Chien Courant Espagnol : le chien de rastro qui suit une piste froide

Chien Courant Espagnol

Le Chien Courant Espagnol, que les Espagnols appellent Sabueso Español, ne ressemble pas à l’idée qu’on se fait d’un chien courant français. Il ne travaille pas en meute bruyante derrière une équipe de veneurs. Il travaille seul, le nez au sol, sur une piste parfois vieille de plusieurs heures, et il avance lentement. C’est un chien de sang, un chien de rastro comme on dit en Cantabrie, et cette spécialité explique à peu près tout de son physique et de son caractère.

La race vient du nord de la péninsule : Cantabrie, Asturies, Pays basque, Castille-et-León. Des régions de montagne humide, de fourrés épais, de pentes raides. On y a longtemps chassé le lièvre, le renard, le sanglier, et jusqu’au XIXe siècle l’ours et le loup. Le Sabueso servait à tout cela, et surtout à retrouver un animal blessé plusieurs heures après le tir. Cette fonction de recherche au sang reste aujourd’hui son emploi principal en Espagne, souvent au bout d’une longe.

Un physique entièrement construit autour du nez

Le Sabueso est un chien de taille moyenne, plus long que haut, avec une poitrine descendue et des membres courts par rapport au corps. Comptez grossièrement une cinquantaine de centimètres au garrot, un peu plus chez le mâle, un peu moins chez la femelle. Ce format bas rapproche les naseaux du sol, ce qui n’est pas un détail : un chien de piste qui doit lever la tête tous les trois mètres se fatigue et perd du temps.

La tête est longue, le crâne étroit, et les oreilles sont l’élément qu’on remarque en premier. Elles sont très longues, tombantes, plissées, et dépassent nettement le bout du nez quand on les ramène en avant. Leur rôle est de rabattre les odeurs vers les naseaux pendant que le chien avance. La peau du cou forme un fanon lâche, la lèvre supérieure retombe. L’expression est grave, presque triste, avec des yeux foncés et une paupière inférieure qui laisse voir un peu de rouge.

La robe est courte, dure, et se décline en blanc et orange. Les plaques vont du jaune pâle au rouge soutenu, réparties de manière très variable d’un chien à l’autre. Le poil ne demande rien de particulier : un coup de gant en caoutchouc une fois par semaine, davantage pendant la mue de printemps.

Chien Courant Espagnol

La voix fait partie du travail

Un Sabueso qui suit une piste aboie. Ce n’est pas un défaut d’éducation, c’est la fonction même du chien : le chasseur, resté en arrière, se repère au son. La voix est grave, sonore, portante, et elle change de rythme quand la piste se réchauffe. Un chasseur expérimenté entend à l’oreille si son chien est sur une trace vieille ou sur un animal proche.

Cette qualité sur le terrain devient un problème en lotissement. Un chien courant qui s’ennuie donne de la voix pour beaucoup moins qu’un lièvre : un chat sur un muret, un promeneur sur le chemin, une odeur intéressante dans le jardin du voisin. Ceux qui adoptent un chien de ce type sans y avoir pensé se retrouvent souvent avec une plainte de voisinage dans les six premiers mois. Il faut être honnête là-dessus plutôt que de vendre un chien silencieux qui n’existe pas.

Le caractère à la maison

Hors du terrain, le Sabueso est un chien calme, posé, plutôt silencieux et franchement peu démonstratif. Il ne saute pas partout, il ne sollicite pas en permanence. Il choisit un coin, souvent un canapé s’il y a accès, et il dort. Cette placidité surprend ceux qui s’attendaient à un chien de chasse survolté.

Avec les enfants, il est tolérant, patient, rarement joueur au sens où un Labrador l’est. Avec les autres chiens, il s’entend bien : la sélection en a fait un animal qui travaille près de ses congénères sans conflit. Avec un chat de la maison, la cohabitation se met en place si le chiot grandit avec lui. Avec le chat du voisin qui traverse le jardin, c’est une autre affaire.

L’éducation demande de la constance. Ce n’est pas un chien qui cherche à faire plaisir pour le plaisir de faire plaisir : il obéit quand il comprend l’intérêt, il fait la sourde oreille le reste du temps. Les méthodes en renforcement positif, avec de la nourriture de bonne valeur, fonctionnent mieux que la contrainte, qui produit surtout un chien qui se ferme.

Santé et longévité

Le Sabueso Español n’a pas subi la sélection esthétique intensive qui a abîmé certaines races de compagnie. Il reste un chien de travail rustique, sélectionné sur ses performances au nez et sur sa résistance. Les problèmes qu’on lui connaît sont ceux de son format et de son mode de vie plutôt que des tares de lignée spectaculaires.

Les oreilles longues, tombantes et peu ventilées sont le point de vigilance numéro un. Otites à répétition, corps étrangers, épillets en été : un contrôle hebdomadaire du pavillon et un nettoyage à la lotion auriculaire évitent la plupart des ennuis. Après une sortie en herbes hautes, vérifiez aussi les espaces entre les doigts.

La dysplasie coxo-fémorale existe chez lui comme chez la plupart des races de format moyen à grand. Un éleveur sérieux fait radiographier ses reproducteurs et vous montre la cotation, de A à E. Demandez-la, ainsi que le résultat sur les coudes. La torsion d’estomac, enfin, menace tous les chiens à poitrine profonde : deux repas par jour plutôt qu’un, pas d’effort violent dans l’heure qui suit, et une connaissance des signes qui doivent vous faire partir aux urgences, à savoir un abdomen tendu, des tentatives de vomissement sans résultat et une salivation soudaine.

Trouver un Chien Courant Espagnol en France

La race est très peu répandue hors d’Espagne. Vous ne trouverez pas d’élevage français avec des portées régulières, et le passage par un éleveur espagnol, souvent lié à une société de chasse locale, est la voie habituelle. Ces chiens sont vendus comme des outils de travail, à des tarifs sans commune mesure avec ceux d’une race de compagnie à la mode.

Attention en revanche aux annonces de particuliers qui proposent des chiots de chiens courants « espagnols » sans papiers, importés en camion. Les chiots venus du sud de l’Europe sans passeport en règle et sans vaccination antirabique valide posent un problème sanitaire réel, sans parler de la leishmaniose, endémique dans plusieurs régions du bassin méditerranéen et dépistable par sérologie.

Une dernière piste, souvent la plus juste : les associations qui rapatrient des podencos et des chiens courants réformés d’Espagne. Beaucoup de Sabuesos adultes finissent en perrera à quatre ou cinq ans, quand ils ne courent plus assez vite au goût de leur propriétaire. Un adulte déjà sociabilisé, dont on connaît le tempérament, évite la loterie du chiot et coûte le prix d’un contrat d’adoption. Vérifiez simplement que le test leishmaniose figure au dossier avant de signer.

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