Chihuahua : molera, trachée et pièges du « teacup »

Chihuahua

Le Chihuahua est le plus petit chien reconnu par la Fédération cynologique internationale, et c’est à peu près la seule chose sur laquelle tout le monde s’accorde. Pour le reste, la race traîne une réputation de chien nerveux qui aboie dans un sac à main, réputation largement fabriquée par la façon dont on l’élève et dont on le tient.

Un Chihuahua correctement sélectionné et correctement sorti est un petit chien vif, curieux, capable de marcher une heure et de rester seul quelques heures. Un Chihuahua porté en permanence et jamais confronté au monde devient ce que tout le monde décrit. La race n’y est pas pour grand-chose.

Origine mexicaine et standard officiel

Le nom vient de l’État de Chihuahua, au nord du Mexique, où des voyageurs du XIXe siècle ont acheté les premiers sujets. L’ascendance revendiquée remonte au Techichi, petit chien des populations toltèques puis aztèques. Les preuves archéologiques restent discutées et les historiens de la cynophilie ne tranchent pas : prudence avec les récits trop lisses sur trois mille ans de lignée continue.

La FCI classe la race sous le standard n° 218, dans le neuvième groupe, celui des chiens d’agrément et de compagnie. Particularité du standard : il ne fixe aucune taille au garrot. Le seul critère chiffré est le poids, avec un idéal situé entre 1,5 et 3 kg. Un adulte dépassant nettement 3 kg est pénalisé en exposition, ce qui ne l’empêche nullement d’être un excellent chien de famille.

Deux variétés de poil sous un seul nom

Le poil court et le poil long forment deux variétés de la même race. Le poil court est ras, serré, luisant, avec une collerette un peu plus fournie au cou. Le poil long est fin, plat ou légèrement ondulé, avec des franges aux oreilles, à l’arrière des membres et un panache à la queue. Aucune des deux n’est plus fragile que l’autre.

Contrairement à ce qu’on lit souvent, le poil long ne demande pas un toilettage professionnel : un peigne métallique deux fois par semaine suffit, en insistant derrière les oreilles où les nœuds se forment. Le poil court perd davantage de poils courts et piquants qui se plantent dans les tissus. Un gant en caoutchouc une fois par semaine règle la question.

Toutes les robes sont admises, unicolores ou panachées, à l’exception du merle, écarté par la FCI en raison des anomalies oculaires et auditives associées au double gène. Une annonce qui vend un Chihuahua merle « rare » vend un chien hors standard et potentiellement porteur d’un problème.

La molera, cette fontanelle qui reste ouverte

Beaucoup de Chihuahuas conservent à l’âge adulte une ouverture au sommet du crâne, à la jonction des os frontaux et pariétaux. On l’appelle la molera. Le standard la tolère explicitement, elle n’est pas un défaut disqualifiant, et elle concerne une part importante des sujets de la race.

Cela ne veut pas dire qu’elle est anodine. Une molera est une zone où le cerveau n’est protégé que par la peau et une membrane. Un choc à cet endroit, une chute du canapé, un coup de patte d’un chien plus grand peuvent avoir des conséquences graves. Palpez le crâne de votre chiot, repérez l’ouverture si elle existe, notez sa taille et signalez-la à votre vétérinaire.

Une molera très large, associée à un crâne fortement bombé, à des yeux déviés vers l’extérieur et à des troubles de l’équilibre, oriente vers l’hydrocéphalie. Là il ne s’agit plus d’une particularité de race mais d’une pathologie qui se diagnostique par imagerie. Les éleveurs honnêtes en parlent, les autres changent de sujet.

La trachée, le collier et le harnais

Le collapsus trachéal touche fréquemment les chiens de très petit format et le Chihuahua figure en bonne place. La trachée, normalement maintenue ouverte par des anneaux de cartilage, s’aplatit progressivement. Le signe qui alerte est une toux sèche, quinteuse, comparée par tous les propriétaires à un cri d’oie, déclenchée par l’excitation, la traction en laisse ou la pression sur la gorge.

