Lévrier Greyhound : 70 km/h le matin, vingt heures de sommeil ensuite

Lévrier Greyhound

Un Greyhound atteint sa vitesse de pointe en quelques foulées, tient une trentaine de secondes, puis rentre se coucher pour le reste de la journée. Cette alternance résume la race mieux que n’importe quelle description : un sprinteur extrême doublé d’un chien d’intérieur très calme. Fiche complète : origine, format, caractère, éducation, santé, entretien, adoption.

Le chien le plus rapide du monde

La vitesse de pointe d’un Greyhound de course se situe au-delà de 70 km/h, atteinte en trois à quatre foulées. Cette performance repose sur une mécanique précise : une colonne très souple qui se plie et se déplie à chaque foulée, un cœur volumineux, un hématocrite naturellement élevé et une masse musculaire concentrée sur l’arrière-main.

Cette mécanique est faite pour l’effort bref. Un Greyhound n’est pas un compagnon de course à pied longue distance : il accélère, il s’essouffle, il veut s’arrêter. Trente minutes de marche deux fois par jour plus quelques minutes de galop libre dans un espace clôturé lui suffisent. C’est l’un des grands chiens les moins exigeants en volume d’exercice, et c’est régulièrement une surprise pour ceux qui l’adoptent.

Origine : une race façonnée par la course

Le lévrier de type Greyhound tel qu’on le connaît est fixé en Grande-Bretagne, à partir de chiens de chasse à vue employés sur le lièvre en terrain découvert. La chasse au lièvre par poursuite à vue, le coursing, structure la sélection pendant des siècles, avant que la course de piste derrière un leurre mécanique ne prenne le relais au XXe siècle et ne devienne une industrie, notamment en Irlande, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie.

La FCI le classe dans le groupe 10, celui des lévriers, section des lévriers à poil court. Une conséquence majeure de cette histoire : il existe deux populations assez distinctes, les lignées de course, plus légères et plus nerveuses, et les lignées d’exposition, plus hautes et plus étoffées. Un chien issu d’un chenil de course et un chien d’élevage de beauté ne se ressemblent pas tout à fait.

Lévrier Greyhound au galop sur une piste herbeuse, corps allongé en extension

Morphologie, robe et pesée

Le mâle mesure environ 71 à 76 cm au garrot, la femelle 68 à 71 cm. Le poids se situe autour de 30 à 35 kilos chez le mâle, un peu moins chez la femelle. La poitrine est très descendue, le ventre relevé, le rein arqué. Les hanches saillent et les deux ou trois dernières côtes se voient : sur cette race, c’est l’état normal, pas de la maigreur. Un vétérinaire non habitué aux lévriers signale parfois une dénutrition qui n’existe pas.

Le poil est ras, fin, couché, sans sous-poil. Toutes les robes sont admises : fauve, noir, bringé, blanc, bleu, et toutes ces couleurs panachées de blanc. La peau est fine et peu mobile, tendue sur des muscles saillants.

Caractère : sensible, silencieux, peu démonstratif

C’est un chien réservé, doux, qui ne s’impose pas. Il ne saute pas sur les visiteurs, aboie rarement, ne garde pas. Avec les enfants il est patient à condition qu’on respecte son sommeil : réveillé en sursaut sur son couchage, un lévrier peut grogner, et c’est l’une des rares situations à surveiller sérieusement dans un foyer avec de jeunes enfants.

Sa sensibilité est une donnée de fond. Une voix forte, une correction brutale, un environnement chaotique le referment durablement. Les chiens issus de chenils de course arrivent parfois sans avoir jamais vu d’escalier, de baie vitrée, de miroir ni de sol glissant, et il leur faut plusieurs semaines pour apprendre ce qu’est une maison.

Éducation : le rappel ne sera jamais acquis

Le Greyhound apprend vite les bases : assis, marche en laisse, retour au couchage. Le point dur est ailleurs. C’est un chien de chasse à vue : un mouvement rapide à cent mètres déclenche une poursuite réflexe, et à 70 km/h le chien est hors de portée de voix en quelques secondes. Il ne regarde pas devant lui pendant la poursuite, ce qui rend les routes et les clôtures dangereuses.

La règle appliquée par toutes les associations de placement est la même : liberté uniquement dans un espace entièrement clôturé, longe partout ailleurs. Ce n’est pas un défaut d’éducation, c’est une caractéristique de la race. La cohabitation avec un chat ou un petit chien se teste au cas par cas ; certains lévriers vivent très bien avec un chat de la maison et poursuivent celui du voisin.

Santé : ce que tout vétérinaire doit savoir

La race est peu touchée par la dysplasie coxo-fémorale, ce qui est rare chez un grand chien. En revanche, sa physiologie sort des normes canines habituelles, et cela a des conséquences pratiques.

Les valeurs sanguines de référence diffèrent : hématocrite et hémoglobine plus élevés, plaquettes et protéines totales plus basses que la moyenne canine. Un bilan lu avec les normes standard fait conclure à tort à une anomalie. Le lévrier est également connu pour sa sensibilité aux anesthésiques, liée à sa très faible masse grasse et à un métabolisme hépatique particulier : les protocoles doivent être adaptés, et il vaut mieux le signaler avant une intervention.

L’ostéosarcome, tumeur osseuse maligne, touche cette race plus que la moyenne, souvent sur un membre, chez un chien d’âge moyen à avancé : une boiterie qui s’installe sans traumatisme et un gonflement au-dessus du carpe ou sous le genou justifient une radiographie sans attendre. Les problèmes dentaires sont fréquents, en particulier chez les chiens de course nourris à la pâtée : tartre précoce et parodontite. L’espérance de vie tourne autour de douze ans.

Entretien, froid et couchage

Le poil ne demande presque rien : un gant en caoutchouc une fois par semaine et le chien est propre. Il perd peu et sent peu. Le reste de l’entretien est plus spécifique.

Sans sous-poil et sans graisse sous-cutanée, il a froid. En dessous de dix degrés, un manteau n’a rien de ridicule, il est utile. La peau fine se déchire facilement sur un fil de fer ou une branche, et une plaie de lévrier se recoud souvent alors qu’elle serait bénigne sur un autre chien. Enfin, un chien dur et anguleux qui dort sur du carrelage développe des callosités aux coudes et aux hanches : un couchage épais, large et posé au sol, pas un panier étroit à bords hauts.

Adopter un chien réformé ou acheter un chiot

Deux voies existent. L’élevage classique, peu nombreux en France, où l’on achète un chiot inscrit au LOF. Ou l’adoption d’un ancien chien de course venu d’Irlande, du Royaume-Uni ou d’Espagne, par une association spécialisée : ce sont des adultes de deux à cinq ans, déjà sociabilisés entre chiens, déjà calmes, dont le caractère est connu de l’association qui les a hébergés.

La seconde voie fournit la majorité des Greyhounds vivant en famille en France. Le frais d’adoption couvre l’identification, la vaccination, la stérilisation et le transport ; il reste très inférieur au prix d’un chiot d’élevage. Demandez à l’association le résultat du test chat si vous en avez un, l’historique de course, et la manière dont le chien se comporte seul : c’est ce trio d’informations qui prédit le mieux comment se passeront les premiers mois.

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