Grand Anglo-Français Blanc et Orange : la plus rare des trois variétés

De toutes les races canines françaises inscrites au livre des origines, le Grand Anglo-Français Blanc et Orange est l’une des plus rares. Certaines années, le nombre de chiots inscrits tient sur une page. On parle donc d’un chien que la plupart des vétérinaires n’ont jamais vu passer en consultation, et que même des chasseurs expérimentés confondent avec un Foxhound un peu clair.

Cette fiche s’en tient à cette variété précise. Elle ne décrit ni le Tricolore ni le Blanc et Noir, qui portent chacun leur propre standard et se comptent par centaines quand celle-ci se compte par dizaines.

Ce que le Français Blanc et Orange lui a laissé

La recette est celle des autres anglo-français : un courant français de souche ancienne croisé avec du Foxhound anglais. Ici, le parent français s’appelle le Français Blanc et Orange, lui-même race à faibles effectifs, descendante des chiens de haute vénerie du centre-ouest.

Du côté anglais est venu le train soutenu, la rectitude d’allure et une certaine résistance au terrain sec. Du côté français est venu le nez, la voix et l’aptitude à démêler une voie difficile. Les veneurs qui utilisent encore cette variété la disent moins expéditive que le Blanc et Noir sur grand gibier et plus fine dans le chevreuil.

La rareté n’est pas un accident. Les meutes se sont concentrées sur les deux autres variétés, plus faciles à recruter, et la base génétique du Blanc et Orange s’est resserrée. Un éleveur sérieux vous parlera de coefficient de consanguinité avant de vous parler de couleur.

La robe, la seule chose qui saute aux yeux

Le fond est blanc, marqué de plages orange allant du citron pâle au fauve soutenu. Les mouchetures orange sur le blanc sont courantes et ne pénalisent pas le chien. La truffe est noire, l’œil brun foncé, la muqueuse pigmentée : un sujet dépigmenté autour des yeux ou du museau s’écarte du type recherché.

Le poil est court, plaqué, un peu rêche sous la main. Il ne demande rien d’autre qu’un gant de caoutchouc une fois par semaine. En revanche il ne protège pas grand-chose : les zones blanches à poil clairsemé, notamment le dessus du nez et le bord des oreilles, prennent des coups de soleil chez les chiens laissés en plein midi l’été.

Le format et la charpente

Le Blanc et Orange se situe dans le haut du gabarit des courants français : un mâle adulte dépasse largement les 60 cm au garrot et peut approcher 70 cm, la femelle restant en dessous. Le poids suit, autour de la trentaine de kilos, avec une silhouette rectangulaire, une poitrine descendue au coude et un rein court.

La tête est plutôt fine pour un chien de ce format, l’oreille attachée haut, plate, moins longue que celle d’un Poitevin. Le fouet est bien porté, garni de poil ras. L’allure au trot doit être régulière et sans effort apparent, ce que les juges de vénerie regardent avant même la couleur.

Un chien de meute avant tout le reste

Ce chien travaille en groupe. Sa sociabilité envers les autres chiens est l’un des critères de sélection les plus anciens : un sujet qui se bat au chenil part. Placez-en un seul dans un foyer et vous obtenez souvent un chien qui s’ennuie, qui hurle en votre absence et qui cherche la compagnie du premier congénère venu au bout de la rue.

Envers l’humain, le contact est simple et franc, sans grande demande de câlins. Il accepte les enfants sans en faire une affaire, à condition qu’on lui laisse un coin où se retirer. Envers l’inconnu, il n’a ni méfiance ni agressivité, ce qui le disqualifie comme gardien.

Sa voix mérite un paragraphe à elle seule. Un courant de ce format donne un aboiement grave, porté, répété, et il le donne dès qu’une piste l’excite. Ceux qui ont installé un de ces chiens dans un lotissement en ont fait l’expérience à leurs dépens.

Le quotidien hors saison de chasse

De février à septembre, le chien ne chasse pas. C’est là que tout se joue pour un propriétaire non veneur. Il faut lui donner l’équivalent de deux à trois heures de mouvement quotidien : marche longue en terrain varié, course attelée à un vélo ou un cani-cross, séances de pistage sur trace de sang artificielle. Le lancer de balle ne l’intéresse que quelques minutes.

Le rappel se travaille en connaissance de cause. Un courant lancé sur une voie fraîche n’entend plus rien pendant plusieurs minutes, ce n’est pas de la désobéissance mais un état de concentration profond. La ligne de conduite raisonnable est de ne le lâcher que dans un espace clos ou d’utiliser une longe de dix à quinze mètres en forêt.

Côté maison, le chien est calme quand ses besoins sont couverts. Il dort beaucoup, se pose près du passage plutôt que sur les genoux, et se réveille au moindre bruit de gamelle. La destruction n’apparaît que chez les sujets sous-employés.

Santé, dépistages et suivi

La variété ne traîne pas de tare emblématique, mais son effectif réduit impose une vigilance particulière : dans une population aussi étroite, un défaut isolé se diffuse vite. Demandez la radiographie officielle des hanches des deux parents avec sa cotation de A à E, et interrogez l’éleveur sur les problèmes rencontrés dans sa lignée plutôt que sur ceux de la race en général.

Les oreilles tombantes réclament un contrôle hebdomadaire, l’humidité et les épillets y entrent facilement. Les coussinets s’usent sur les cailloux et les chaumes, et une plaie interdigitale mal vue devient un abcès en quarante-huit heures. Chez les chiens de grand format, la torsion d’estomac reste une urgence à connaître : ventre tendu, tentatives de vomissement improductives, abattement brutal, direction la clinique sans attendre.

Trouver un chiot dans une race confidentielle

Il n’existe pas de marché du Blanc et Orange. Les portées naissent chez quelques équipages de vénerie et chez de rares particuliers, et elles se placent souvent avant la naissance. La démarche réaliste consiste à contacter le club de race des chiens courants français, à se faire connaître et à patienter, parfois plus d’un an.

Le prix demandé reste raisonnable comparé aux races de compagnie médiatisées, mais il n’a pas grand sens hors contexte : ce que vous payez couvre à peine l’élevage d’une portée de chiens de ce format. Demandez systématiquement le certificat vétérinaire, l’identification, la carte de tatouage ou de puce et le document d’inscription au LOF. Une annonce qui parle de « lignée pure » sans montrer de pedigree n’a aucune valeur.

Une seconde voie existe : les chiens réformés des équipages, âgés de cinq à sept ans, replacés par des associations spécialisées. Le tempérament est déjà fixé, la santé souvent bonne, et l’adaptation à la vie de famille dépend surtout de la patience du nouveau foyer pendant les deux premiers mois.

Dernier point concret pour qui hésite : dans cette variété, mieux vaut prendre deux chiens qu’un seul. Les éleveurs le disent sans détour, et les foyers qui ont franchi le pas confirment que le second chien règle en une semaine les hurlements de solitude que six mois d’éducation n’avaient pas résolus.

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