Griffon Fauve de Bretagne : le chasseur de loup breton
Le Griffon Fauve de Bretagne est une des plus anciennes races de chiens courants françaises, et l’une de celles qui ont failli disparaître complètement. Il a été bâti pour chasser le loup dans les landes d’ajoncs bretonnes : un chien moyen, sec, couvert d’un poil dur comme de la paille, capable de forcer des broussailles où un chien à poil ras se déchire.
Le loup a disparu de Bretagne, la race a perdu sa raison d’être, et les effectifs sont tombés à presque rien au début du vingtième siècle. Ce qui court aujourd’hui derrière le lièvre et le sanglier descend d’une poignée de sujets sauvés par des chasseurs bretons entre les deux guerres.
Une race reconstruite après la disparition du loup
Les chiens fauves de Bretagne sont mentionnés dans les traités de vènerie depuis plusieurs siècles, employés en équipages contre le loup et le sanglier. Leur travail exigeait du courage plus que de la vitesse : entrer dans le fourré, tenir bon, ne pas lâcher.
Quand la louveterie n’a plus eu de gibier, les meutes se sont dispersées. La reconstruction du cheptel a été menée par quelques éleveurs bretons attachés au type ancien, qui ont resserré la sélection sur la texture du poil, la couleur et l’aptitude à chasser en petite meute. Le club de race veille depuis à ce que la population reste testée au travail, et non seulement jugée sur la beauté.
Une robe qui va du blé mûr au rouge brique
La couleur porte le nom de la race. Elle s’étend du froment clair au rouge brique soutenu, sans panachure blanche autre qu’une petite étoile au poitrail, tolérée mais pas recherchée. Quelques poils noirs épars peuvent subsister sur le dos ou les oreilles chez le jeune sujet, et s’estompent souvent avec l’âge.
Le poil est très dur, sec, court, jamais laineux ni frisé. Passé sous la paume, il gratte : c’est le bon critère. Cette texture est fonctionnelle, elle protège la peau des épines et se sèche vite. Un chien à poil doux ou ondulé est hors type, et sa peau souffrira davantage en terrain difficile.
Format, tête et oreilles
Le standard place la taille entre 48 et 56 centimètres au garrot, pour un poids qui tourne autour de 18 à 20 kilos. C’est un chien compact, un peu plus long que haut, avec un rein solide, des membres droits et une ossature moyenne : ni lévrier, ni chien lourd.
La tête est plutôt courte pour un chien courant, avec un crâne légèrement bombé et une moustache fournie. Les oreilles sont l’un des repères les plus faciles : fines, attachées au niveau de la ligne de l’œil, elles descendent à peine jusqu’au bout du nez, bien plus courtes que celles des chiens courants du Sud-Ouest. La queue, moyenne, est portée en faucille.
Le travail : la petite meute et la chasse devant soi
C’est un chien de chasse à tir avant d’être un chien d’équipage. Il travaille seul, à deux ou en petite meute de trois ou quatre, sur le lièvre, le renard, le chevreuil et le sanglier. Sa qualité première est l’acharnement : il entre dans les ronciers, ressort, revient, ne renonce pas sur une piste difficile.
Il chasse près, ce qui plaît aux chasseurs à pied, et donne de la voix de façon assez sobre par rapport aux autres griffons français. Les propriétaires qui ne chassent pas retrouvent exactement ce comportement en promenade : un chien qui prospecte en éventail devant, revient de lui-même par intermittence, puis part sur une odeur et s’absente un moment.
Le tempérament à la maison
Il est gai, franc, très proche de sa famille, et il n’a pas une once d’agressivité envers les gens. Avec les enfants, la cohabitation est simple : il joue, il encaisse, il va se coucher quand il en a assez. Avec les autres chiens, la vie en groupe lui va bien, ce qui vient directement de l’élevage en petite meute.
Ce qui surprend les nouveaux propriétaires, c’est son entêtement. Il a été sélectionné pour décider seul dans le fourré, hors de vue du chasseur. Cette autonomie se traduit à la maison par un chien qui écoute quand il en voit l’intérêt et qui teste régulièrement les règles. Les méthodes coercitives ne donnent rien de bon sur ce caractère entier : il se braque, s’éloigne, et l’on perd le peu de rappel acquis.
Il ne garde pas. Le sens du territoire lui fait défaut et un inconnu qui entre dans la maison sera accueilli avec enthousiasme. Qui cherche un chien d’alerte doit regarder ailleurs.
Entretien : peu de toilettage, beaucoup d’inspection
Le poil dur ne se tond pas et ne demande pas de coupe. Un passage à la brosse dure une fois par semaine, éventuellement un épluchage manuel du poil mort deux fois par an, et le chien reste présentable. On lave rarement : les shampoings répétés ramollissent le poil et lui font perdre son imperméabilité.
Le vrai travail est ailleurs. Après chaque sortie en couvert, on passe les mains sur tout le corps, on écarte les doigts de pied, on regarde sous les oreilles et dans les plis de l’aine. Les épillets d’orge sauvage sont la plaie de la saison sèche : ils s’enfoncent entre les coussinets ou dans un conduit auditif et se retirent alors sous anesthésie. Les kystes interdigités, fréquents chez ce type de chien, commencent souvent par un simple boitement ignoré.
Santé et longévité
C’est un chien rustique, peu chargé en maladies héréditaires documentées, ce qui reste l’un de ses atouts par rapport aux races très diffusées. Le dépistage radiographique de la dysplasie de la hanche, coté de A à E, se pratique néanmoins sur les reproducteurs et vaut la peine d’être demandé à l’éleveur.
Les oreilles tombantes se contrôlent chaque semaine, humidité et débris végétaux étant les deux causes d’otite chez ce chasseur. On surveille aussi le poids : un adulte de vingt kilos qui vit en famille sans chasser prend vite trois ou quatre kilos, ce qui abîme les articulations d’un chien censé courir. L’espérance de vie se situe autour de douze à quatorze ans.
Adopter : une race qui reste dans le monde de la chasse
Les naissances se comptent en dizaines par an en France et se placent presque exclusivement chez des chasseurs. Le club de race centralise les portées disponibles et reste la porte d’entrée la plus fiable. Un chiot inscrit part identifié par puce, vacciné, avec le certificat de naissance à faire transformer en pedigree définitif après confirmation, laquelle intervient à partir de l’âge d’un an.
Si vous n’avez pas de projet de chasse, dites-le à l’éleveur plutôt que de le taire : certains refuseront, d’autres orienteront vers un chiot de tempérament plus posé, ou vers le Basset Fauve de Bretagne, dont le format et la dépense conviennent mieux à une vie de famille sans terrain.
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