Braque de Saint-Germain : la fiche complète d’un chien d’arrêt rare

Braque de Saint-Germain

Le Braque de Saint-Germain est un chien d’arrêt français qu’on croise peu, y compris sur les terrains de chasse. Quelques centaines d’inscriptions au LOF chaque année, une poignée d’élevages en activité : la race tient debout grâce à un noyau restreint de passionnés qui se connaissent presque tous. Voici la fiche complète, du standard au budget, pour savoir si ce braque blanc et orange a sa place chez vous.

Une race née d’un croisement franco-anglais

L’histoire commence au début du XIXe siècle, du côté de Compiègne puis de Saint-Germain-en-Laye, dans les chenils royaux de la Restauration. On y marie des Braques français à des Pointers anglais importés outre-Manche. L’objectif est simple : garder le nez et la sagesse du braque national, y ajouter la vitesse et le style d’arrêt du Pointer.

Le résultat prend le nom du lieu où la meute était entretenue. Les chasseurs bourgeois du Second Empire s’en emparent, la race se répand dans le Bassin parisien, puis décline avec la mécanisation des campagnes et la mode des braques allemands. Elle a frôlé la disparition après la Seconde Guerre mondiale et ne doit sa survie qu’à un club de race obstiné.

Ce passé se lit encore dans le chien d’aujourd’hui. Il est plus rapide et plus haut sur pattes qu’un Braque français, plus posé et plus proche de son conducteur qu’un Pointer. Les éleveurs eux-mêmes ne s’accordent pas toujours sur le dosage idéal entre les deux héritages, et les lignées se distinguent nettement sur ce point.

À quoi il ressemble

C’est un chien de taille moyenne à grande, sec, jamais massif. Le mâle se situe le plus souvent entre 56 et 62 cm au garrot, la femelle entre 54 et 59 cm, pour un poids qui tourne autour de 18 à 26 kg selon le sexe et la condition physique. Un braque de chasse en pleine saison porte peu de gras : on doit deviner les dernières côtes sans les voir saillir.

La robe est sa signature. Fond blanc mat, marques orange plus ou moins étendues, souvent une oreille et un masque colorés, parfois du moucheté sur le corps. Le poil est court, fin, sans sous-poil épais. Les yeux sont dorés, l’expression douce, ce qui surprend chez un chien aussi vif au travail.

La queue était traditionnellement écourtée. La caudectomie de convenance étant interdite en France, les chiots naissent et restent aujourd’hui avec une queue entière, portée horizontalement en action. Un Saint-Germain à queue longue n’a rien d’une faute de type, c’est simplement la génération actuelle.

Braque de Saint-Germain blanc à marques orange, debout de profil en lisière de forêt
La robe blanche à taches orange et les yeux dorés distinguent le Saint-Germain des autres braques français.

Le caractère d’un chien d’arrêt doux

Sur le terrain, il chasse à une allure soutenue, le nez haut, dans une quête assez large mais qui reste sous contrôle. L’arrêt est ferme, souvent spectaculaire chez les bons sujets. Il travaille aussi bien la bécasse en sous-bois que la perdrix en plaine, et rapporte volontiers, y compris à l’eau, sans être un spécialiste du marais.

À la maison, c’est un chien étonnamment calme, presque pot de colle. Il dort sur le canapé, suit son maître de pièce en pièce et supporte mal l’isolement prolongé. Un Saint-Germain qui vit seul au chenil huit heures par jour développe des aboiements de frustration et des sauts sur la grille.

Il est doux avec les enfants et rarement agressif envers ses congénères. La sensibilité est son point faible : une correction brutale, un ton trop dur, et il se ferme. Les éducateurs qui le connaissent parlent d’un chien qui se dresse à la voix et au regard, pas à la contrainte.

Éduquer sans casser

Le rappel se travaille dès l’arrivée du chiot, avant que l’instinct de quête ne prenne le dessus vers huit ou dix mois. C’est la période la plus délicate : un jeune braque qui découvre l’odeur du gibier oublie tout le reste pendant quelques semaines. Long trait de longe, récompenses alimentaires de haute valeur, patience.

