Braque d’Auvergne : tête noire, robe charbonnée et caractère posé

Braque d’Auvergne

Le Braque d’Auvergne se reconnaît avant même qu’il bouge, à sa robe. Fond blanc criblé de mouchetures noires si serrées qu’elles virent au bleu ardoise à distance, tête noire, parfois barrée d’une liste blanche. Les anciens du Cantal parlaient de chien charbonné et de chien truité selon la densité du mouchetage. Aucun autre braque ne porte cette livrée, et c’est le point de départ pour ne pas le confondre avec les autres chiens d’arrêt continentaux.

Un chien du Cantal, pas une race de salon

La race s’est fixée dans le Massif central, autour de Saint-Flour et des plateaux d’altitude, chez des chasseurs qui avaient besoin d’un chien capable de tenir la journée sur un terrain cassant et froid. Les histoires de chiens ramenés de Malte par les chevaliers circulent dans tous les livres de cynophilie ; elles sont jolies et rien ne les documente sérieusement. Ce qui est certain, c’est que le type existait localement au XIXe siècle et que la race a été fixée et inscrite au registre officiel français avant que les deux guerres ne la mettent à genoux.

Après 1945, les effectifs étaient tombés très bas. Le sauvetage est venu d’une poignée d’éleveurs auvergnats qui ont retrouvé les derniers sujets typés et reconstitué une base génétique étroite. Cette histoire explique deux choses du chien d’aujourd’hui : une variabilité génétique limitée, dont les éleveurs restent conscients, et un tempérament resté proche du chien de travail rural.

Format et détails du standard

C’est un braque de format moyen, nettement plus léger que le Braque de l’Ariège ou le Braque Allemand à poil dur. Les mâles mesurent de 57 à 63 centimètres au garrot, les femelles de 53 à 59 centimètres, pour un poids qui tourne autour de 22 à 25 kilos chez un chien en condition. La construction est près du sol pour un braque, le dos court, la poitrine bien descendue, l’ossature franche sans lourdeur.

Le poil est ras, fin, un peu plus court sur la tête et les oreilles. La tête doit être noire, avec des oreilles attachées bas et légèrement enroulées, ce qui donne le regard doux caractéristique de la race. Les yeux sont noisette foncé. Un chien à tête blanche ou à robe fauve n’est pas un Auvergne.

Braque d’Auvergne à tête noire et robe blanche mouchetée de noir, de profil dans un pré

Un tempérament plus posé que la moyenne des braques

Voilà le second trait qui sépare cette race de ses cousines. Le Braque d’Auvergne travaille avec une quête plus proche, plus lente, plus réfléchie que celle d’un Pointer ou d’un Weimar. À la maison, cela donne un chien qui sait s’éteindre. Bien sorti, il dort. Il est sensible à la voix, se vexe d’une réprimande dure et se met à travailler mollement pendant plusieurs jours si l’on a été injuste avec lui.

Avec les enfants, il est patient, mais son gabarit en fait un chien qui bouscule sans le vouloir un petit de trois ans. Avec les chats, la cohabitation fonctionne si elle est installée tôt ; un adulte arrivé à six ans dans une maison à chats posera un problème d’instinct de poursuite, pas d’éducation.

Les premiers mois d’un chiot auvergnat

La socialisation urbaine est le vrai chantier. Un chiot élevé dans une cour de ferme découvre à quatre mois les bus, les portes automatiques et les groupes d’adolescents, et peut se figer. Sortez-le en ville dès la fin de sa primo-vaccination, sur des séances courtes.

Le rappel se construit avant que l’instinct d’arrêt ne prenne le dessus, soit avant six mois. Passé cet âge, la présence d’une compagnie de perdrix efface tout apprentissage bâclé. Beaucoup d’acheteurs découvrent à un an que leur chien s’absente quarante minutes dès qu’il est lâché en plaine.

Côté croissance, évitez les escaliers répétés et les sauts de coffre de voiture jusqu’à un an : les articulations d’un chien de 25 kilos ne sont pas fermées avant. Une gamelle de croissance pour chien de taille moyenne, deux repas par jour, et pas de complémentation calcique sans avis vétérinaire.

Appartement ou maison

La question revient à chaque portée et la réponse honnête est nuancée. Un Auvergne peut vivre en appartement, parce qu’il s’éteint bien à l’intérieur et qu’il n’aboie presque pas. Il ne peut pas vivre en appartement chez quelqu’un qui rentre à vingt heures et sort dix minutes. Ce qui compte n’est pas la surface au sol mais le nombre de minutes passées dehors chaque jour, en terrain où le chien peut courir librement.

Le jardin, lui, ne remplace rien. Un chien laissé seul dans un jardin ne se dépense pas, il patrouille et s’ennuie. Il apprend en revanche très vite à sauter une clôture d’un mètre vingt lorsqu’un lièvre passe de l’autre côté, et la plupart des fugues signalées dans la race commencent exactement ainsi.

Santé et budget annuel

L’espérance de vie se situe autour de 12 à 14 ans. La race passe pour saine, et elle l’est globalement, mais deux points méritent attention. La dysplasie coxo-fémorale existe comme chez tous les chiens de ce format : exigez la cotation officielle des deux parents, de A à E, lisible sur le certificat de radiographie. Les oreilles pendantes et le travail en zone humide entretiennent les otites externes ; un séchage du pavillon après chaque baignade et un contrôle hebdomadaire suffisent le plus souvent.

Le poids se surveille de près chez un chien de chasse au repos une grande partie de l’année. Un Auvergne de salon nourri comme un Auvergne de battue prend deux kilos par saison sans que son maître s’en aperçoive, et ces deux kilos finissent par peser sur des hanches déjà sollicitées. La règle de terrain est visuelle : les deux dernières côtes doivent se deviner sous la main sans appuyer, et la taille se dessiner vue de dessus.

L’entretien du poil se résume à un gant de caoutchouc une fois par semaine. Le poil ras ne dispense pas d’un examen de la peau : les mouchetures cachent mal les tiques, mais les épillets, eux, se glissent entre les doigts au printemps et passent inaperçus jusqu’à l’abcès.

Trouver un chiot dans une race confidentielle

Les naissances annuelles inscrites au LOF se comptent en centaines, pas en milliers : le Braque d’Auvergne reste une race d’initiés, portée par des élevages familiaux souvent situés dans le Massif central et le Sud-Ouest. Il faut donc accepter d’attendre une portée et de faire de la route.

Un élevage sérieux vous montre la mère, vous laisse voir où les chiots ont grandi, fournit les résultats de dépistage des parents et remet le chiot identifié, vacciné, avec son certificat vétérinaire de moins de huit jours et son document d’inscription provisoire au LOF. Un vendeur qui propose une livraison sur un parking, qui a « plusieurs races disponibles » et qui parle de pedigree « à venir » vend autre chose qu’un Auvergne.

Un dernier détail que les éleveurs répètent aux nouveaux propriétaires : le mouchetage d’un chiot n’est pas définitif. Les nouveau-nés naissent presque blancs, et les charbonnures se densifient pendant les premières semaines. Juger la robe d’un Auvergne à trois jours de vie n’a aucun sens.

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