Chien Courant Grec : le pisteur noir et feu du Péloponnèse
Le Chien Courant Grec s’appelle chez lui Hellinikos Ichnilatis, ce qui se traduit littéralement par « pisteur hellénique ». C’est l’une des rares races canines grecques reconnues par la Fédération cynologique internationale, où elle figure au groupe 6, celui des chiens courants. Hors de Grèce, elle est à peu près introuvable, et cette rareté explique la quantité d’approximations qui circulent à son sujet sur les sites francophones.
Première mise au point : ce n’est pas un chien de gros gibier. On lit souvent qu’il aurait été sélectionné pour le sanglier. Son emploi traditionnel, dans le Péloponnèse et les montagnes du nord, c’est le lièvre, parfois le renard, sur des pentes caillouteuses où un chien lourd ne tiendrait pas. Le sanglier, en Grèce, se chasse avec d’autres chiens.
Un chien de montagne sèche
Regardez sa construction, elle raconte son terrain. Le Chien Courant Grec est de taille moyenne, sec, musclé sans lourdeur, avec des membres assez longs et un rein solide. Les mâles tournent autour de la cinquantaine de centimètres au garrot, les femelles restent un peu en dessous. La poitrine est descendue mais pas large. L’ensemble donne un chien léger, capable d’enchaîner les montées et les descentes sur des pierriers pendant des heures.
La robe est noir et feu, uniquement. Le standard n’admet pas d’autre couleur, et tolère seulement une petite marque blanche au poitrail. Le poil est court, dense, un peu rêche au toucher, collé au corps. Les oreilles sont tombantes mais de longueur moyenne, nettement moins amples que celles d’un chien de piste au sang. La queue est portée en sabre.
Le travail en meute et la voix
Contrairement au Chien Courant Finnois, qui travaille seul, l’Hellinikos Ichnilatis chasse traditionnellement en petit groupe, souvent deux à quatre chiens. Ils quêtent en éventail, l’un lève, les autres rallient à la voix. Cette organisation demande un chien qui accepte ses congénères sans conflit, et c’est bien ce que la sélection a produit : les bagarres entre mâles sont rares chez cette race.
La voix est claire, aiguë par rapport à celle d’un chien de sang, et elle porte loin dans les vallées. Le chasseur suit sa meute à l’oreille depuis un point haut. Un chien qui ne donne pas de voix est écarté de la reproduction, puisqu’il ne sert à rien dans ce dispositif. Autrement dit, si vous envisagez cette race, vous adoptez un chien qui a été sélectionné pendant des générations pour faire du bruit quand il est excité.
Le tempérament vu de près
Les propriétaires grecs décrivent un chien affectueux avec sa famille, réservé avec les inconnus, et très peu enclin à la démonstration. Il n’est pas méfiant au point d’être craintif, mais il ne va pas au-devant des gens. Avec les enfants de la maison, il est tolérant. Avec un chat, la cohabitation dépend entièrement de l’âge auquel elle a commencé, et un adulte arrivé de Grèce après plusieurs années de chasse ne changera pas d’avis sur les petits animaux qui courent.
L’indépendance est le trait qui pose le plus de problèmes à un propriétaire non chasseur. Ce chien a toujours décidé lui-même de sa trajectoire en quête. Il écoute, comprend parfaitement ce qu’on lui demande, et arbitre. Les éducateurs qui travaillent avec des chiens courants le disent tous : on n’obtient pas d’eux la même disponibilité qu’avec un berger, et prétendre le contraire mène à une éducation frustrante pour les deux.
Le besoin d’exercice, chiffré honnêtement
On lit parfois qu’il faudrait deux à trois heures d’activité par jour à cette race. C’est vrai pour un chien de chasse en pleine saison, ça ne l’est pas pour un chien de famille correctement stimulé. Une sortie longue le matin, d’une heure en terrain varié, une sortie plus courte le soir, et deux ou trois séances hebdomadaires de travail olfactif : voilà un cadre tenable pour quelqu’un qui travaille.
Ce qui compte davantage que la durée, c’est la nature de l’effort. Trente minutes de recherche de friandises dans un pré haut épuisent un chien courant plus sûrement qu’une heure de marche en laisse le long d’une route. Le nez consomme de l’énergie, et un chien qui a reniflé revient fatigué et détendu. Le pistage sportif, le mantrailing et le cavage sont des disciplines où ces chiens s’épanouissent.
Le versant négatif est connu : un Hellinikos Ichnilatis qui s’ennuie creuse, hurle et cherche la sortie. Les clôtures doivent être hautes et enterrées, parce que ce chien passe dessous plutôt que dessus quand il a repéré une odeur.
Santé et vieillissement
La race n’a pas fait l’objet d’études épidémiologiques comparables à celles dont bénéficient les races à grand effectif, ce qui impose la prudence dans les affirmations. Ce que l’on peut dire, c’est qu’elle a été sélectionnée sur la seule performance en montagne, ce qui élimine mécaniquement les chiens aux articulations fragiles. La dysplasie coxo-fémorale reste toutefois à dépister par radiographie officielle, avec la cotation classique de A à E, comme pour n’importe quel chien de format moyen.
Deux points méritent l’attention pour un chien importé du bassin méditerranéen. La leishmaniose, transmise par un phlébotome, est présente en Grèce et se dépiste par sérologie : demandez le résultat avant l’adoption d’un adulte. La dirofilariose, ou ver du cœur, concerne les mêmes régions et se recherche par test sanguin. Ces deux examens sont la première chose à réclamer à une association qui rapatrie des chiens de chasse réformés, et ces rapatriements sont aujourd’hui la voie d’acquisition la plus réaliste en France.
Une dernière chose sur le prix, puisque la question revient toujours. Les tarifs qui circulent sur les sites francophones pour cette race sont inventés : il n’existe pas de marché structuré du chiot Hellinikos Ichnilatis en France, faute d’élevage. En Grèce, ces chiens s’échangent entre chasseurs dans un cadre qui n’a rien à voir avec une transaction d’éleveur professionnel. Si vous tenez à la race, la voie associative reste la plus sûre, et le coût se limite au contrat d’adoption et au transport.
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