Akita Inu : le chien d’ours japonais que Hachikō a rendu célèbre
L’Akita Inu vient du nord du Honshū, là où les chasseurs de montagne appelés matagi utilisaient de grands chiens pour bloquer l’ours et le sanglier en attendant l’homme. Cette fonction d’origine explique presque tout ce qu’on lui reproche aujourd’hui : le sang-froid, l’indépendance de décision, la faible envie de plaire et cette capacité à tenir tête sans crier.
Une race sauvée deux fois
Au XIXe siècle, la mode des combats de chiens abîme la race. On croise les chiens d’Akita avec des molosses importés pour gagner en masse et en agressivité, et le type ancien se dilue. La réaction vient au début du XXe siècle : des sociétés de préservation se créent, la sélection revient vers un chien de type primitif, et le gouvernement japonais classe la race parmi les monuments naturels du pays au début des années 1930.
La Seconde Guerre mondiale manque de l’achever. Les chiens sont réquisitionnés pour leur fourrure, les effectifs s’effondrent, et il ne reste qu’une poignée de sujets de type ancien à la fin du conflit. La reconstruction d’après-guerre a laissé deux populations distinctes : les éleveurs japonais ont éliminé les traces de croisement pour revenir au type primitif, quand les chiens exportés aux États-Unis ont pris une autre direction. Le nom Akita Inu désigne aujourd’hui la lignée japonaise, sous le standard FCI numéro 255, groupe 5, section 5.
Les quatre robes admises
Le standard japonais est restrictif là où d’autres pays admettent tout. Seules quatre robes sont acceptées : le rouge fauve, le sésame, le bringé et le blanc. Le masque noir, courant chez d’autres spitz, est un défaut éliminatoire. Un Akita à taches blanches irrégulières sur fond coloré, ce que les Anglo-Saxons appellent pinto, ne relève pas de ce standard.
L’urajiro est la particularité que les néophytes ne voient pas et que les juges regardent en premier. Il s’agit d’une zone de poils blanchâtres répartie de façon précise : côtés du museau, joues, dessous de la mâchoire, cou, poitrail, ventre, face interne des membres et dessous de la queue. Elle est exigée sur toutes les robes sauf le blanc. Un rouge sans urajiro n’est pas dans le type, même s’il est joli en photo.
Le poil est double, dur en couverture, laineux et serré dessous. La queue s’enroule fermement sur le dos, en simple ou double boucle, et son attache haute fait partie de la silhouette. Les oreilles sont petites, triangulaires, épaisses, portées droites et inclinées vers l’avant dans le prolongement de la ligne du cou.
Ce que l’histoire de Hachikō dit de la race
Le chien qui attendait son maître à la gare de Shibuya a fait plus pour la notoriété de la race que tous les standards réunis. Hachikō est né en 1923, a suivi son propriétaire à la gare chaque jour, et a continué de s’y rendre après la mort de celui-ci en 1925, jusqu’à sa propre mort en 1935. Sa statue est toujours à la sortie nord de Shibuya.
On en tire souvent une conclusion fausse : l’Akita serait un chien facile parce qu’il est loyal. Cette loyauté ne se donne pas d’avance, elle se construit, et elle n’implique aucune obéissance automatique. Un Akita profondément attaché à son maître peut très bien ignorer un rappel s’il juge qu’il a mieux à faire. Les deux comportements coexistent sans se contredire.
Vivre avec un chien qui ne parle pas
L’Akita Inu aboie très peu. Il grogne, gémit, émet des sons étranges quand il réclame, mais il ne donne pas de la voix sur le palier. En immeuble, c’est un avantage réel. Il est propre, discret, souvent immobile pendant des heures, et il a horreur du désordre autour de sa place de couchage.
Le revers de cette discrétion, c’est que ses signaux sont ténus. Un Akita qui n’est pas à l’aise ne prévient pas longtemps : il se raidit, détourne la tête, et si personne ne lit ces signes, il passe à l’avertissement direct. Les familles qui vivent bien avec la race sont celles qui ont appris à lire leur chien plutôt qu’à attendre qu’il crie.
Avec les autres chiens, la tolérance est faible, surtout entre femelles adultes chez cette race, ce qui surprend ceux qui s’attendaient à l’inverse. Avec les enfants de la maison, l’Akita est généralement patient, à condition qu’on lui laisse un endroit où l’enfant n’entre pas. Il déteste être dérangé pendant qu’il mange ou qu’il dort, et ce n’est pas négociable par l’éducation.
Éducation : la constance avant la fermeté
L’Akita apprend vite et se lasse encore plus vite des répétitions. Dix minutes de travail bien menées valent mieux qu’une demi-heure de rappels ignorés. Le renforcement positif fonctionne bien, la contrainte physique ne fonctionne pas du tout : elle produit soit un chien qui se referme, soit un chien qui répond, et dans les deux cas la confiance est cassée pour longtemps.
La socialisation du chiot est le chantier des quatre premiers mois. Rencontres variées, sols glissants, ascenseurs, marchés, enfants, chiens adultes calmes. Un Akita qui n’a rien vu avant seize semaines devient un adulte de 35 kilos crispé dès qu’un vélo passe, et ça se rattrape mal. Le rappel se travaille en enclos pendant des mois avant d’espérer le tester en forêt.
Santé : ce que les éleveurs surveillent
La race est concernée par plusieurs affections à composante auto-immune. L’adénite sébacée, qui détruit les glandes sébacées de la peau, se traduit par des squames, une odeur particulière et une perte de poil symétrique ; elle se diagnostique par biopsie cutanée et se gère à vie par des bains huileux. Les atteintes oculaires accompagnées d’une dépigmentation de la truffe imposent une consultation immédiate. L’hypothyroïdie se dépiste par un simple bilan sanguin.
La dysplasie coxo-fémorale se radiographie chez les reproducteurs et reçoit une cotation officielle de A à E. Une atrophie progressive de la rétine existe dans certaines lignées et fait l’objet d’un test ADN dans plusieurs races de spitz : demandez à l’éleveur ce qui a été fait sur ses reproducteurs. Un détail utile à connaître pour le vétérinaire : les Akitas présentent souvent des globules rouges plus petits que la moyenne canine, ce qui peut faire croire à tort à une anémie sur une analyse lue sans tenir compte de la race.
Avant de réserver un chiot, demandez à voir la mère en situation, pas en photo, et à connaître la conduite des adultes de l’élevage face à un inconnu qui entre. Chez cette race, le caractère des parents pèse lourd et un éleveur qui refuse la visite vous en dit long. L’espérance de vie généralement observée se situe entre 10 et 13 ans : c’est un engagement d’une décennie avec un chien qui n’oublie jamais la manière dont on l’a traité les premiers mois.
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