Grand Anglo-Français Tricolore : fiche complète du chien de meute

Grand Anglo-Français Tricolore

Le Grand Anglo-Français Tricolore est un chien de meute, et cette phrase explique presque tout le reste. Il n’a pas été sélectionné pour dormir dans un salon mais pour courir la voie du chevreuil ou du sanglier pendant des heures, au milieu de quinze ou vingt congénères, sous la voix d’un piqueux. Trois variétés de Grands Anglo-Français existent : le tricolore, le blanc et noir, le blanc et orange. Le tricolore est de loin le plus répandu des trois, et c’est celui dont il est question ici.

Une race née du croisement des meutes françaises et du foxhound

L’histoire commence au XIXe siècle, quand les équipages français cherchent à donner plus de vitesse et plus de fond à leurs chiens courants. On croise alors des races françaises de grande vénerie, du côté du Gascon-Saintongeois, du Poitevin et du Billy, avec des Foxhounds anglais importés en nombre. Le résultat garde le nez et la voix des lignées françaises, avec la mécanique et la résistance de l’Anglais. Le nom dit exactement cela : anglo, puis français.

La Fédération Cynologique Internationale classe la race dans le groupe 6, celui des chiens courants et chiens de recherche au sang, dans la section des grands chiens courants. Le standard a été fixé au XXe siècle, une fois les trois variétés stabilisées par la robe. En France, la race reste vivante parce que les équipages de vénerie continuent de l’élever pour le travail, pas pour le ring.

Taille, poids et allure générale

C’est un grand chien. Le standard le situe entre 62 et 72 cm au garrot, les femelles se tenant dans la moitié basse de cette fourchette et les mâles pouvant dépasser 70 cm. Le poids tourne autour de 34 à 36 kg pour un chien en état de travail, c’est-à-dire sec, avec les côtes qui se devinent au toucher. Un Anglo-Français gras est un Anglo-Français inutile sur le terrain et fragile des articulations.

La silhouette est celle d’un chien construit pour la distance : poitrine descendue, dos droit, membres secs, pied ovale et serré. Les oreilles sont attachées à hauteur d’œil, plates, un peu tournées, de longueur moyenne, moins tombantes que celles d’un Basset. L’œil est grand, brun foncé, avec un bord des paupières souvent pigmenté de noir qui donne ce regard cerclé caractéristique. La queue est portée en lame de sabre, jamais enroulée sur le dos.

Grand Anglo-Français Tricolore

La robe tricolore, en détail

Trois couleurs cohabitent : le noir, le blanc et le feu. Le noir se présente le plus souvent en manteau, parfois en larges plaques dispersées sur le blanc. Le feu, plutôt clair, se place aux joues, au-dessus des yeux, sur les membres et sous la queue. Le poil est court, plat, assez épais pour encaisser les ronces et la pluie de novembre.

Une remarque que font tous les éleveurs de vénerie : le tricolore n’a rien de décoratif, il sert à identifier un chien à distance dans un lot. Un piqueux reconnaît ses chiens à la répartition des taches et à la découpe du manteau, exactement comme on reconnaît un visage. C’est aussi pour cela que les marques varient beaucoup d’un sujet à l’autre au sein d’une même portée.

Le caractère d’un chien de meute vu depuis une maison

Il faut être honnête : cette race n’est pas faite pour la majorité des foyers. Le Grand Anglo-Français Tricolore est doux, il ne cherche jamais la bagarre, il tolère très bien les enfants et il vit en groupe sans histoires. Mais il a été sélectionné sur une qualité qui devient un défaut à la maison : la capacité à suivre une voie seul, loin, longtemps, sans se soucier de ce que fait son conducteur.

Concrètement, un chien de cette race qui prend une piste de chevreuil dans un bois peut réapparaître trois heures plus tard, à huit kilomètres de là. Ce n’est pas de la désobéissance, c’est le travail pour lequel on l’a fabriqué pendant deux siècles. Il donne aussi de la voix, une voix grave et portante, faite pour être entendue à un kilomètre. En lotissement, le voisinage le remarque dès la première semaine.

Éducation : tout se joue sur le rappel

L’apprentissage de base ne pose pas de difficulté particulière. Le chien est gentil, sensible à la voix, il n’encaisse d’ailleurs pas la brutalité et se ferme si on le brusque. Les méthodes au renforcement positif, avec récompense alimentaire, marchent bien sur les chiots.

Le point dur reste le rappel en milieu ouvert. Travaillé dès huit semaines, en longe de dix mètres, dans des lieux de plus en plus riches en odeurs, il devient acceptable. Jamais parfait. Aucun éleveur sérieux ne vous promettra un rappel fiable sur voie chaude. La sagesse consiste à admettre cette limite et à utiliser un collier GPS pour les sorties en forêt, ce qui est devenu la norme dans les équipages.

Santé, longévité et points de surveillance

La race a échappé aux dérives des sélections esthétiques : pas de museau écrasé, pas de dos plongeant, pas d’angulations excessives. Les effectifs restent élevés grâce à la vénerie, ce qui limite la consanguinité. L’espérance de vie se situe autour de 10 à 12 ans, ce qui est correct pour un chien de ce format.

Deux points méritent une attention réelle. Les oreilles d’abord : plates et pendantes, elles retiennent l’humidité et les épillets, et une otite mal soignée après une saison de chasse devient chronique. Un contrôle hebdomadaire, et systématique après chaque sortie en été, évite le problème. Les articulations ensuite : comme chez tous les chiens de plus de 30 kg, la dysplasie coxo-fémorale existe, et le dépistage radiographique avec la cotation officielle de A à E a du sens avant de faire reproduire un sujet. Enfin, la torsion d’estomac menace les grandes races à poitrine profonde : deux repas par jour plutôt qu’un seul, et pas d’effort dans l’heure qui suit.

Entretien : le plus simple des grands chiens

Un gant de caoutchouc une fois par semaine, davantage pendant la mue de printemps, et le poil court est propre. Pas de toilettage professionnel, pas de coupe, pas de démêlage. Les bains restent rares, sauf après une séance de bauge dans la boue. Les ongles s’usent seuls chez un chien qui court sur terrain dur, mais un chien de compagnie sur pelouse aura besoin d’une coupe mensuelle.

Reste la ration. Un adulte de 35 kg qui chasse deux fois par semaine en hiver consomme nettement plus qu’un chien sédentaire, et il faut ajuster à la saison plutôt que servir la même quantité toute l’année. Les éleveurs de meute augmentent la ration dès l’ouverture et la réduisent au printemps.

Où trouver un chiot et à quoi s’attendre

La race se diffuse d’abord par les équipages de vénerie et par quelques élevages familiaux, presque tous en France. On trouve rarement des portées en animalerie ou sur les grandes plateformes d’annonces, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. La démarche habituelle consiste à contacter directement un équipage ou le club de race, et à attendre : les portées ne sont pas nombreuses et les chiots partent souvent réservés.

Un éleveur sérieux vous demandera ce que vous comptez faire du chien. Ce n’est pas de la méfiance déplacée. Il sait qu’un Anglo-Français placé dans un pavillon avec un maître absent la journée finit en abandon dans les dix-huit mois. Si vous chassez, si vous faites du cani-cross, ou si vous vivez à la campagne avec du temps et un terrain clos, la conversation se passera bien.

Dernier point pratique, souvent oublié : ce chien vit mal seul. Élevé en meute depuis des générations, il supporte la solitude bien plus difficilement qu’un Berger Allemand ou qu’un Labrador. Beaucoup de propriétaires finissent par en prendre deux, ce qui règle le problème de compagnie mais double celui de la dépense physique.

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