Samoyède : caractère, mue, santé et budget d’un spitz du froid
Le Samoyède attire pour son sourire et son manteau blanc, et c’est exactement ce qui piège les acheteurs. Derrière la carte postale, il y a un spitz nordique de traîneau : un chien qui parle, qui perd son sous-poil par plaques deux fois par an, qui ne revient pas quand on l’appelle en pleine forêt et qui supporte mal les étés du sud de la France.
Cette page fait le tour de ce qu’il est vraiment : d’où il vient, comment il est bâti, ce qu’il réclame en entretien, de quoi il tombe malade et ce qu’il coûte à faire vivre.
Un chien de rennes avant d’être un chien de traîneau
La race vient du nord de la Sibérie, où elle vivait auprès des peuples éleveurs de rennes. Le chien gardait le troupeau, tirait les charges et dormait sous la tente avec la famille, ce qui explique une bonne part de son caractère actuel : il a été sélectionné pendant des siècles pour vivre au contact des humains, pas pour surveiller un territoire à distance.
Les explorateurs polaires britanniques et norvégiens en ramenèrent des sujets à la fin du dix-neuvième siècle, et c’est en Angleterre que la race fut fixée sous sa forme actuelle, blanche, alors que les chiens d’origine présentaient des robes plus variées. La Fédération cynologique internationale le classe dans le groupe 5, celui des chiens de type spitz et de type primitif, section des chiens nordiques de traîneau, sous le standard numéro 212. Le patronage revient à la Russie.
Taille, poil et sourire
Le standard fixe la hauteur au garrot autour de cinquante-sept centimètres chez le mâle et cinquante-trois centimètres chez la femelle, avec une tolérance de trois centimètres. Le poids suit la charpente : un mâle bien construit tourne autour de vingt-cinq kilos, une femelle nettement en dessous. C’est un chien moyen, pas un grand chien, et les gens qui le rencontrent le trouvent presque toujours plus petit qu’ils ne l’imaginaient.
La fourrure est double. Un sous-poil laineux très dense, serré, isolant, et un poil de couverture plus long, droit, qui se dresse sur le corps et forme une collerette autour du cou, plus marquée chez le mâle. La robe va du blanc pur au blanc crème, avec des sujets biscuit. Un détail que les éleveurs surveillent : les extrémités des poils de couverture doivent renvoyer la lumière, ce reflet argenté qui donne au chien son aspect lumineux.
Le fameux sourire n’a rien de sentimental. Les commissures des lèvres sont relevées, ce qui empêche le chien de baver et donc de former des glaçons sur le museau par grand froid. Les yeux en amande, sombres et obliques, complètent l’expression.
La mue, le vrai sujet
Le Samoyède perd du poil toute l’année et vide son sous-poil deux fois par an, au printemps et à l’automne, sur trois à quatre semaines. Pendant ces périodes, il sort de la laine par poignées entières, littéralement : on tire dessus, ça vient. Le brossage passe alors à tous les jours, avec un râteau à sous-poil, et le sac poubelle se remplit.
Hors mue, comptez deux séances hebdomadaires sérieuses, poil par poil, en insistant derrière les oreilles, aux aisselles et à la culotte, là où les nœuds se forment. Une brosse de surface ne suffit pas : elle lisse le dessus et laisse le sous-poil feutrer en dessous, jusqu’au tapis de feutre qu’aucun peigne ne traverse plus.
Bonne nouvelle en compensation : le poil du Samoyède ne sent presque rien et repousse la saleté. Un chien qui rentre boueux redevient blanc en séchant, la terre tombe seule. Les bains restent rares, deux à quatre par an suffisent, avec un séchage soufflé complet, faute de quoi l’humidité reste piégée dans le sous-poil et macère.
Caractère : bruyant, sociable, indépendant
Le Samoyède aime tout le monde, ce qui en fait un mauvais chien de garde. Il prévient, puis il fait la fête au visiteur. Avec les enfants, il est doux et tolérant, à condition que les enfants apprennent à le laisser tranquille quand il dort.
Il parle beaucoup. Aboiements, hurlements modulés, grognements de conversation : le spitz nordique s’exprime, et un Samoyède qui s’ennuie seul dans un appartement hurle jusqu’à ce que les voisins écrivent au syndic. Ce n’est pas un défaut d’éducation, c’est la race. On peut réduire le bruit, on ne l’efface pas.
L’autre trait à connaître, c’est l’indépendance de chasse. Un Samoyède lâché dans un espace non clos suit une odeur et part, parfois loin, souvent sans se retourner. Le rappel se travaille toute la vie, il reste imparfait chez la majorité des sujets, et les éleveurs sérieux le disent aux acheteurs. Une longe de dix mètres remplace la liberté totale dans les zones ouvertes.
Éducativement, il apprend vite et obéit quand il en voit l’intérêt. La contrainte le braque, la répétition l’ennuie. Les séances courtes, variées, récompensées, donnent de bien meilleurs résultats que la fermeté.
Santé : ce qu’il faut dépister
Contrairement à ce que répètent beaucoup de fiches, le Samoyède n’est pas indemne de maladies héréditaires. La plus documentée porte son nom : la néphropathie héréditaire du Samoyède, une atteinte du collagène rénal transmise par le chromosome X. Les mâles atteints développent une insuffisance rénale jeunes, les femelles porteuses restent longtemps discrètes. Un test génétique existe, et un élevage sérieux teste ses reproductrices.
L’atrophie progressive de la rétine touche également la race, avec là aussi une transmission liée au sexe et un test ADN disponible. S’y ajoutent la dysplasie de la hanche, dépistée par radiographie officielle et cotée de A à E, la cataracte héréditaire, un glaucome par fermeture de l’angle et une prédisposition au diabète sucré.
L’espérance de vie se situe autour de douze à quatorze ans, ce qui est bon pour un chien de ce format.
Alimentation et budget
Le Samoyède est un chien actif au métabolisme sobre : ses ancêtres tiraient des charges avec des rations modestes de poisson et de viande. Il grossit vite si la gamelle est généreuse, et le poil épais masque la prise de poids pendant des mois. Le contrôle se fait à la main, en palpant les côtes sous le poil, pas à l’œil.
Une recette pour chien actif, avec une source animale nommée en tête de liste, convient à l’adulte. Le chiot passe sur un aliment croissance pour chiens de taille moyenne jusqu’à environ un an. Certains propriétaires optent pour une ration ménagère ou une alimentation crue ; dans ce cas, la ration doit être calculée, notamment pour l’équilibre entre le calcium et le phosphore chez le chiot. Des guides consacrés à l’alimentation crue du Samoyède existent, par exemple ici, à croiser avec l’avis d’un vétérinaire nutritionniste avant de se lancer.
Côté dépenses, le poste qui surprend le plus n’est ni l’aliment ni le vétérinaire, mais le toilettage : un bain soufflé complet en salon coûte une somme conséquente sur ce format, et les chiens feutrés se voient parfois refusés ou facturés davantage. Beaucoup de propriétaires finissent par acheter un souffleur et un râteau et par s’en occuper eux-mêmes.
Un point pratique pour finir : le poil blanc se tache en jaune sous les yeux et autour des babines, surtout chez les chiens qui boivent dans une gamelle en plastique. Passer à l’inox ou à la céramique et essuyer les plis après le repas règle le problème dans la plupart des cas.
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