Chien de rouge de Hanovre : le limier lourd des forêts allemandes
On présente parfois le chien de rouge de Hanovre comme un emblème de la ville allemande. La réalité est plus prosaïque et plus intéressante : la race porte ce nom parce qu’elle a été fixée dans les chenils de la cour de Hanovre, au service des grandes chasses royales. Ce n’est pas une statue sur une place, c’est un outil de forestier qui a traversé deux siècles sans changer de fonction.
Aujourd’hui encore, quand un sanglier part blessé dans une forêt de Basse-Saxe, c’est ce chien-là qu’on appelle. Sa mission tient en une phrase : retrouver l’animal touché pour qu’il soit achevé, plutôt que le laisser agoniser hors de vue.
Du limier médiéval au chenil du Jägerhof
Avant l’arme à feu, la chasse au grand gibier commençait par le rapprocher : un veneur tenait en laisse un limier chargé de localiser le cerf au petit matin, sans donner de la voix, puis on lançait la meute. Ce chien de quête, le Leithund, a laissé sa morphologie à la race actuelle. La grosse tête, la peau souple sur le crâne, les babines développées, la démarche pesante viennent directement de là.
Quand le fusil rayé s’est généralisé au XIXe siècle, le besoin a changé de nature. On ne cherchait plus l’animal avant le tir mais après, quand la balle avait manqué son point vital. Les chasseurs de la cour de Hanovre ont conservé et spécialisé leurs limiers pour cette tâche. Un club allemand voué à la race se crée à la fin du XIXe siècle et impose, là encore, la sélection sur le travail plutôt que sur le physique.
Le chien de rouge de Bavière descend d’ailleurs de lui : les Bavarois ont allégé le Hanovre pour la montagne. Les deux races se croisent aujourd’hui dans les mêmes épreuves, avec une répartition simple. Le Bavarois pour les pentes, le Hanovre pour les grandes forêts de plaine et les recherches longues.
Un chien bâti pour peser sur la piste
Les mâles mesurent environ de 50 à 55 centimètres au garrot, les femelles de 48 à 53. Le poids surprend au regard de cette taille : de 30 à 40 kilos pour un mâle, un peu moins pour une femelle. Ce chien est bas sur pattes, long de corps, avec un poitrail profond et une ossature lourde. Il n’a rien d’un athlète rapide, et ce n’est pas le sujet.
La robe va du rouge cerf clair au brun sombre, souvent bringée, avec un masque foncé qui peut couvrir toute la face. Le poil est court, dense, couché. Les oreilles descendent bas, larges et arrondies au bout. La peau du front se plisse légèrement quand le chien travaille, ce qui lui donne cet air soucieux caractéristique.
Ce que ce chien n’est pas
Il n’est pas un chien courant. Un chien courant chasse à la voix, en meute, sur une voie chaude, et pousse l’animal vers les tireurs. Le Hanovre fait l’inverse : il travaille seul, silencieux, attaché à une longe, sur une piste vieille de douze à trente-six heures. Confondre les deux amène à mal l’éduquer, en cherchant à le lancer alors qu’il faut au contraire lui apprendre la lenteur.
Il n’est pas non plus un chien de garde, malgré sa masse. Il aboie peu, se méfie des inconnus sans les intimider, et son instinct de protection reste modeste. Un cambrioleur croiserait un chien qui le regarde et se recouche.
Le tempérament vu par ceux qui le conduisent
Les conducteurs décrivent un chien têtu, sûr de lui, qui prend ses décisions seul sur une piste et n’apprécie pas d’être contredit. C’est une qualité de travail : un limier qui se laisse influencer par son maître se trompe. Dans la vie courante, cette autonomie donne un chien lent à obéir, qui exécute quand il a compris l’intérêt et pas avant.
L’attachement au conducteur est fort mais discret. Ce n’est pas un chien démonstratif. Il suit, il s’installe dans la même pièce, il observe. Avec les enfants d’une maison, il est patient, mais sa masse et sa lenteur en font un mauvais partenaire de jeu pour un petit de trois ans.

Une journée hors saison de recherche
Un Hanovre a besoin de deux heures d’extérieur par jour, dont une partie en travail de nez. Le pistage d’entretien se pratique toute l’année sur pistes artificielles, tracées à la goutte de sang de gibier conservée au congélateur, vieillies de plusieurs heures avant de lancer le chien. Vingt minutes de piste fatiguent davantage qu’une heure de course.
Le reste du temps, il dort. Beaucoup. Un chien de sang adulte passe la plus grande partie de sa journée couché, ce qui rend la cohabitation en maison très facile pour peu que le contrat de travail soit rempli. En appartement, l’équation se complique moins par le bruit que par la boue rapportée à chaque sortie forestière.
Santé et entretien
Les points à surveiller correspondent à ceux de tout grand chien de travail lourd. La dysplasie coxo-fémorale se dépiste par radiographie officielle avec une cotation de A à E, et les résultats des reproducteurs se demandent avant tout achat. La dysplasie du coude suit le même protocole. Le volume du thorax justifie aussi la prudence face au syndrome de dilatation-torsion de l’estomac : repas fractionnés et repos après le travail plutôt qu’une grande gamelle avalée en rentrant.
Les oreilles longues et l’humidité des sous-bois provoquent des otites à répétition si on ne les contrôle pas après chaque sortie. En été, les épillets se logent entre les doigts et dans les conduits auditifs. Le poil court demande peu : un brossage par semaine, doublé pendant les mues de printemps et d’automne.
Se procurer un chiot
Les naissances françaises sont rares et les listes d’attente longues. La plupart des chiens actifs en France viennent d’Allemagne ou d’Autriche, où les clubs délivrent les chiots à des conducteurs déjà formés, parfois après un entretien et une visite. Le prix compte moins que l’engagement demandé : suivre une formation de conducteur, se rendre disponible pour les appels de recherche, présenter le chien aux épreuves.
Un détail qui dit bien la nature de la race : lors des épreuves allemandes, on juge autant la capacité du chien à retrouver l’animal que sa faculté à refuser une piste fraîche de gibier sain qui croiserait la sienne. Un limier qui part sur le mauvais animal a échoué, même s’il court vite et bien.
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