Braque Italien (Bracco Italiano) : gabarit, trot de quête et santé
Le Braque Italien, appelé Bracco Italiano dans son pays, est le plus lourd et le plus atypique des chiens d’arrêt continentaux. Une tête sculptée aux axes crâniens divergents, des babines pendantes, un fanon sous la gorge, des oreilles très longues, et une allure de travail qui n’est pas le galop mais un trot allongé : rien chez lui ne ressemble à un braque français ou à un pointer.
C’est aussi une race ancienne, présente dans la peinture italienne de la Renaissance, et qui a bien failli s’éteindre au début du XXe siècle avant d’être relevée par quelques éleveurs du Piémont et de Lombardie. Cette fiche détaille son standard, son caractère, son entretien et les points de santé propres à la race.
Un chien d’arrêt venu de la Renaissance italienne
Deux souches se distinguaient historiquement : un braque piémontais plus léger et plus clair, souvent blanc et orange, et un braque lombard plus massif et plus foncé, marron roan. Le standard moderne a fusionné les deux dans une seule race, ce qui explique qu’on croise encore des sujets sensiblement différents d’aspect selon les lignées.
La chute des effectifs au tournant du XXe siècle tient aux mêmes causes qu’ailleurs en Europe : la mode des chiens d’arrêt britanniques, plus rapides, et deux guerres. La reconstruction s’est appuyée sur des chiens de chasseurs du nord de l’Italie, puis sur la création d’un club de race italien. La FCI le classe en groupe 7, section des chiens d’arrêt continentaux, aux côtés du Spinone Italiano, qui est une race différente à poil dur.
Une tête qu’on ne confond avec aucune autre
Le crâne et le chanfrein forment des axes divergents, c’est-à-dire que les lignes de la tête, prolongées vers l’arrière, s’écartent l’une de l’autre. Ce détail technique, que les juges vérifient de profil, est le marqueur de type le plus fort de la race. Ajoutez-y un occiput saillant, un stop peu marqué, une truffe large et charnue, et des lèvres supérieures qui descendent bien au-dessous de la mâchoire.
Les oreilles, longues, étroites à l’attache et légèrement enroulées, encadrent le visage jusqu’au bout du nez quand on les rabat vers l’avant. La peau, plus ample que chez les autres braques, forme un fanon sous la gorge et parfois quelques plis sur le crâne. L’œil, ovale, va de l’ocre au brun selon la couleur de la robe, avec une expression douce qu’on remarque immédiatement.
Le plus lourd des chiens d’arrêt continentaux
Le mâle mesure environ 58 à 67 cm au garrot, la femelle environ 55 à 62 cm, pour un poids adulte qui peut aller de 25 à 40 kg. Ces chiffres placent la race très au-dessus d’un vizsla ou d’un Braque du Bourbonnais. Le corps s’inscrit dans un carré, avec un dos puissant, des reins courts et une croupe longue et légèrement inclinée.
Cette masse a des conséquences pratiques. Un Bracco adulte de 38 kg mange davantage, use plus vite ses articulations et demande une croissance surveillée : alimentation adaptée aux grandes races, pas d’escalier ni de saut avant la fin de la croissance, pas de jogging sur bitume avec un chien de moins de quinze mois.

Robe orange ou marron
Le standard admet deux familles de couleur. Le blanc et orange, avec ou sans mouchetures, correspond à l’ancienne souche piémontaise ; le blanc et marron, souvent en roan dense qu’on appelle roano-marrone, vient de la souche lombarde. Le blanc pur existe aussi. Le noir, en revanche, est éliminatoire dans cette race, sous quelque forme que ce soit.
La pigmentation suit la robe : truffe chair à rosée chez les orange, brune chez les marron. Le poil est court, dense et lustré, un peu plus fin sur la tête, les oreilles et la face avant des membres. Il ne demande aucun toilettage particulier, ce qui compense un peu le travail que réclament les oreilles.
Le trot allongé, allure de travail
La particularité la plus intéressante de la race tient à son mode de déplacement en quête. Là où la plupart des chiens d’arrêt modernes galopent, le Bracco travaille au trot, un trot ample et couvrant qu’il tient très longtemps, tête haute, en balayant le vent. Les juges de field trial italiens sanctionnent d’ailleurs un sujet qui bascule au galop en quête.
Ce style produit un chien plus lent en vitesse de pointe mais très endurant, adapté à la chasse à pied dans un terrain travaillé au détail. Il arrête franchement, souvent en position basse, et rapporte volontiers. Pour un chasseur habitué à un pointer, le premier réflexe est de trouver le Bracco mou : c’est une différence de méthode, pas de motivation.
Caractère à la maison
Le Braque Italien a la réputation d’être le plus doux des braques, et cette réputation tient plutôt bien à l’usage. C’est un chien posé à l’intérieur, peu aboyeur, très demandeur d’affection, qui supporte mal les reproches et se vexe visiblement. Il s’entend en général bien avec les enfants, à condition de tenir compte de son poids.
Le revers, c’est un chien qui bave. Des lèvres amples et un fanon signifient de la salive sur le carrelage après chaque gamelle d’eau, et parfois sur le pantalon d’un visiteur. Ceux qui achètent la race pour son allure sans avoir jamais vécu avec un chien à babines découvrent ce détail au bout de trois jours.
Éducation d’un chien lent à mûrir
La maturité arrive tard, souvent après deux ans et demi. Pendant tout ce temps, on a un grand chien maladroit qui garde des réactions de chiot. Les séances doivent rester courtes, positives et fréquentes ; la répétition longue l’ennuie et il décroche. Le rappel se construit tôt, avant que la quête ne prenne le pas.
Sur le plan de la dépense, comptez au moins deux heures d’activité par jour pour un adulte, réparties en plusieurs sorties, avec un vrai temps en liberté. Ce chien n’est pas fait pour un appartement sans jardin ni pour un maître absent la journée. Sa taille impose aussi une voiture adaptée et une place au sol qu’on sous-estime souvent.
Points de santé propres à la race
La dysplasie coxo-fémorale et la dysplasie du coude concernent tous les grands chiens d’arrêt et se dépistent par radiographie officielle, cotée de A à E pour la hanche. Chez une race de ce gabarit, la dilatation-torsion de l’estomac est un risque réel : poitrine profonde, repas volumineux, effort trop proche du repas.
Deux points sont plus spécifiques. Les paupières amples exposent à l’entropion comme à l’ectropion, avec conjonctivites à répétition à la clé. Par ailleurs une forme héréditaire d’amyloïdose rénale a été décrite dans la race, avec des cas de fièvres récurrentes chez de jeunes adultes évoluant vers une insuffisance rénale : les clubs de race italiens et britanniques recensent les cas et les élevages sérieux connaissent le sujet. Posez la question, la réponse vous renseigne autant que son contenu.
Trouver un chiot et ce qu’il coûte
La race est rare en France : les naissances inscrites au LOF se comptent chaque année sur les doigts de quelques mains, et beaucoup d’acheteurs se tournent vers l’Italie ou le Royaume-Uni. Le prix d’un chiot se situe le plus souvent entre un millier et deux mille euros selon l’élevage et l’origine des parents.
Exigez les cotations de hanches et de coudes des deux parents, demandez si des cas d’insuffisance rénale précoce sont connus dans l’ascendance, et regardez la tête des reproducteurs : axes divergents, œil sain, paupières bien appliquées. Un chiot vendu comme « braque italien » sans pedigree est le plus souvent un croisement de braque, et son prix devrait s’en ressentir.
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