La conséquence pratique tient en une phrase : un Chihuahua se promène en harnais, jamais en collier. Un collier concentre toute la traction sur une trachée déjà fragile. Le harnais doit être ajusté au niveau du sternum et non serrer les aisselles.

Le surpoids aggrave tout. Deux cents grammes de trop sur un chien de 2,5 kg pèsent comme plusieurs kilos chez un chien moyen. Les friandises industrielles, les bouts de fromage et le reste de l’assiette suffisent à faire dériver un Chihuahua en quelques mois.

Ce que cache l’étiquette « teacup »

Il faut être clair : le « teacup », le « micro Chihuahua » ou le « mini toy » n’existent dans aucun standard. Ce sont des arguments de vente. Aucune fédération ne reconnaît ces appellations et aucun club de race ne les cautionne.

Derrière le mot, il y a une pratique : sélectionner les sujets les plus petits de chaque portée, parfois des chiots chétifs ou nés prématurés, et les faire reproduire entre eux. Le résultat est prévisible. Hypoglycémie du jeune, os longs fragiles, dents encombrées sur une mâchoire trop courte, luxation de la rotule, moleras larges, sensibilité à l’anesthésie, mises bas qui finissent en césarienne. Les prix demandés pour ces chiens dépassent souvent ceux d’un chiot d’élevage déclaré, ce qui achève de renseigner sur la motivation du vendeur.

Un Chihuahua adulte de 1,8 kg issu d’une bonne lignée existe et se porte bien. Un chien vendu à huit semaines avec la promesse qu’il « restera sous le kilo » est une opération commerciale sur le dos d’un animal.

Chihuahua à poil court assis, grandes oreilles dressées et regard de face
Chihuahua à poil court, oreilles dressées en position d’écoute.

Caractère et éducation

Le Chihuahua est un chien territorial et attaché à une personne en priorité. Il évalue les inconnus avant de les accepter, il prévient quand quelqu’un approche de la porte et il ne se laisse pas manipuler par n’importe qui. Rien de tout cela n’est pathologique : c’est un tempérament de petit chien de garde miniature.

Le problème vient du traitement qu’on lui réserve. Un chien de 2 kg qui grogne fait rire, alors qu’un Berger Allemand qui grogne déclenche une réaction immédiate. On laisse donc passer chez le Chihuahua des comportements qu’on corrigerait ailleurs, et au bout d’un an on obtient un chien qui mord. La socialisation entre huit et seize semaines, avec des chiens de toutes tailles et des humains variés, change tout.

La propreté demande souvent plus de temps que chez un grand chien : petite vessie, réticence à sortir sous la pluie, accidents fréquents jusqu’à cinq ou six mois. Sortez-le après chaque sieste et chaque repas, et récompensez dehors dans les trois secondes.

Entretien, budget et longévité

C’est une race qui vit longtemps : 12 à 18 ans sont courants, avec des sujets qui dépassent cet âge. Le budget courant reste modeste, une petite quantité d’aliment de qualité, mais les postes vétérinaires pèsent : détartrage régulier, car les petites mâchoires accumulent le tartre dès trois ans, et surveillance des rotules.

Le froid demande une adaptation réelle. Un chien de 2 kg à poil ras perd sa chaleur très vite. Un manteau en hiver n’a rien d’un caprice de propriétaire, et les sorties par temps de gel se raccourcissent.

Pour finir sur du concret : à l’achat d’un chiot, exigez le certificat vétérinaire de moins de huit jours, l’identification par puce, le carnet de vaccination et l’inscription au LOF si la race est annoncée. La cession avant huit semaines est interdite en France. Un vendeur qui propose un chiot de six semaines « déjà sevré » est hors la loi, et c’est un motif suffisant pour partir.

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