Chien courant de Transylvanie : la race hongroise sauvée en 1968
Au début du XXe siècle, le Chien courant de Transylvanie a failli disparaître pour de bon. Les grandes forêts de chasse des Carpates avaient changé de mains, les équipages s’étaient dispersés, et il ne restait que quelques sujets épars dans des villages de montagne. La reconstitution de la race a commencé en Hongrie en 1968, à partir d’un cheptel minuscule.
Son nom hongrois est l’Erdélyi kopó. C’est un chien de grand gibier, taillé pour travailler seul à des kilomètres de son maître, dans un relief où le chasseur ne peut pas suivre. Rien dans sa construction ne relève du chien d’agrément, et c’est précisément ce qui le rend intéressant à comprendre.
Une race sortie des chasses de la noblesse hongroise
Les chroniques hongroises mentionnent depuis longtemps des chiens courants employés dans le bassin des Carpates. Le type s’est fixé au fil des siècles autour d’un usage précis : la traque du sanglier, du cerf et, à une époque plus ancienne, du lynx et de l’ours dans les massifs boisés de Transylvanie.
La race a compté deux variétés. La grande, haute sur pattes, employée sur le grand gibier en forêt de montagne. La petite, plus courte de membres, réservée au renard et au lièvre dans les vallées et les broussailles. La variété courte a disparu et n’existe plus aujourd’hui. Seule la grande a survécu au XXe siècle.
La FCI classe l’Erdélyi kopó dans le groupe 6, avec les chiens courants et les chiens de recherche au sang. Les effectifs restent modestes, largement concentrés en Hongrie et en Roumanie, avec quelques élevages en Europe centrale. En France, la présence est anecdotique.
Un physique fait pour le relief et le froid
C’est un chien de grande taille, sec, aux membres longs et à l’ossature moyenne. Le tronc est légèrement plus long que la hauteur au garrot, la poitrine descendue, le rein court. Le mouvement recherché est un trot ample et économique, capable d’être tenu pendant des heures sur des pentes.
La robe est noire avec des marques feu bien placées : au-dessus des yeux, sur le museau, aux membres et sous la queue. Les taches feu au-dessus des sourcils sont une signature visuelle de la race. Des marques blanches limitées sur le poitrail et les doigts sont tolérées. Le poil est court, dense, avec un sous-poil qui s’installe en hiver et protège le chien par températures très basses.
Les pieds méritent un regard attentif chez un chiot. Un chien qui descend des pentes rocheuses toute la journée a besoin de doigts serrés, de coussinets épais et d’aplombs droits. Les défauts d’aplomb, tolérables chez un chien de compagnie, se transforment ici en boiteries chroniques dès la deuxième saison.
Sa façon de chasser
L’Erdélyi kopó travaille en autonomie complète. Il part en quête, ouvre la voie, la mène et rabat le gibier, souvent hors de portée de voix de son maître pendant de longues périodes. Son sens de l’orientation est réputé chez les chasseurs hongrois : un chien qui a couru quinze kilomètres retrouve son point de départ.
Sa voix est basse, portante, avec un ton plaintif caractéristique quand il ouvre sur une voie fraîche. Dans une forêt de montagne, c’est cette tonalité grave qui porte le plus loin, et le chasseur l’utilise pour se positionner. Le chien change de registre selon qu’il rapproche ou qu’il mène, et un maître expérimenté lit toute la chasse à l’oreille.
Le caractère au quotidien
Les propriétaires décrivent un chien calme, mesuré, peu démonstratif, très différent de l’image du courant excité. Il est équilibré avec les enfants, tolérant avec les autres chiens, et il supporte bien la vie de famille à condition de sortir beaucoup. À l’intérieur, il dort.
L’envers de cette autonomie de travail, c’est une obéissance qui ne va jamais de soi. Le chien écoute, comprend, puis décide. Quand une voie chaude croise son chemin, il part. Les propriétaires hongrois considèrent le collier GPS comme un équipement de base, et beaucoup de maîtres urbains finissent par admettre que leur chien ne sera jamais lâché en liberté hors d’un espace clos.
Il faut aussi parler de la voix. Ce chien donne, c’est sa fonction. En maison isolée, personne ne s’en plaint. En lotissement ou en appartement, une voix grave qui porte à des centaines de mètres devient un problème de voisinage réel, et il n’existe pas de méthode d’éducation qui supprime un aboiement sélectionné pendant des siècles.
Éducation : construire la relation avant la liberté
Le travail commence tôt et se joue sur la motivation. Ce chien se ferme sous la contrainte et se démotive avec les répétitions mécaniques. Les séances courtes, deux ou trois fois cinq minutes par jour, avec des récompenses de forte valeur, donnent de meilleurs résultats qu’une séance longue.
La longe de dix à quinze mètres accompagne les six à douze premiers mois de balades. Le rappel s’entraîne d’abord sans distraction, puis avec des odeurs, puis en lisière de bois, jamais directement en zone de gibier. La socialisation au coup de feu se fait progressivement et à distance, avec un chien occupé à autre chose, jamais en l’emmenant à une battue à quatre mois.
Santé, entretien, longévité
La race est saine dans l’ensemble, sans exagération morphologique. Le dépistage à demander en priorité est celui de la dysplasie coxo-fémorale, avec la cotation radiographique A à E sur les deux parents. La dysplasie du coude se dépiste également et mérite d’être vérifiée chez un chien de ce format destiné à courir en montagne.
L’étroitesse du fond génétique reste le sujet de fond. Un cheptel reconstruit à partir de quelques individus accumule mécaniquement de la consanguinité, et les éleveurs sérieux publient aujourd’hui le coefficient de consanguinité des accouplements. C’est une question à poser directement, et la réponse dit beaucoup du sérieux de l’élevage.
L’entretien du poil se limite à un brossage hebdomadaire au gant, plus soutenu pendant les deux mues annuelles. Les oreilles tombantes se contrôlent après chaque sortie en forêt. L’espérance de vie se situe dans la moyenne des grands courants, autour de dix à douze ans, avec le surpoids comme principal facteur aggravant chez le chien qui a cessé de chasser.
Les naissances se concentrent en Hongrie et en Roumanie. L’importation dans l’Union européenne suppose puce électronique, passeport européen et vaccination antirabique valide, avec le délai réglementaire respecté avant le transport. Le chiot doit être inscrit au livre des origines hongrois, et ce document se vérifie avant tout versement d’acompte.
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