travers, comme derrière un rideau. On ne l’attache pas avec un élastique, on ne la coupe pas.
Un tempérament qui observe avant d’agir
C’est un chien calme, réfléchi, nettement moins excitable que la plupart des bergers. Il ne s’agite pas pour rien, il regarde, évalue, puis intervient. Avec les enfants de la maison, il se montre patient jusqu’à l’indulgence, et son gabarit lui permet d’encaisser les maladresses.
Avec les inconnus, il reste poli mais distant. Il ne saute pas sur les visiteurs et n’ira pas chercher de caresses auprès du premier venu. Cette réserve n’est pas de la peur : c’est le tri qu’opère un chien qui a gardé des biens pendant des générations.
Il aboie peu au regard de sa fonction d’origine. Un Bergamasco qui donne de la voix a généralement une raison, ce qui rend son alerte utile dans une maison isolée.
Éduquer un chien qui pense avant d’exécuter
Il apprend bien, à condition qu’on lui explique pourquoi. La répétition mécanique l’ennuie vite : au troisième rappel d’affilée sans contexte, il s’assoit et vous regarde. Les séances courtes et variées donnent de bien meilleurs résultats qu’un long travail d’obéissance formelle.
Son besoin d’exercice est modéré pour un chien de berger. Une heure trente à deux heures de sortie par jour, dont une promenade longue en nature, suffisent à un adulte. Ce qui le fatigue vraiment, c’est le travail : pistage, recherche d’objet, conduite sur troupeau dans un club qui pratique l’initiation. L’agility lui convient moins bien que la moyenne des bergers, son poil et son poids le pénalisant sur les sauts répétés.
Chaleur, saleté, logistique du poil
La toison isole du froid comme du soleil, mais elle piège la chaleur humide. En été, ce chien cherche l’ombre et le carrelage frais, et il vaut mieux avancer les promenades tôt le matin. Le tondre pour le soulager est une mauvaise idée : la toison retire au chien sa protection contre les ultraviolets et repousse souvent en texture différente, sans jamais reformer les flocons d’origine.
Bonne nouvelle en revanche, il perd très peu de poils dans la maison. Les poils morts restent pris dans les flocons au lieu de tomber, ce qui en fait un chien étonnamment propre à l’intérieur pour son volume apparent.
Santé : peu de tares, un dépistage à exiger
La race passe pour saine et les statistiques disponibles restent rassurantes. Cela ne dispense de rien. La dysplasie coxo-fémorale se dépiste sur radiographie officielle, avec une cotation A à E pour chaque hanche, et cette cotation doit exister pour les deux parents du chiot que vous achetez.
Surveillez les yeux, cachés sous la frange : un épillet ou une brindille logée sous le poil peut irriter la cornée pendant des jours avant qu’on s’en aperçoive. Un contrôle visuel hebdomadaire en soulevant la frange prend dix secondes. Contrôlez aussi les oreilles, tombantes et couvertes de poil, terrain favorable aux otites.
Trouver une portée en France
La rareté impose la patience. Il y a peu d’élevages, les listes d’attente se comptent en mois et il faut souvent se tourner vers l’Italie, où la race est mieux implantée. Personne ne vous proposera un chiot Bergamasco disponible immédiatement : si quelqu’un le fait, la question du croisement se pose sérieusement.
Demandez à voir la mère en flocons, adulte, pas seulement des photos de chiots. La toison de la mère vous renseigne sur ce que deviendra celle du chiot bien mieux que n’importe quelle promesse, puisque la qualité du poil se transmet et ne se juge pas avant plusieurs années.
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