Adopter un chien : budget, race et pièges des petites annonces
Un petit chien vit souvent quatorze ou quinze ans. Un dogue de grande taille dépasse rarement huit ou neuf ans. Dans les deux cas, la décision se prend pour la durée entière, et c’est la seule façon honnête de poser le problème : pas « est-ce que j’ai envie d’un chien ce printemps », mais « est-ce que ma vie des dix prochaines années tient avec un chien dedans ».
Beaucoup d’abandons viennent d’un décalage entre le chien imaginé et le chien réel. Le premier ne perd pas ses poils sur le canapé, ne hurle pas quand on part travailler et ne coûte rien. Le second existe et il faut le choisir en connaissance de cause.
Ce qu’un chien prend vraiment, en temps et en argent
Le prix d’achat est la partie visible, et souvent la plus petite. Sur une vie de chien, ce sont les frais courants qui pèsent : alimentation, vermifuges, antiparasitaires externes, rappels de vaccins, consultations, détartrage vers l’âge mûr, et un jour une intervention imprévue. Un chien de trente kilos mange trois à quatre fois plus qu’un chien de sept kilos, se soigne avec des doses proportionnelles à son poids, et sa stérilisation coûte davantage. La taille adulte est donc aussi une ligne budgétaire.
Le temps se calcule de la même manière. Un chiot ne se retient pas plus de quelques heures et réclame des sorties de nuit les premières semaines. Un adulte moyen a besoin de deux à trois sorties quotidiennes, dont une vraie, longue, où il marche, renifle et rencontre d’autres chiens. Les races de travail ne se satisfont pas de trente minutes de trottoir : un Border Collie ou un Malinois sous-occupé invente son propre travail, en général aux dépens du mobilier.
Choisir une race pour la vie qu’on mène
La question n’est pas « quelle race est la plus gentille » mais « quelle race supporte mon emploi du temps ». Un travailleur absent huit heures par jour peut vivre avec un chien, à condition de choisir un profil tolérant à la solitude, de l’habituer progressivement et d’organiser une coupure à la mi-journée. Certaines races le supportent mal par construction : les bergers, les chiens de meute et les races très liées à leur humain vivent chaque absence comme un problème à résoudre.
Le poil est l’autre critère qu’on néglige. Un poil dur demande un épilation manuelle ou un passage au couteau plusieurs fois par an. Un poil long et laineux exige un brossage sérieux plusieurs fois par semaine et un toilettage régulier, sous peine de nœuds serrés contre la peau qu’il faudra tondre. Un poil court double sous-poil, comme celui du Labrador, ne demande presque rien pendant onze mois puis couvre la maison de bourre pendant les mues.
Il faut aussi accepter de parler des ennuis liés à la mode. Le Bouledogue Français et le Carlin paient leur museau écrasé par un syndrome brachycéphale qui gêne la respiration, l’effort et la chaleur. Le Cavalier King Charles est touché par la syringomyélie dans une proportion inquiétante. Le Teckel et sa colonne longue voient passer des hernies discales. Le Berger Allemand de lignée beauté traîne un arrière-train trop plongeant. Ces sujets ne se contournent pas : ils orientent le choix de la lignée et de l’éleveur.
Chiot ou chien adulte
Le chiot séduit parce qu’on croit tout maîtriser depuis le début. C’est en partie vrai : la socialisation entre trois et douze semaines laisse une empreinte durable, et un chiot bien exposé aux bruits, aux gens et aux congénères devient un adulte plus stable. Mais cette période se joue en grande partie chez l’éleveur, avant que vous n’ayez le chien.
Le chien adulte de refuge présente un avantage énorme : il est fini. Sa taille, son poil, son caractère et son niveau d’énergie sont visibles tout de suite. Les associations sérieuses font vivre leurs chiens en famille d’accueil et savent dire lequel supporte les chats, lequel tire en laisse, lequel ne doit pas cohabiter avec de jeunes enfants. Pour une première adoption, un adulte de cinq ans au tempérament connu est souvent plus simple qu’un chiot de deux mois.
