Griffon Belge : la robe qui le distingue du Bruxellois

Griffon Belge

Le Griffon Belge est le moins connu des trois petits chiens belges, et celui que l’on confond le plus souvent avec son cousin de Bruxelles. Même gabarit, même tête plate au nez rentré, même poil dur : la différence tient à la robe. Le Griffon Belge se présente en noir, en noir et feu ou en gris fauve mélangé de noir, quand le Bruxellois est rouge. Un juge de ring ne les sépare pratiquement que là-dessus.

Sous cette apparence de peluche vivante se cache un ratier d’écurie, sélectionné pour tuer les rongeurs sous les voitures à cheval. Ce passé de travailleur explique beaucoup de son tempérament, y compris ce qu’il a de moins commode.

Ce qui le sépare exactement du Bruxellois

La règle est simple à retenir : la couleur fait le Belge, la texture fait le Brabançon. Le Griffon Bruxellois n’existe qu’en rouge, avec au plus un peu de noir toléré sur la barbe et la moustache. Le Griffon Belge accepte le noir uni, le noir marqué de feu et le mélange gris fauve appelé « gris de fer » par les éleveurs. Le Petit Brabançon, lui, peut porter toutes ces robes, mais son poil est court et couché.

Pour le reste, la charpente, la taille, le crâne, l’expression et le caractère sont décrits en termes identiques dans les trois standards. Un acheteur qui hésite entre un Belge et un Bruxellois n’a donc pas à comparer deux tempéraments : il choisit une couleur et, accessoirement, une quantité de toilettage.

Des écuries bruxelloises aux salons de la Cour

Au dix-neuvième siècle, les cochers de Bruxelles gardaient de petits chiens de terrier dans les remises pour tenir les rats à distance du fourrage. Ces « griffons d’écurie » étaient hirsutes, vifs, sans pedigree. Des croisements successifs avec le Carlin et avec de petits épagneuls de compagnie ont raccourci la face, arrondi le crâne et adouci le format.

La reine Marie-Henriette, épouse de Léopold II, s’entiche de ces chiens et les fait entrer dans les élevages de la bonne société. En quelques décennies, le ratier de remise devient un chien de dame, exporté en Angleterre puis aux États-Unis. Les deux guerres mondiales déciment les effectifs continentaux, et le cheptel actuel doit beaucoup aux lignées britanniques reconstituées après 1945.

Gabarit, tête et allure

Le standard donne un poids de 3,5 à 6 kilos, sans indication de taille au garrot, ce qui est rare. La silhouette doit tenir dans un carré : autant de hauteur que de longueur, avec une poitrine bien descendue et un dos court. Un Griffon Belge trop long ou trop haut sur pattes s’éloigne du type.

La tête fait toute la particularité de la race. Le crâne est large et arrondi, le stop très marqué, le nez noir placé sur la même ligne que les yeux et rejeté en arrière. La mâchoire inférieure dépasse la supérieure : ce prognathisme est voulu par le standard, les incisives inférieures se plaçant devant les supérieures sans que les dents ni la langue soient visibles bouche fermée. Les yeux sont grands, ronds, foncés, et la barbe encadre le museau.

Griffon Belge noir et feu à poil dur, barbe fournie et museau court, assis

Les oreilles sont petites, portées haut, semi-dressées. La coupe des oreilles, longtemps pratiquée, est interdite en France comme dans la plupart des pays européens : un chien aux oreilles taillées ne peut plus être présenté en exposition.

Un caractère de terrier dans un corps de chien de salon

Qui achète un Griffon Belge en pensant prendre un chien décoratif se trompe de chien. Il est vif, curieux, très présent, avec une capacité d’attention à son maître qui frôle la surveillance. Il suit d’une pièce à l’autre, s’installe où on le regarde, et supporte mal les longues journées de solitude.

Il aboie facilement à la sonnette et au bruit de l’escalier, héritage direct du chien d’alerte. Cela se travaille, mais on part d’un chien qui donne de la voix, ce qui n’est pas anodin en appartement mitoyen. Avec les enfants, il s’entend bien à condition que ceux-ci sachent le poser au sol : c’est un petit format qui se blesse en tombant d’un canapé ou d’un bras.

Éducation : de la mémoire et de l’entêtement

Il apprend vite, retient longtemps, et se braque net si on le brusque. La récompense alimentaire fonctionne bien, encore faut-il compter les friandises : sur un chien de quatre kilos, quelques biscuits par jour pèsent lourd dans la ration quotidienne.

La propreté demande souvent plus de patience que chez un chien moyen. Les petits formats ont une vessie petite et supportent mal la pluie et le froid, deux raisons qui allongent l’apprentissage. Beaucoup de propriétaires citent quatre à six mois avant une propreté fiable de jour, avec des rechutes lors des déménagements ou de l’arrivée d’un autre animal.

Le poil dur et l’épilation

Le poil du Griffon Belge est dur, sec, ébouriffé, avec un sous-poil. Il ne tombe pas seul : il se retire à la main, comme chez les terriers. Cette épilation, ou « stripping », se pratique deux à trois fois par an chez un toiletteur formé, et à défaut le poil s’étouffe, s’affadit en couleur et laisse la peau macérer.

La tondeuse est le raccourci le plus courant et le plus dommageable : elle coupe le poil de couverture, laisse le sous-poil prendre le dessus et transforme en quelques années une robe dure en toison molle qui feutre. Entre deux séances, un peignage hebdomadaire de la barbe et du poitrail suffit. La barbe se lave et se sèche après chaque repas humide, sous peine d’odeur.

Santé : le prix du nez court

Le raccourcissement de la face a un coût respiratoire. Tous les Griffons Belges ne ronflent pas, loin de là, mais le syndrome brachycéphale existe dans la race : narines pincées, voile du palais trop long, intolérance à la chaleur et à l’effort. Un chiot qui souffle bruyamment au repos n’est pas « mignon », il est symptomatique. Privilégiez des lignées au museau un peu plus ouvert, même si le ring récompense parfois l’inverse.

Les yeux, grands et saillants, s’exposent aux ulcères de la cornée : une branche, un coup de patte, un shampoing suffisent. Toute rougeur avec œil fermé et larmoiement se montre au vétérinaire le jour même. La luxation de la rotule, classique chez les petits formats, se cote lors des visites d’élevage. Une malformation de la charnière crânienne pouvant entraîner une syringomyélie a été décrite chez les petits chiens belges : elle se manifeste par des grattages du cou dans le vide et des cris sans raison apparente, et se confirme par imagerie.

Enfin, la reproduction reste délicate. Les portées sont petites, souvent un à trois chiots, et la césarienne fréquente à cause du volume de la tête. Cela explique en partie le prix des chiots et la rareté des portées disponibles.

Prix, élevage et disponibilité

Les naissances annuelles de Griffons Belges en France se comptent en dizaines, pas en centaines : la variété noire et noir et feu est nettement moins produite que le Bruxellois rouge. Il faut donc s’attendre à une liste d’attente et à un déplacement, parfois en Belgique ou aux Pays-Bas.

Un éleveur sérieux vous montre la mère, annonce le nombre de césariennes de la lignée, parle des yeux et de la respiration sans être relancé, et vend un chiot identifié, vacciné et inscrit au livre des origines. Méfiez-vous des annonces qui promettent un « griffon nain » ou un « micro griffon » : ce sont des chiens hors standard, souvent issus de sujets chétifs, avec les problèmes de santé qui vont avec. La couleur, elle, ne se paie pas plus cher : un noir et feu et un rouge sortant de la même mère valent le même prix.

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