Chien d’Oysel : le Wachtelhund allemand qu’on confond avec un épagneul

Chien d’Oysel

Le nom prête à confusion depuis toujours. Le Chien d’Oysel n’est pas une race française, et ce n’est pas non plus un épagneul continental : c’est le Deutscher Wachtelhund, un chien de chasse allemand dont le nom a été traduit littéralement en français au début du XXe siècle. « Oysel » vient de l’ancien français pour oiseau, et « Wachtel » désigne la caille en allemand. Le sens est le même : un chien à gibier de plume.

Cette confusion de nom a coûté cher à la race en France, où elle reste très rare alors qu’elle est un des piliers de la chasse au bois en Allemagne. Voici ce qu’il faut savoir avant de se laisser tenter par ce chien trapu à poil long, que beaucoup prennent pour un épagneul de taille moyenne et qui n’a pas du tout le même mode d’emploi.

Un chien de broussaille né dans les forêts allemandes

La race descend du Stöber, le chien quêteur des forestiers allemands, qui a failli disparaître au XIXe siècle. Un travail de reconstitution mené par des chasseurs allemands à partir des années 1880 a fixé le type actuel, et un club de race allemand encadre depuis la sélection avec une exigence rare : la reproduction est conditionnée à des épreuves de travail.

La FCI le classe dans le groupe 8, celui des rapporteurs de gibier, leveurs de gibier et chiens d’eau, dans la section des leveurs de gibier. Ce n’est pas un chien d’arrêt : il ne marque pas l’arrêt devant l’oiseau, il fouille le couvert, lève le gibier et le rapporte. Il travaille aussi à la voix sur la piste du gros gibier blessé, et c’est cette polyvalence qui fait sa réputation outre-Rhin.

Un physique de travailleur, pas de salon

C’est un chien de taille moyenne, nettement plus long que haut, bâti bas sur pattes avec une poitrine descendue. Le standard situe la hauteur au garrot autour de 48 à 54 cm chez le mâle, un peu moins chez la femelle, pour un poids qui va grossièrement de 18 à 25 kilos. La silhouette évoque un croisement mental entre un épagneul et un petit chien courant, ce qui n’est pas loin de la réalité historique.

Chien d’Oysel brun à poil long ondulé, oreilles tombantes, debout dans un sous-bois

Le poil est long, dense, plat ou légèrement ondulé, avec des franges aux oreilles, à l’arrière des membres et sous la queue. Deux grandes familles de robe coexistent : le brun uni, parfois avec une marque blanche au poitrail, et le brun rouan, où les poils blancs et bruns se mêlent en donnant un fond moucheté. Une variété rouge existe aussi. Le sous-poil est fourni, ce qui protège dans les ronces et dans l’eau froide.

Le caractère au quotidien

Amical avec sa famille, oui. Facile, non. Le Chien d’Oysel est un chien de tempérament, avec une envie de chasser qui s’exprime dès quatre ou cinq mois et qui ne s’éteint pas parce qu’on vit en ville. Il donne de la voix sur la piste, il fouille, il suit son nez. Un jardin de deux cents mètres carrés lui sert de point de départ, pas de terrain de vie.

Avec les enfants, la plupart des sujets sont patients et joueurs. Avec les autres chiens, la sociabilité est correcte, à condition d’avoir été travaillée tôt. Le vrai point de vigilance concerne les petits animaux : lapins, poules et chats de passage déclenchent une réaction que l’éducation atténue sans jamais l’effacer.

L’éducation demande de la constance et une main ferme sans brutalité. C’est un chien intelligent qui teste les limites et qui apprend vite à contourner celles qui bougent. Les méthodes coercitives donnent un chien qui se ferme ; l’absence totale de cadre donne un chien qui décide. Le juste milieu se trouve dans des séances courtes, quotidiennes, avec des récompenses alimentaires au départ puis du jeu.

Entretien du poil et santé

Le poil long ramasse tout : bardanes, graines de graminées, boue. Un brossage deux à trois fois par semaine est le minimum, et un contrôle des oreilles après chaque sortie en couvert évite les épillets. Les oreilles tombantes et bien fournies retiennent l’humidité, ce qui favorise les otites : un séchage après chaque baignade fait partie de la routine.

Le toilettage professionnel n’est pas nécessaire, hors éventuel dégagement sous les pieds et autour de l’anus. Compter une trentaine d’euros si on le fait faire, ou rien du tout avec une paire de ciseaux à bouts ronds.

Ce que change le passage du bois à la maison

Le Wachtelhund élevé pour la chasse et vendu à un foyer sédentaire donne souvent le même tableau au bout de six mois : un chien qui aboie au moindre bruit, qui vole sur la table, qui tire en laisse et qui fugue dès que le portail s’entrouvre. Rien de pathologique là-dedans. Un chien de quête à qui l’on ne donne rien à quêter se fabrique un métier tout seul.

Les foyers non chasseurs qui réussissent avec cette race ont deux points communs. Ils vivent près d’un espace naturel où le chien peut travailler du nez plusieurs fois par semaine, et ils lui ont trouvé une discipline de remplacement : pistage utilitaire, mantrailing, recherche de truffes, cavage, ou tout simplement des jeux d’odeur structurés à la maison. Le corps se fatigue vite chez un chien de cette taille ; c’est la tête qui demande du travail.

Le second sujet est l’aboiement. Un chien sélectionné pour donner de la voix sur le grand gibier blessé n’est pas un chien silencieux. En maison mitoyenne ou en appartement, cette voix grave et portante finit par poser un problème de voisinage. Le travail sur le signal de silence se commence dès les premières semaines, avant que l’habitude ne s’installe.

Se procurer un Chien d’Oysel en France

Les naissances françaises sont anecdotiques. La grande majorité des chiots viennent d’Allemagne, où le club de race applique une règle qui devrait exister ailleurs : pas de portée sans parents ayant réussi les épreuves de travail. Cela limite la production, cela allonge l’attente, et cela protège la race de la dérive esthétique qui a abîmé tant de chiens de chasse.

Concrètement, un acheteur français doit s’attendre à une liste d’attente, à un déplacement, et souvent à un entretien préalable avec l’éleveur pour justifier de l’usage prévu. Certains éleveurs allemands refusent tout simplement de vendre à un foyer non chasseur. La démarche est plus contraignante qu’ailleurs, elle est aussi la meilleure garantie de tomber sur un chien équilibré.

Un mot pour finir sur les annonces en ligne. Un chiot « Chien d’Oysel » proposé sans pedigree allemand, sans mention du club de race et sans résultat de travail des parents est très probablement autre chose : un épagneul croisé, ou un chien importé d’Europe de l’Est dont on ne saura rien. Le prix bas est le signal, pas l’aubaine.

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