Éleveur, refuge, petite annonce
Un éleveur sérieux vous fait entrer. Vous voyez la mère, vous voyez où les chiots ont grandi, et ce n’est pas un box isolé au fond d’un hangar. Il vous questionne autant que vous le questionnez, il refuse des acheteurs, il vous montre les résultats de dépistage des parents. Selon la race, cela veut dire une radiographie de hanches avec sa cotation officielle, un examen des coudes, un examen oculaire, ou un test génétique pour les affections connues de la race.
Les petites annonces méritent une méfiance de principe. Un chiot vendu sans que vous ne voyiez jamais la mère, disponible immédiatement en plusieurs coloris, livré sur un parking ou à la sortie d’autoroute, vient très probablement d’un élevage intensif de l’Est de l’Europe. Le chiot arrive trop jeune, mal sevré, parfois avec des papiers falsifiés et une parvovirose en incubation. La facture vétérinaire des premières semaines dépasse alors largement l’économie réalisée à l’achat.
Les papiers qu’on doit vous remettre
Tout chien cédé doit être identifié, par puce électronique ou tatouage, et enregistré au fichier national. Le vendeur remet une attestation de cession, un document d’information sur les caractéristiques et les besoins de l’animal, la carte d’identification à votre nom et, pour une vente, un certificat vétérinaire établi peu avant la remise. Le carnet de santé porte les vaccins déjà faits et leurs dates.
Le pedigree est une autre affaire. Un chien n’est « de race » au sens officiel que s’il est inscrit au livre des origines. Un chiot vendu comme « de race, non LOF » est un chien de type, pas un chien de race, et son prix devrait le refléter. Ce n’est pas un mauvais chien pour autant, mais il faut savoir ce qu’on achète.
Préparer la maison avant l’arrivée
Rangez d’abord ce qui tue. Les câbles électriques accessibles, les produits ménagers, les médicaments dans un sac à main posé au sol, les plantes toxiques comme le laurier-rose, le dieffenbachia ou le muguet. Dans la cuisine, le chocolat, le raisin sec, l’oignon et les produits contenant du xylitol sont hors de portée pour de bon, pas seulement les premiers jours.
Le matériel de départ tient en peu de choses : deux gamelles, un collier ou un harnais correctement ajusté, une laisse d’un mètre cinquante, un couchage lavable, une caisse de transport, une brosse adaptée au poil et un jeu de jouets à mâcher solides. Le reste s’achète après, quand vous connaissez le chien. Prévoyez aussi le lieu de couchage à l’avance et tenez-vous-y : un chien qui change de place trois fois la première semaine met plus longtemps à se poser.
Les premières semaines
La première nuit est presque toujours agitée. Le chiot vient de quitter sa mère et sa fratrie, il appelle. Le laisser hurler seul derrière une porte fermée n’apprend rien de bon ; l’installer près de vous les premières nuits, puis éloigner progressivement le couchage, marche mieux et ne crée pas la dépendance qu’on redoute.
La propreté demande de la patience et de la géographie. Sortie après chaque repas, après chaque sieste, après chaque phase de jeu, et récompense dehors dans la seconde. La plupart des chiots sont fiables la journée vers quatre à six mois, et propres la nuit un peu plus tôt. Les accidents jusqu’à cet âge sont normaux, pas de la provocation.

Les questions à poser avant de dire oui
À un éleveur : puis-je voir la mère avec les chiots, quels dépistages ont été faits sur les parents et puis-je en voir les résultats, à quel âge partent les chiots, qu’ont-ils rencontré comme bruits et comme visiteurs, que faites-vous si le chien doit être rendu dans deux ans.
À une association : d’où vient ce chien, combien de foyers a-t-il connus, comment se comporte-t-il seul, avec les chats, avec les enfants, en voiture, quels soins reste-t-il à faire. Une structure qui répond « il est parfait partout » à toutes ces questions ne connaît pas son chien.
Et à vous-même, une dernière : qui s’occupe du chien le jour où vous êtes hospitalisé trois semaines. Si la réponse n’existe pas, ce n’est pas encore le moment.
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