Griffon Bleu de Gascogne : chien courant à la voix grave
Le Griffon Bleu de Gascogne est un chien courant du Sud-Ouest, sélectionné pour mener une voie à la voix, seul ou en petite meute. C’est la version à poil dur de la famille des Bleus de Gascogne, obtenue en croisant le Petit Bleu avec des chiens courants griffonnés. Sa robe mouchetée de noir sur fond blanc donne à distance ce reflet ardoise qui a donné son nom à toute la famille.
Contrairement à ce qu’on lit souvent, il ne vient pas des Pyrénées mais de la Gascogne au sens large, entre Landes, Gers et Béarn, sur des terres de chasse au lièvre et au grand gibier. Il chasse aujourd’hui le lièvre, le chevreuil et le sanglier, et se rencontre encore assez peu en dehors des milieux de vènerie et de chasse en équipage.
La robe bleue, expliquée
Il n’y a aucun pigment bleu dans ce chien. Le fond est blanc, entièrement moucheté de noir, et c’est le mélange optique de ces mouchetures avec le blanc qui produit une impression d’ardoise à quelques mètres. Des plaques noires plus larges se posent souvent sur les côtés du crâne, en couvrant les oreilles et en encadrant les yeux.
Les marques feu sont attendues : au-dessus de chaque œil, ce qui donne l’apparence de deux yeux supplémentaires et vaut à ces chiens le surnom de « quatre-z-yeux » dans le Sud-Ouest, mais aussi sur les joues, à l’intérieur des oreilles, sur les membres et sous la queue. Le poil, lui, est dur, plutôt long, ébouriffé, avec des sourcils fournis qui ne masquent jamais complètement le regard, et une moustache marquée.
Format et allures
C’est un chien de taille moyenne : les mâles mesurent en gros de 50 à 57 centimètres au garrot, les femelles de 48 à 55, pour une vingtaine de kilos. Il est plus léger et plus court que le Grand Bleu, ce qui lui donne un galop utile sur les terrains difficiles, les fourrés et les pentes.
Les oreilles sont attachées bas, souples, moins longues et moins tournées que celles du Grand Bleu de Gascogne. La queue est portée en sabre, remuée en permanence quand le chien travaille. L’allure de chasse est un trot soutenu qui passe au galop sur la voie, avec une capacité à tenir plusieurs heures sur des sols lourds.
Le nez et la voix
Ce qui définit un chien courant, ce n’est pas la vitesse mais la qualité de la voie et la façon de la dire. Le Griffon Bleu travaille avec beaucoup d’application, plutôt lentement, sans lâcher une piste froide, et il rend compte de tout ce qu’il fait par une voix grave et portante que les chasseurs reconnaissent à plusieurs centaines de mètres.
Cette voix mérite d’être entendue avant l’achat, parce qu’elle change tout à la vie avec ce chien. Un Griffon Bleu qui s’ennuie dans un jardin de lotissement hurle, et il hurle fort, longtemps, avec une résonance de chien de meute. C’est la première cause de conflit de voisinage citée par les propriétaires de chiens courants en zone périurbaine.
Le caractère en dehors de la chasse
À la maison, c’est un chien calme, sociable, dépourvu d’agressivité, qui vit très bien avec les enfants et avec les autres chiens. La vie en meute a sélectionné des sujets qui supportent la promiscuité canine sans conflit, et cela se voit au quotidien.
Il n’est en revanche ni un gardien ni un chien de garde d’intérieur : il signale, puis va faire la fête à l’inconnu. Et il a le nez au sol dès la porte franchie. Ce n’est pas de la désobéissance, c’est le fonctionnement d’un chien qui suit une trace : une fois lancé, il n’entend plus rien. Beaucoup de disparitions de Griffons Bleus s’expliquent ainsi, sur une voie de chevreuil, à plusieurs kilomètres de la maison.
Éducation, sorties et clôture
L’éducation demande de la constance et beaucoup de répétitions en milieu peu stimulant avant d’espérer quoi que ce soit en forêt. Le rappel se travaille dès huit semaines, avec des récompenses de haute valeur, dans un jardin clos, puis en longe de dix mètres. On ne détache pas ce chien en zone giboyeuse tant que le rappel n’est pas solide, et beaucoup de propriétaires n’y arrivent jamais complètement.
Côté dépense, une promenade en laisse autour du pâté de maisons ne suffit pas. Il lui faut deux heures d’activité par jour au minimum, dont une longue sortie où il peut suivre des odeurs, et de préférence un vrai terrain. Les recherches d’objets et le pistage utilitaire canalisent une partie de ce besoin quand la chasse n’est pas au programme.
Entretien du poil et des oreilles
Le poil dur ne réclame pas de toilettage esthétique. Un bon brossage à la carde une fois par semaine retire le poil mort et les débris végétaux, et on repasse à la main sur les zones de frottement. Un chien qui rentre de terrain se contrôle systématiquement : tiques dans les oreilles et entre les doigts, épillets sous les aisselles, ronces dans la culotte, coupures sous les coussinets.
Les oreilles tombantes ferment le conduit et retiennent l’humidité. Le nettoyage hebdomadaire avec une solution auriculaire adaptée, pavillon soulevé, prévient l’otite externe qui est le motif de consultation le plus fréquent chez les chiens courants. Une odeur aigre, une tête penchée ou des grattages répétés doivent conduire chez le vétérinaire avant que l’infection ne s’installe.
Santé et longévité
C’est un chien rustique dont la plupart des ennuis viennent du terrain plutôt que de la génétique. La dysplasie coxo-fémorale se dépiste par radiographie officielle avec une cotation de A à E, et le club de race encourage ce dépistage sur les reproducteurs. On surveille aussi la dysplasie du coude chez les sujets qui travaillent beaucoup en terrain accidenté.
La poitrine descendue expose à la torsion d’estomac : repas fractionnés en deux prises, pas d’effort dans l’heure qui suit, et connaissance des signes d’alerte, soit un chien qui tente de vomir sans rien produire, bave et gonfle du ventre. Il s’agit d’une urgence chirurgicale qui se compte en dizaines de minutes. L’espérance de vie tourne autour de douze ans pour les sujets bien suivis.
Trouver un chiot
Le Griffon Bleu de Gascogne reste une race de chasseurs. Les portées se placent d’abord dans les équipages et chez les chasseurs de lièvre, et l’élevage de compagnie pur est quasi inexistant. Passer par le club de race est le chemin le plus direct pour identifier des naissances inscrites au livre des origines.
Adopter un adulte réformé de chasse est une autre voie, plus fréquente qu’on ne croit en fin de saison, souvent auprès d’associations spécialisées dans les chiens courants. Ces chiens sont sociables et déjà éduqués à la vie en groupe, mais leur instinct de voie est intact : le raisonnement sur la clôture et la longe reste exactement le même que pour un chiot.
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