La socialisation urbaine mérite autant d’attention. Beaucoup de ces chiens grandissent à la campagne, dans un environnement pauvre en stimulations, et se révèlent craintifs en ville à l’âge adulte. Emmener le chiot en centre-ville, dans les transports et au marché entre huit et seize semaines change tout.

Le dressage à l’arrêt proprement dit vient plus tard, souvent avec un professionnel ou au sein d’un club de chiens d’arrêt. Le club de race organise des épreuves de terrain qui servent de baromètre aux éleveurs pour sélectionner les reproducteurs. Un chiot issu de parents titrés en field trial ne fera pas forcément un chien de salon paisible.

Santé et longévité

La race a la chance de venir d’un effectif peu consanguin par rapport à des races à la mode, et n’accumule pas de tares spectaculaires. La dysplasie coxo-fémorale reste le point de vigilance principal : elle se dépiste par radiographie officielle à partir de douze mois et se note de A à E. Demandez les cotations des deux parents, un éleveur sérieux les fournit sans qu’on insiste.

Les oreilles tombantes se ferment mal et retiennent l’humidité, surtout après une sortie dans les roseaux. L’otite externe est le motif de consultation le plus fréquent chez les braques. Un nettoyage hebdomadaire au produit auriculaire suffit à l’éviter dans la plupart des cas.

Les torsions d’estomac concernent les chiens à poitrine profonde, ce qui est son cas. Deux repas par jour plutôt qu’un seul, pas d’effort violent dans l’heure qui suit, et vous connaissez les signes d’alerte : ventre tendu, tentatives de vomissement à vide, agitation. C’est une urgence chirurgicale, pas une attente jusqu’au lendemain.

Entretien du poil et de la peau

Le poil court demande peu : un gant de caoutchouc une fois par semaine retire le poil mort, davantage pendant les deux mues annuelles. Pas de toilettage professionnel à prévoir, pas de tonte, pas de coupe. Le bain reste occasionnel, deux ou trois fois par an suffisent sauf accident de boue.

La peau claire sous le poil blanc est sensible au soleil sur la truffe et le bout des oreilles chez les sujets peu pigmentés. Les griffes s’usent naturellement chez un chien qui court sur terrain dur, moins chez un chien de ville qui aura besoin d’une coupe mensuelle.

Prix, élevages et délai d’attente

La rareté joue davantage sur l’attente que sur le tarif. Le prix d’un chiot inscrit au LOF se situe dans la fourchette habituelle des chiens d’arrêt français, généralement de 800 à 1 200 euros. Ce montant couvre l’identification par puce, les premières vaccinations, le certificat vétérinaire de bonne santé et les papiers de la portée.

La difficulté est de trouver une portée. Le club de race tient à jour la liste des saillies et des naissances : c’est le point de départ, plus fiable que les sites de petites annonces où le nom « Braque de Saint-Germain » sert parfois d’étiquette à des croisés blanc et orange sans origine. Un chiot sans pedigree n’est pas un Saint-Germain, c’est un chien d’apparence braque.

Questions fréquentes

Peut-il vivre en appartement ?

Oui, à condition d’assumer les deux sorties longues quotidiennes et de sortir aussi le week-end. Il est calme à l’intérieur, ne détruit pas si ses besoins sont couverts et aboie peu en dehors des passages devant la porte. Le vrai obstacle n’est pas la surface du logement, c’est le temps disponible du maître.

Convient-il à un premier chien ?

À un premier chien de famille sportive, oui. À un foyer sédentaire, non. Sa docilité en fait un braque plus abordable que d’autres, mais son besoin de dépense reste celui d’un chien de chasse sélectionné pour courir des heures.

Combien de temps vit-il ?

Une douzaine d’années en moyenne, parfois davantage chez les sujets restés minces toute leur vie. Le surpoids est le premier facteur qui raccourcit la vie d’un braque à la retraite, quand la ration de saison de chasse continue après l’arrêt du travail.

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