Chien courant de Schiller : le plus rapide des courants suédois
En Suède, la chasse au chien courant se pratique à un seul chien. Pas de meute, pas d’équipage : le chasseur lâche son chien au petit matin, s’installe et écoute. Tout le système de sélection des courants suédois découle de cette règle, et le Chien courant de Schiller en est le représentant le plus rapide.
Son nom suédois est le Schillerstövare. Il vient d’un éleveur, Per Schiller, dont les chiens se sont fait remarquer à la fin du XIXe siècle. La race a été reconnue par le club canin suédois en 1907, ce qui en fait l’une des plus anciennes reconnaissances scandinaves.
Ce que veut dire « rapide » chez un courant
La réputation de vitesse du Schiller n’est pas une figure de style commerciale. Elle décrit une manière de mener : ce chien pousse le lièvre à une allure qui l’oblige à faire des boucles courtes, et le ramène plus vite devant le poste que la plupart des autres courants. En contrepartie, un chien qui va vite doit avoir un nez capable de suivre le rythme, faute de quoi il perd la voie et tourne à vide.
Cette double exigence a produit un chien sec, léger d’ossature pour sa taille, avec des membres longs et une poitrine descendue mais peu large. Le format est celui d’un athlète d’endurance rapide, pas celui d’un lutteur. Les mâles se situent autour de 53 à 61 centimètres au garrot, les femelles un peu en dessous.
La robe et les repères morphologiques
Le Schiller se reconnaît à sa robe noir et feu franche : un manteau noir bien délimité sur le dos et les flancs, un fond fauve rouge sur la tête, les membres et le dessous. La netteté de la limite entre les deux compte pour les juges, et les marques blanches ne sont pas admises au standard.
Le poil est court, dur, bien serré, avec un sous-poil qui s’épaissit l’hiver. C’est ce sous-poil qui permet au chien de travailler par températures négatives sans l’équipement qu’on met à un braque. La tête est allongée, le stop peu marqué, les oreilles souples et attachées haut, portées relevées quand le chien est en action.
Un point que les éleveurs suédois surveillent : la queue. Elle doit être portée droite, dans le prolongement du dos ou légèrement relevée, jamais enroulée sur le rein. Une queue en trompette est un défaut classique dans les lignées qui se sont éloignées du travail.
Le déroulé d’une journée de chasse
Le chien est lâché sur un secteur, il quête seul, souvent hors de vue pendant vingt ou trente minutes. Quand il ouvre, sa voix change de registre et le chasseur sait ce qui se passe rien qu’au son : rapprocher hésitant, voie chaude, changement de direction. Le lièvre, poursuivi, tourne en boucle et repasse par son point de départ. Le chasseur attend au bon endroit.
Une chasse de ce type dure plusieurs heures, et le chien travaille une grande partie du temps à distance. Les propriétaires suédois équipent leurs chiens d’un collier GPS depuis longtemps, moins pour la performance que pour éviter de passer la nuit à chercher un chien parti sur un chevreuil à cinq kilomètres.
À la maison, un chien discret qui devient bruyant s’il s’ennuie
Le Schillerstövare a la réputation d’être doux et posé à l’intérieur. Il se couche, il dort, il ne réclame pas d’attention en continu. Cette tranquillité tient à une condition simple : le chien doit avoir couru. Un courant sous-employé développe deux symptômes reconnaissables, l’aboiement à répétition et la fugue.
Sa relation au maître est chaleureuse mais pas fusionnelle. Il n’est pas collant, il n’a pas besoin d’être touché en permanence, et il supporte la solitude à condition qu’elle soit encadrée par de la dépense. Avec les enfants, la race est sûre, sans réactivité particulière. Avec un chat de la maison, la cohabitation se construit tôt ou pas du tout.
L’indépendance est le point sur lequel les nouveaux propriétaires se trompent le plus. Ce chien n’est pas têtu au sens où il chercherait à s’opposer. Il est simplement construit pour agir sans consulter, et le rappel entre en concurrence directe avec l’activité pour laquelle il a été sélectionné pendant plus d’un siècle.
Santé et suivi vétérinaire
La race est saine dans l’ensemble, sans exagération morphologique et avec une population de travail qui a maintenu une pression de sélection sur la locomotion. La dysplasie coxo-fémorale reste le dépistage de base : les élevages suédois radiographient les reproducteurs et publient la cotation A à E, demandez celle des deux parents avant de réserver un chiot.
Les otites externes sont fréquentes, comme chez tous les chiens à oreilles tombantes qui travaillent dans la végétation humide. Un contrôle et un séchage du pavillon après chaque sortie règlent la majorité des cas. Les blessures de terrain viennent ensuite : coupures de coussinets, épines, épillets logés entre les doigts.
L’espérance de vie se situe dans la moyenne des chiens courants de cette taille, de l’ordre de douze ans pour un sujet correctement nourri et actif. Le surpoids est le principal facteur qui la raccourcit : un courant retraité à huit ans qui garde la ration de sa période active prend deux kilos par an et paie l’addition sur les articulations.
Trouver un Schillerstövare en France
La race reste confidentielle hors de Scandinavie, avec un nombre d’inscriptions annuelles au livre des origines français proche de zéro. L’acquisition passe donc par la Suède ou la Norvège, avec une liste d’attente, un déplacement et les formalités d’importation intracommunautaire : identification électronique, passeport européen et vaccination antirabique valide dans les délais réglementaires.
Le prix se discute avec l’éleveur et dépend du pedigree de travail. Ce qui pèse davantage dans la décision : voir les parents, savoir combien de jours par saison ils chassent réellement, et vérifier que la portée est inscrite au livre des origines suédois. Un chiot sans pedigree vendu comme Schiller n’est pas un Schiller, c’est un chien noir et feu.
Pour qui veut ce type de chien sans l’importation, les courants français de taille moyenne offrent des qualités de nez et de voix comparables, avec un réseau d’éleveurs dense et un suivi de club sur le terrain. Le Schiller garde son intérêt pour un chasseur qui pratique seul, sur le lièvre, et qui cherche précisément ce mélange de vitesse et de constance.
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