Balles de tennis et chiens : usure des dents et risque d’étouffement

Balles de tennis et chiens

Regardez les dents d’un chien qui joue à la balle de tennis depuis cinq ans. Les canines sont arrondies, les incisives raccourcies, et la face des carnassières porte un méplat luisant. Ce n’est pas de l’usure normale : c’est l’effet d’une matière abrasive frottée des milliers de fois contre l’émail.

La balle de tennis est le jouet canin le plus répandu au monde, et personne ne l’a conçue pour ça. Elle est faite pour rebondir sur une terre battue et pour être frappée avec une raquette. Le feutre qui la recouvre est un textile chargé de particules minérales, prévu pour résister au frottement du sol. Dans une gueule de chien, ce feutre fait office de papier de verre.

L’usure dentaire, lente et silencieuse

Les vétérinaires dentistes ont un nom pour ce motif d’usure : ils parlent de dents de joueur de balle. Le chien ne se plaint de rien pendant des années. L’émail s’amincit progressivement, la dentine apparaît, et l’on voit une tache brune au centre de la surface usée. Tant que le chien fabrique de la dentine de réparation assez vite, la pulpe reste protégée.

Le problème commence quand l’usure va plus vite que la réparation. La pulpe s’expose, la dent se nécrose, et un abcès finit par s’installer à la racine. À ce stade, le chien mâche d’un seul côté, salive plus, refuse parfois les croquettes dures. L’extraction d’une canine ou d’une carnassière sous anesthésie générale n’a rien d’anodin, chez un chien de dix ans encore moins.

Une dent fracturée pendant le jeu produit le même résultat en quelques secondes. Le chien qui attrape une balle au rebond, mâchoires ouvertes, sur un sol dur, encaisse le choc sur les canines. Une pointe cassée avec un point rose ou rouge visible au centre est une urgence dentaire, pas une coquetterie esthétique.

Balle de tennis jaune usée tenue dans la gueule d'un chien

Le risque d’étouffement, le plus grave et le plus rapide

Une balle de tennis a la taille idéale pour se coincer au fond de la gorge d’un chien de grande race. Un Labrador, un Berger Allemand, un Golden peut la faire passer derrière la base de la langue en la comprimant entre ses molaires. Une fois logée dans le pharynx, elle reprend sa forme et ferme l’entrée de la trachée comme un bouchon.

Le chien ne peut plus respirer, ne peut plus aboyer et panique en quelques secondes. La balle est glissante, mouillée, et les doigts glissent dessus sans prise. Les cas racontés par les cliniques d’urgence se ressemblent tous : un chien sportif, une balle standard, un propriétaire à trois mètres qui n’a rien pu faire.

Deux chiens qui se disputent la même balle aggravent tout. L’un l’avale d’un coup pour la garder, l’autre le percute. C’est aussi dans cette configuration que se produisent les morsures de redirection et les entorses d’épaule.

Les morceaux avalés

Un chien mâcheur ouvre la balle en deux en quelques minutes, puis déchire des lambeaux de feutre et des fragments de caoutchouc. Ces morceaux ne se digèrent pas. Ils passent parfois sans encombre, et parfois se coincent dans l’intestin grêle.

L’occlusion se manifeste par des vomissements répétés, un chien abattu, qui refuse de manger et qui adopte parfois la position dite de prière, avant-train au sol et arrière-train relevé, parce qu’il a mal au ventre. La radiographie ne montre pas toujours le corps étranger, le caoutchouc n’étant pas très visible aux rayons X. La chirurgie abdominale qui suit coûte plusieurs centaines à plus de mille euros selon la clinique et la durée d’hospitalisation.

Une demi-balle avalée peut aussi se comporter comme une ventouse sur la paroi digestive. Dès qu’un chien a ouvert une balle, elle part à la poubelle, pas dans le panier à jouets.

Ce qu’il y a dans le feutre

Les balles vendues pour le sport ne sont soumises à aucune norme jouet pour animaux. Les colorants, les colles et les traitements du feutre ne sont pas testés pour être mâchés pendant des heures. Des analyses menées sur des lots de balles bon marché, y compris certaines vendues en rayon animalerie, ont révélé des teneurs en métaux lourds dans le revêtement. La prudence élémentaire consiste à éviter les balles premier prix d’origine incertaine.

Le second problème est bactériologique. Une balle qui passe ses journées dehors, mouillée puis séchée, ramassée dans l’herbe, devient un support de culture. Les fibres retiennent la salive, la terre et les déjections. Les chiens qui échangent des balles dans un parc échangent aussi ce qu’elles transportent.

L’autre dégât, celui qui ne se voit pas sur les dents

Le lancer de balle répété crée une mécanique d’excitation difficile à arrêter. Le chien fixe la main, anticipe, part en sprint, freine brutalement, pivote sur les antérieurs. Ce freinage répété sollicite les épaules et les genoux d’une façon qu’aucune course naturelle ne reproduit. Les ruptures du ligament croisé et les tendinopathies d’épaule chez les chiens sportifs viennent souvent de là.

Sur le plan comportemental, le résultat est un chien qui ne sait plus faire autre chose. Il ignore les autres chiens, ne renifle plus, tremble en attendant le lancer et réclame à la maison. Ce n’est pas de l’enthousiasme, c’est une conduite compulsive installée par la répétition.

Par quoi la remplacer

Les balles en caoutchouc plein de marques spécialisées résistent mieux, ne s’effilochent pas et existent en plusieurs diamètres. Certaines sont creuses avec un trou traversant, ce qui laisse passer l’air si la balle se coince : c’est une sécurité réelle. Choisissez la taille au-dessus de ce que vous pensez nécessaire.

Le boudin de traction en jute ou en fourrure change complètement la nature du jeu. Le chien tire, lâche sur demande, reprend. Vous travaillez le contrôle au lieu d’entretenir l’excitation. Le frisbee souple en tissu épargne les dents, à condition de le lancer bas, jamais en cloche : un chien qui saute pour attraper en l’air retombe mal et se blesse le dos.

Le meilleur remplaçant reste le nez. Cachez la balle au lieu de la lancer, faites-la chercher dans les hautes herbes, éparpillez la ration dans le jardin. Dix minutes de recherche fatiguent davantage qu’une demi-heure de sprint, sans user une seule dent. Et si vous tenez au lancer, tenez-vous-en à quelques envois par sortie, sur de l’herbe, puis rangez la balle.

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