Chien courant norvégien : Dunker, Haldenstøver et Hygenhund comparés

Chien courant norvégien

Il n’existe pas un chien courant norvégien mais trois : le Dunker, le Haldenstøver et le Hygenhund. Ces races sont distinctes, inscrites séparément au groupe 6 de la FCI, et la confusion entre elles est la première chose à dissiper. On lit régulièrement que le Dunker viendrait de la région de Halden. C’est faux, et l’erreur mélange deux races qui n’ont ni la même origine, ni la même robe, ni le même effectif.

Le Dunker, la race la plus connue des trois

Le Dunker porte le nom de l’homme qui l’a créé, Wilhelm Dunker, officier norvégien qui a travaillé au XIXe siècle à obtenir un chien capable de tenir la piste du lièvre dans la neige profonde. Il a croisé des chiens courants locaux avec un chien russe arlequin, et c’est de ce dernier que vient le trait le plus visible de la race.

Ce trait, c’est la robe marbrée bleue, appelée « blå » en norvégien. Sur un fond gris-bleu clair, des mouchetures et des plaques noires se répartissent de façon irrégulière, avec du feu sur les joues, les membres et sous la queue, et du blanc en marques. L’effet est saisissant et parfaitement reconnaissable. La race admet aussi une robe noir et feu classique avec du blanc, moins spectaculaire mais tout aussi valable au standard.

C’est un chien de format moyen, à peu près une cinquantaine de centimètres au garrot, un peu plus chez le mâle. Le corps est rectangulaire, la musculature sèche, les oreilles tombantes et de longueur moyenne. Rien d’excessif nulle part : ce chien a été jugé sur sa capacité à courir toute la journée dans la neige, pas sur son allure en ring.

Le Haldenstøver, une race qui a failli disparaître

Le Haldenstøver, ou chien courant de Halden, vient bien de la ville de Halden, dans le sud-est du pays, près de la frontière suédoise. Sa robe n’a rien à voir avec celle du Dunker : fond blanc dominant, plaques noires sur le dos et les flancs, marques feu sur la tête et les membres. On croirait un Foxhound un peu plus léger.

C’est aujourd’hui l’une des races canines les plus rares au monde. Les effectifs se comptent en quelques dizaines de naissances par an en Norvège, et la consanguinité y est un problème de fond que les éleveurs locaux tentent de gérer avec des programmes de conservation. Chercher un Haldenstøver depuis la France relève de l’exercice théorique.

Le Hygenhund, le troisième larron

Créé par Hans Fredrik Hygen à la même époque que le Dunker, le Hygenhund est un chien courant compact, à robe fauve ou rouge et blanc, parfois noir et feu. Il est encore plus discret que le Haldenstøver dans les statistiques, et son histoire s’est longtemps entremêlée avec celle du Dunker au point que les deux races ont partagé un standard commun avant d’être séparées.

Comment ces chiens travaillent

La chasse au lièvre nordique se pratique presque toujours avec un chien seul. Le Dunker part en quête, lève l’animal et le suit à l’odeur en aboyant sans interruption. Le lièvre, poursuivi, décrit une grande boucle et revient vers son point de départ. Le chasseur, posté, suit la progression à l’oreille et se prépare au retour.

Ce mode de chasse exige deux qualités qui deviennent des contraintes en ville. La première est l’autonomie totale : ces chiens décident seuls, hors de vue de leur maître, pendant une heure ou plus. La seconde est la voix, permanente et forte, sans laquelle le dispositif ne fonctionne pas. On n’éduque pas ces caractères, on compose avec.

Dunker à robe marbrée bleue et feu, en action dans un sous-bois nordique enneigé

Le quotidien avec un Dunker en France

À la maison, le Dunker a la réputation d’un chien doux, équilibré, patient avec les enfants et sociable avec ses congénères. Il n’est pas nerveux, il ne cherche pas les conflits, il dort beaucoup quand ses besoins sont couverts. Les difficultés viennent d’ailleurs.

Le climat, d’abord. Ce chien porte un poil dense doublé d’un sous-poil conçu pour des hivers scandinaves. Un été dans le sud de la France lui pèse réellement : sorties tôt le matin et tard le soir, jamais d’effort entre onze heures et dix-huit heures en juillet, accès permanent à l’eau et à l’ombre. Le coup de chaleur chez un chien courant qui se met à galoper malgré la température est une urgence vitale, avec un pronostic qui se joue en minutes.

Le rappel, ensuite. Un chien sélectionné pour poursuivre seul pendant une heure ne revient pas parce que vous l’avez appelé deux fois. La longe de dix mètres reste l’outil de base pendant les deux premières années, et un collier GPS n’a rien d’excessif si vous vivez près d’un massif forestier. Les fugues de chiens courants pendant la saison de chasse remplissent les pages des groupes de recherche d’animaux perdus, et beaucoup se terminent mal sur une route.

Santé et dépistages à demander

Les chiens courants norvégiens sont des animaux rustiques, sélectionnés sur la performance et peu touchés par les excès de la mode. Cela ne dispense pas de vérifier ce qui se vérifie. La dysplasie coxo-fémorale se dépiste par radiographie officielle avec une cotation de A à E, et le Norsk Kennel Klub publie les résultats de ses reproducteurs. Réclamez ceux des deux parents, ainsi que le statut merle du Dunker, qui se détermine par test génétique et lève toute ambiguïté sur un chien à robe difficile à interpréter.

Les oreilles tombantes demandent une surveillance hebdomadaire, en particulier chez un chien qui travaille en sous-bois humide. L’audition, chez un chiot issu d’un accouplement merle, se contrôle par un test PEA chez un vétérinaire équipé, et cet examen se fait dès les premières semaines. Enfin, un chien de ce format et de cette activité vieillit souvent avec de l’arthrose : les premiers signes apparaissent vers huit ou neuf ans, sous forme d’une raideur au lever qui s’estompe après quelques minutes de marche.

Pour acquérir un Dunker, il faut passer par la Norvège dans la quasi-totalité des cas, avec un délai d’attente réel et un déplacement à prévoir. Le chiot arrive identifié, vacciné contre la rage et muni d’un passeport européen. Une annonce française proposant un « chien courant norvégien » sans pedigree du club norvégien et sans ces documents ne vend pas la race : elle vend un croisé de couleur bleue.

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