Chien suédois de Laponie : le spitz noir des éleveurs de rennes
Le chien suédois de Laponie aboie. Beaucoup. Ce n’est pas un défaut de caractère, c’est sa méthode de travail : pendant des siècles, les éleveurs samis lui ont demandé de rassembler des rennes en donnant de la voix, sans mordre, sur des étendues où le berger ne voyait pas son troupeau. Tout ce qu’un acquéreur français doit savoir de cette race découle de ce point.
Le Svensk Lapphund, son nom d’origine, reste l’un des spitz les plus anciens de Scandinavie. Il est aussi l’un des plus rares chez nous. On en croise davantage dans les concours nordiques que dans les parcs urbains, et les quelques propriétaires français forment un petit réseau qui se connaît.
Un chien de renne, pas un chien de troupeau ovin
Le travail sur renne n’a rien à voir avec celui d’un border collie sur des moutons. Le renne est semi-sauvage, il se déplace sur des dizaines de kilomètres, il ne se laisse pas approcher de près. Le chien travaille loin, en autonomie, et utilise sa voix pour orienter les animaux. Cette distance a produit un chien qui décide seul, capable de rester dehors par des températures très basses grâce à un sous-poil épais.
Il a aussi servi de chien d’alerte au campement, signalant l’ours ou le loup. De là vient sa vigilance permanente : un bruit inhabituel dans la rue déclenche une série d’aboiements francs. En maison isolée, c’est utile. En immeuble, c’est un sujet de conflit de voisinage qu’il faut anticiper dès le premier mois plutôt que corriger à deux ans.
Le format et la robe
C’est un chien de taille moyenne, carré, plus léger qu’il n’y paraît sous sa fourrure. Les mâles tournent autour de 48 centimètres au garrot, les femelles autour de 43, avec une tolérance de quelques centimètres de part et d’autre. Le poids se situe généralement entre 18 et 21 kilos. Les oreilles sont dressées, triangulaires, la queue s’enroule sur le dos.
La robe est noire dans l’immense majorité des cas, parfois brun ours. Le noir de travail vire souvent au brun roussi sous le soleil d’été, ce qui n’a rien d’anormal. De petites marques blanches au poitrail, aux pieds ou au bout de la queue sont admises. Le poil est double : un sous-poil laineux et dense, une couverture de jarre plus longue et droite qui repousse l’eau.
L’entretien du poil, semaine par semaine
Hors période de mue, un brossage hebdomadaire soigné suffit : une carde pour démêler la couche superficielle, puis un peigne à dents espacées qui descend jusqu’à la peau derrière les oreilles, aux culottes et sous les aisselles, là où les nœuds se forment. Quinze à vingt minutes.
Pendant les mues, le rythme passe à tous les deux jours et le volume de sous-poil retiré étonne les nouveaux propriétaires. Un râteau à sous-poil devient utile. Le bain reste rare : deux ou trois fois par an au maximum, sous peine d’abîmer la protection naturelle du poil. Surtout, on ne tond jamais un spitz nordique, la repousse se fait mal et le sous-poil coupé isole moins bien de la chaleur.
Vivre avec lui en France
La question de la chaleur arrive vite. Un chien conçu pour la Laponie supporte mal un été de vallée du Rhône. Les sorties se calent tôt le matin et tard le soir de juin à septembre, avec un accès permanent à un coin frais et carrelé. Ce n’est pas rédhibitoire, beaucoup de spitz nordiques vivent très bien dans le sud, mais l’organisation de la journée change.
Côté dépense, comptez deux bonnes sorties actives par jour, une heure au total minimum, et de la stimulation mentale par-dessus. Cette race apprend vite et s’ennuie tout aussi vite. Le pistage sportif, l’obéissance, le cani-cross ou l’attelage lui conviennent. Un chien laissé seul dans un jardin sans rien à faire aboie, creuse et cherche à sortir.
Caractère et éducation
Le chien suédois de Laponie est proche de sa famille, doux avec les enfants qu’il connaît, sociable avec les autres chiens s’il a été correctement présenté jeune. Avec les inconnus, il est réservé le temps de l’évaluation, puis se détend.
L’éducation demande de la cohérence plus que de la fermeté. Ce chien comprend vite mais négocie : s’il obtient une fois ce qu’il voulait en insistant, il recommencera. Les méthodes coercitives donnent de mauvais résultats sur un spitz, qui se braque et se ferme. Le renforcement positif, des séances courtes et un cadre stable fonctionnent nettement mieux.

Santé et dépistages
La race passe pour saine, ce qui tient à un effectif restreint mais suivi de près en Suède. Deux points méritent l’attention avant d’acheter un chiot.
La dysplasie coxo-fémorale se dépiste par radiographie officielle avec une cotation de A à E ; les clubs scandinaves publient les résultats et un éleveur sérieux vous les donne sans que vous ayez à insister. L’atrophie progressive de la rétine, qui touche plusieurs spitz nordiques, dispose d’un test ADN : demandez le statut des deux parents, indemne, porteur ou atteint. Un accouplement entre deux porteurs se refuse.
Le reste relève de l’hygiène de vie. Les oreilles dressées s’encrassent peu. Les coussinets souffrent du sel de déneigement en hiver et du bitume brûlant en été. Le surpoids guette les sujets peu sortis, et un spitz gras vieillit mal des articulations.
Trouver un chiot
Les naissances inscrites au LOF sont très peu nombreuses. La plupart des acquéreurs français passent par la Suède ou la Finlande, avec une liste d’attente de plusieurs mois et un déplacement à prévoir. Le pedigree scandinave mentionne les dépistages, ce qui rend la lecture plus simple qu’avec une annonce d’importation opaque.
Méfiez-vous des annonces qui vendent un « lapphund » sans préciser la race exacte : le lapphund finlandais, le berger finnois de Laponie et le chien suédois de Laponie sont trois races distinctes, avec trois standards et trois programmes de dépistage différents. Découvrez-en plus ici si vous voulez comparer les fiches.
Dernier repère concret : en Suède, ce chien continue d’être employé au rassemblement des rennes dans le Norrland, aux côtés de la motoneige et du quad. Une race de travail encore en poste, ce qui n’est plus le cas de beaucoup de bergers européens.
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