Épagneul Japonais : le Chin, ses yeux fragiles et son museau court

Épagneul Japonais

L’Épagneul Japonais ne descend d’aucun épagneul et n’a jamais rapporté un gibier. Le nom français est un accident de traduction, hérité de l’anglais Japanese Spaniel. Son vrai nom est le Chin, et sa fonction historique tient en un mot : tenir compagnie, à l’intérieur, sur les genoux d’une aristocratie qui ne le laissait pas sortir.

Ce détail explique presque tout le reste. Un chien sélectionné pendant des siècles pour la vie en intérieur ne se comporte pas comme un chien de travail miniaturisé, et il ne vieillit pas non plus de la même manière.

De la Chine à la cour de Kyoto

Les origines se situent en Chine, où de petits chiens à face plate accompagnaient déjà la cour. Des sujets ont été offerts au Japon par voie diplomatique il y a plus d’un millénaire, probablement via la Corée. La noblesse japonaise a ensuite travaillé le type pendant des siècles, en vase clos, jusqu’à obtenir un chien de très petit format à la démarche relevée.

L’arrivée en Occident date du milieu du XIXe siècle, dans le sillage de l’ouverture forcée du Japon au commerce international. Des Chin sont offerts à des cours européennes, dont celle de Grande-Bretagne, et la race s’installe dans les élevages britanniques et américains à la fin du siècle. Elle a failli disparaître au Japon après 1945, reconstituée en partie à partir de sujets exportés avant guerre.

Un chien de moins de quatre kilos

Le Chin mesure environ 25 centimètres au garrot, les mâles un peu plus que les femelles, dans un format censé rester carré. Le poids se situe le plus souvent entre 2 et 4 kilos. La tête est large, le crâne arrondi, le stop très marqué, le nez court et placé haut, sur la ligne des yeux. Les yeux sont grands, foncés, écartés, avec un peu de blanc visible aux angles internes qui donne à la race son expression étonnée.

Le poil est long, soyeux, droit, sans sous-poil laineux. Il forme une collerette au cou, des franges aux oreilles, des culottes à l’arrière et une queue en panache portée sur le dos. Deux robes existent : blanc et noir, ou blanc et roux dans toutes les nuances du citron au feu soutenu. Une marque symétrique sur la tête avec une liste blanche entre les yeux est recherchée.

Le museau plat n’est pas un détail esthétique

Le Chin est un chien brachycéphale. Sa face raccourcie s’accompagne de conséquences médicales qu’un acquéreur doit connaître avant de signer, et sur lesquelles trop de vendeurs restent muets.

Les narines peuvent être pincées et gêner le passage de l’air, ce qui donne une respiration bruyante au repos. Un chien qui ronfle en permanence, s’essouffle après cinquante mètres ou se met en position assise haute pour mieux respirer présente un syndrome obstructif qui se corrige chirurgicalement, pas un charmant trait de race. La tolérance à la chaleur est mauvaise : au-delà de 25 degrés, les sorties se limitent au matin et au soir, et une voiture arrêtée au soleil tue ce chien en quelques minutes.

Les yeux, grands et peu protégés par l’orbite, s’ulcèrent facilement : une branche, un jet de shampoing, un coup de patte suffisent. Un œil rouge, larmoyant, qui reste fermé, se montre au vétérinaire le jour même. Dans les cas extrêmes de brachycéphalie, le globe peut sortir de l’orbite, une urgence absolue.

Épagneul Japonais

Un tempérament que ses propriétaires comparent à celui d’un chat

La comparaison revient dans presque tous les témoignages, et elle est justifiée sur plusieurs points. Le Chin grimpe : dossier de canapé, appui de fenêtre, table basse. Il se lave la face avec la patte. Il choisit son moment pour venir vers vous et n’insiste pas quand on l’ignore. Il observe longtemps une situation nouvelle avant de s’en approcher.

C’est un chien calme à l’intérieur, peu aboyeur, qui s’accommode d’un studio comme d’une maison. Il n’a pas besoin de longues courses : trois sorties quotidiennes de vingt minutes couvrent ses besoins, avec un peu de jeu à la maison. Ce format convient à des personnes âgées, à condition de rester vigilant sur la chaleur et sur les escaliers.

Sur l’éducation, l’avis des éleveurs diverge de celui des manuels. Le Chin apprend vite mais obéit quand il en voit l’intérêt, et la répétition mécanique l’ennuie visiblement. Des séances de cinq minutes, plusieurs fois par jour, donnent de bien meilleurs résultats qu’une demi-heure d’exercices. La propreté prend souvent plus de temps que chez un chien moyen, comme chez beaucoup de très petits formats, et n’est pas toujours acquise avant six ou huit mois.

L’entretien du poil, plus simple qu’il n’en a l’air

Sans sous-poil, ce poil long ne feutre pas comme celui d’un Bichon ou d’un Colley. Deux brossages par semaine au peigne métallique, en insistant derrière les oreilles, aux aisselles et aux culottes, suffisent la plupart du temps. Le poil ne demande aucune coupe : on ne tond pas un Chin, on égalise éventuellement sous les pieds.

Deux points quotidiens en revanche. Les plis autour du nez se nettoient et se sèchent, sinon ils macèrent et rougissent. Les yeux se rincent au sérum physiologique dès qu’une sécrétion apparaît, en essuyant du coin interne vers l’extérieur. Les dents, enfin : sur une mâchoire aussi courte, les incisives se chevauchent et le tartre s’installe tôt, ce qui rend le brossage dentaire régulier plus utile ici que chez la plupart des races.

Santé héréditaire et vieillissement

Au-delà de la face courte, quelques affections se rencontrent dans la race. La luxation de la rotule est fréquente chez les petits formats : elle se classe en quatre grades par un vétérinaire orthopédiste, et les grades légers se surveillent sans opérer. Un souffle cardiaque doit être ausculté sérieusement, la maladie valvulaire mitrale touchant beaucoup de petites races vieillissantes.

La race est aussi concernée par une maladie de surcharge neurologique, la gangliosidose GM2, pour laquelle un test ADN existe. Un éleveur qui travaille correctement connaît le statut génétique de ses reproducteurs et vous le montre. En cas de doute, la question se pose directement : deux parents testés indemnes ne peuvent pas produire un chiot atteint.

Les naissances françaises se comptent chaque année en quelques dizaines de chiots, réparties entre une poignée d’élevages. Une liste d’attente de six mois à un an est la norme, et c’est plutôt bon signe : les races à faible effectif tenues par des éleveurs sélectifs échappent aux élevages de masse d’Europe de l’Est, où les petits chiens à face plate se produisent en série sans aucun dépistage.

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