Lagotto Romagnolo : le seul chien truffier reconnu par la FCI
Le Lagotto Romagnolo est le seul chien au monde sélectionné officiellement pour la recherche de la truffe. Pas le seul à en trouver, les Bâtards de campagne italiens en trouvaient aussi, mais le seul dont le standard mentionne cette fonction. Cette spécialisation est récente à l’échelle de la race : pendant des siècles, ce chien a travaillé dans les marais de la Romagne comme rapporteur de gibier d’eau.
Quand les zones humides de la vallée du Comacchio ont été asséchées au XIXe siècle, le métier a disparu. Les chasseurs se sont retrouvés avec des chiens sans emploi, dotés d’un nez hors norme et d’une résistance à toute épreuve. Les trifolau, les chercheurs de truffes des collines romagnoles, les ont récupérés. La reconversion a fonctionné au point de redéfinir la race entière.
Le nez avant tout le reste
La truffe ne se voit pas, ne se creuse pas au hasard et n’a pas de saison unique : le chien la localise à l’odeur, à travers dix à trente centimètres de terre, parfois davantage. Le Lagotto le fait avec une constance qui étonne les gens habitués aux chiens de chasse à la course.
Ce qui distingue la race, ce n’est pas seulement l’acuité olfactive : c’est la méthode. Le Lagotto travaille lentement, quadrille, revient sur ses pas, s’arrête. Il ne se laisse pas distraire par un lièvre qui détale, parce que la sélection a systématiquement écarté les sujets qui chassaient. C’est l’un des rares chiens de travail à faible instinct de prédation.
Pour un propriétaire qui n’a aucune envie de chercher des truffes, ce nez reste un cadeau et une contrainte. Le cadeau : ce chien excelle en pistage, en recherche utilitaire, en travail de nez sportif, en cavage récréatif dans un bois. La contrainte : un Lagotto qui ne renifle rien s’ennuie profondément.
Une laine qui ne tombe pas
Le poil du Lagotto est laineux, dense, en boucles annelées serrées, avec un sous-poil imperméable. Il ne mue pas comme un poil normal : les poils morts restent piégés dans les boucles. Résultat, pas de tapis de poils dans la maison, mais des nœuds qui se forment en profondeur si personne ne s’en occupe.
Le rythme raisonnable est une tonte tous les trois à quatre mois, à une longueur d’environ trois à quatre centimètres, avec un démêlage manuel toutes les deux à trois semaines entre deux passages. La tonte trop rase abîme la texture des boucles et le poil met des mois à revenir correctement.
Il ne faut jamais brosser un Lagotto avec une brosse classique : cela défait les boucles et donne un aspect de peluche cotonneuse qui n’a plus rien à voir avec la race. Le travail se fait aux doigts et au peigne à dents larges, section par section.
Les robes vont du blanc uni au blanc marqué de brun ou d’orange, en passant par le marron uni, le rouan marron et l’orange uni. Le masque brun est fréquent. La couleur fonce ou s’éclaircit avec l’âge chez de nombreux sujets, ce qui surprend les propriétaires qui avaient choisi un chiot pour sa robe.

Format et longévité
C’est un chien de taille moyenne à petite : de 43 à 48 cm au garrot chez le mâle, de 41 à 46 cm chez la femelle. Le poids va de 13 à 16 kg chez le mâle et de 11 à 14 kg chez la femelle. Un format pratique, qui rentre dans une voiture et se porte quand il faut le sortir d’un ravin.
L’espérance de vie se situe autour de 14 à 16 ans, ce qui place la race parmi les plus durables de son gabarit. Beaucoup de sujets cherchent encore la truffe à douze ans, avec une lenteur qui ne les gêne pas dans ce travail.
Le caractère, entre douceur et vigilance
Le Lagotto est un chien doux avec sa famille, joueur, très attaché, mais il n’a rien d’un chien mou. Il donne de la voix quand quelqu’un approche de la maison, héritage de son rôle de gardien de ferme. Cet aboiement d’alerte est le principal reproche des voisins d’appartement, et il se travaille dès le plus jeune âge.
Avec les inconnus, il est réservé sans être craintif. Une socialisation menée entre deux et quatre mois, avec des rencontres variées et calmes, suffit largement à en faire un chien à l’aise en ville. Négligée, cette période produit des adultes qui aboient sur tout ce qui bouge.
Il creuse. Beaucoup. C’est écrit dans son cahier des charges depuis des générations, et personne ne le corrigera par une réprimande. La solution consiste à lui donner un bac à sable ou un coin de terre autorisé, et à y cacher des objets, plutôt que de défendre chaque massif du jardin.
Deux tests ADN à réclamer sans négocier
La race a la chance de disposer de tests génétiques précis pour ses deux affections héréditaires les mieux caractérisées, toutes deux identifiées grâce à des travaux menés sur la population finlandaise et italienne.
La première est l’épilepsie juvénile bénigne du Lagotto. Elle se déclare chez le chiot, entre cinq et neuf semaines environ, sous forme de crises qui régressent spontanément dans la plupart des cas avant l’âge de quatre mois. Elle est impressionnante à voir et son pronostic est généralement favorable, ce qui ne dispense pas de la dépister.
La seconde est la maladie de surcharge du Lagotto, une affection neurodégénérative bien plus grave, qui se déclare chez le jeune adulte et évolue vers des troubles de l’équilibre et du comportement. Elle n’a pas de traitement. Le test ADN existe, il est fiable, et aucun éleveur sérieux ne s’en dispense.
L’atrophie progressive de la rétine et la dysplasie coxo-fémorale complètent la liste des dépistages recommandés. Les oreilles tombantes et poilues exposent par ailleurs aux otites externes, surtout chez un chien qui passe son temps le nez dans l’herbe humide : un contrôle hebdomadaire du conduit règle la question.
Pour qui cette race convient vraiment
Le Lagotto s’est mis à la mode ces dernières années, poussé par sa réputation de chien qui ne perd pas ses poils et par son allure de peluche. Cette popularité a fait apparaître des portées produites sans test, vendues cher à des acheteurs séduits par une photo.
La réalité est celle d’un chien de travail de format moyen, qui demande une heure et demie de sortie quotidienne, du travail olfactif régulier, un entretien de poil suivi et un maître présent. Il vit très bien en appartement si ces conditions sont réunies, et très mal dans une maison avec jardin où personne ne s’occupe de lui.
Un dernier détail que les éleveurs italiens répètent volontiers : ce chien apprend en observant. Laissez-le regarder un adulte expérimenté travailler quinze minutes sur une parcelle et il aura compris davantage qu’en trois séances d’apprentissage guidé.
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