Chien courant de Posavatz : le courant croate de la vallée de la Save

Chien courant de Posavatz

La Posavina, c’est la plaine humide qui borde la Save, entre la Croatie et la Bosnie. Des bois inondables, des roselières, des sols lourds où un chien s’enfonce jusqu’au jarret. Le Chien courant de Posavatz vient de là, et sa morphologie raconte ce terrain avant même qu’on ait ouvert un standard.

Son nom d’origine est le Posavski gonič. Les chasseurs de la région l’appellent aussi le Boskin. C’est une race de travail, encore utilisée comme telle chez elle, quasiment absente du reste de l’Europe et pratiquement inconnue en France, où l’on compte les sujets sur les doigts d’une main.

Un courant de plaine humide, pas un chien de montagne

La différence saute aux yeux quand on le compare aux courants istriens, ses voisins croates. Le Posavatz est plus long que haut, bâti bas sur pattes pour un courant, avec une ossature solide et une musculature sèche. Il ne cherche pas la vitesse pure. Il cherche la constance sur un sol qui aspire les pattes.

La taille tourne autour de 46 à 58 centimètres au garrot selon le sexe, pour une vingtaine de kilos. Le poil est court, dense, un peu rêche, couché sur le corps et légèrement plus long sur le ventre et le dessous de la queue. La robe caractéristique va du froment au roux, souvent avec du blanc sur le chanfrein, la gorge, le poitrail et l’extrémité de la queue. Les oreilles sont longues, tombantes, portées à plat contre les joues.

La FCI le classe dans le groupe 6, celui des chiens courants, chiens de recherche au sang et races apparentées. La race est ancienne dans les faits, mentionnée depuis longtemps dans les campagnes de la Save, mais sa reconnaissance officielle et la mise en place d’un livre des origines sont récentes à l’échelle de son histoire.

Comment il travaille

Le Posavatz est un chien de quête méthodique. Il ouvre la voie du lièvre ou du renard, la mène en donnant de la voix, et sa qualité première est de ne pas la perdre quand le terrain se complique. Dans les fourrés inondables, une trace se brouille vite : le chien qui gagne n’est pas le plus rapide, c’est celui qui recolle.

Sa voix est haute et bien portante, ce qui compte dans un couvert dense où le chasseur ne voit rien. En Croatie, il travaille aussi en petite meute sur le sanglier et le chevreuil, ce qui suppose une tolérance forte entre chiens. Un sujet querelleur ne fait pas de vieux os dans un équipage.

Le tempérament, entre attachement et indépendance

Les chasseurs croates décrivent un chien étonnamment demandeur de contact humain pour un courant. Il suit son maître à la maison, réclame la présence, supporte mal l’isolement au chenil sans compagnie. C’est une différence nette avec certains courants d’Europe centrale, plus distants.

Cela ne signifie pas qu’il obéit. Sur le terrain, il travaille loin et prend ses décisions seul, parce que c’est ce qu’on lui a demandé pendant des générations. Le rappel reste le point difficile, et il le restera. Un maître honnête accepte que son chien ne soit pas fiable en liberté dans un secteur giboyeux, et travaille en longue longe ou en zone clôturée.

Chien courant de Posavatz

Avec les enfants, la race a bonne réputation : peu de réactivité, une tolérance solide aux manipulations, une absence d’agressivité qui vient de la sélection en meute. Avec un chat, tout dépend de l’âge d’introduction. Un chiot élevé avec le chat de la maison s’en accommode. Un adulte qui a chassé trois saisons et découvre un chat à six ans est une autre histoire, et l’instinct de poursuite ne se raisonne pas à ce stade.

Éduquer un chien qui a été fait pour décider seul

La méthode qui marche est celle de la récompense, avec une répétition patiente et des exigences qui montent doucement. Ce chien apprend vite, il comprend au bout de trois répétitions. Le problème n’est jamais la compréhension, c’est la motivation à obéir quand une odeur intéressante traverse le champ.

Trois chantiers valent d’être ouverts dès l’arrivée du chiot : la marche en laisse sans traction, parce qu’un courant adulte qui tracte pèse lourd ; le rappel travaillé quotidiennement en environnement de plus en plus chargé ; et la gestion de la voix, en évitant de renforcer sans le vouloir l’aboiement de demande à la porte ou à la gamelle.

Santé et entretien au quotidien

C’est un chien rustique, sans exagération de type, ni museau raccourci ni angulations excessives. Les soucis viennent surtout de la vie de chasse plutôt que de la génétique. Les oreilles longues et plaquées ferment le conduit auditif et retiennent l’humidité : les otites externes sont le motif de consultation le plus fréquent chez ces courants, et un contrôle après chaque sortie évite l’essentiel des problèmes.

Les épillets sont l’autre plaie de la saison sèche, entre les doigts, dans les oreilles et dans les narines. Les coussinets s’abîment sur les chaumes et les cailloux. La dysplasie coxo-fémorale existe comme dans toute race de cette taille, et le dépistage radiographique avec la cotation A à E se demande à l’éleveur pour les deux parents.

Le pelage court se contente d’un gant de caoutchouc une fois par semaine. Pas de toilettage, pas de tonte, une mue modérée deux fois par an. La ration se cale sur l’activité réelle : un chien qui travaille trois jours par semaine en automne n’a pas les mêmes besoins qu’en juillet, et le repas se donne à distance de l’effort pour limiter le risque de dilatation torsion de l’estomac.

En acquérir un en France

Il n’y a pas d’élevage français structuré. Les naissances se passent en Croatie et en Bosnie, dans des lignées de chasse tenues par des pratiquants plus que par des éleveurs professionnels. Un acquéreur sérieux se rapproche du club de race croate, se déplace, voit les parents au travail et repart avec un pedigree reconnu.

Les formalités sont celles de toute importation intracommunautaire : puce électronique, passeport européen, vaccination antirabique valide et respect du délai réglementaire avant le transport. Un chiot proposé sans identification, sans pedigree et livré par transporteur au bord d’une autoroute est un chiot à refuser, quel que soit le prix affiché.

Dernier point de réalisme : cette race a été façonnée pour chasser plusieurs jours par semaine sur un terrain difficile. Vivre en maison avec jardin ne suffit pas, il faut un maître qui court, marche ou pratique le pistage. Sans emploi, le Posavatz s’ennuie, aboie et fugue. Avec un emploi, c’est un chien facile à vivre qui dort au pied du fauteuil dès qu’il rentre.

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