Mastiff : 80 kg à porter et une espérance de vie de 8 à 10 ans

Mastiff

Un mâle Mastiff adulte pèse entre 70 et 100 kg et mesure au minimum 76 cm au garrot. Une femelle descend rarement sous 55 kg pour 70 cm. Ces chiffres commandent tout le reste : le budget, la voiture, le sol de la maison, la place chez le vétérinaire, et surtout le nombre d’années que vous passerez ensemble. C’est le point de départ honnête d’une fiche sur cette race.

Le Mastiff est un molosse anglais du groupe 2 de la FCI, dans la section des chiens de type dogue. Sa fonction d’origine est la garde : il tenait la propriété, pas le troupeau, et son travail consistait à bloquer un intrus par sa masse plutôt qu’à le mordre. La race a failli disparaître après la Seconde Guerre mondiale, faute de moyens pour nourrir des chiens de cette taille en Angleterre, et l’effectif actuel descend d’un très petit nombre de reproducteurs reconstitués en partie avec des sujets américains et canadiens.

Une espérance de vie courte à accepter dès le départ

Les géants vieillissent vite. La croissance rapide, la charge sur les articulations et un cœur qui alimente une masse énorme font que le Mastiff est considéré comme senior vers cinq ou six ans. Huit à dix ans, c’est la fourchette réaliste ; les sujets qui atteignent douze ans existent, ils ne sont pas la norme.

Cela change la manière d’aborder l’adoption. Un enfant de six ans qui grandit avec un chiot Mastiff aura quinze ans quand le chien mourra, souvent moins. Les propriétaires de la race le savent et le disent : on aime un Mastiff en sachant qu’on l’aime pour peu de temps. Ceux qui ne le supportent pas devraient choisir une race moyenne.

Le tempérament réel

Le Mastiff est un chien calme, lent à s’énerver, peu démonstratif. Il ne court pas après une balle pendant une heure, il se couche contre la porte d’entrée et surveille. Avec les siens il est doux, y compris avec de jeunes enfants, mais 80 kg qui se retournent dans un couloir renversent un enfant de trois ans sans intention aucune. Les accidents domestiques dans cette race sont des accidents de masse, pas d’agressivité.

Envers l’étranger il est réservé, jamais démonstratif, et cette réserve doit rester une réserve. Un Mastiff mal socialisé qui décide d’écarter quelqu’un est physiquement ingérable pour la plupart des propriétaires. La socialisation entre huit semaines et cinq mois compte plus dans cette race que dans presque toute autre, parce que c’est la seule période où vous pouvez encore le porter.

Mastiff fauve à masque noir, couché de trois quarts sur l’herbe
Le fauve à masque noir est la robe la plus courante de la race, avec l’abricot et le bringé.

Nourrir un chien de 80 kg sans le faire tordre

Le risque de torsion se réduit par des habitudes simples : deux ou trois repas par jour plutôt qu’un seul, jamais de gamelle surélevée qui fait avaler de l’air, pas d’exercice dans l’heure qui précède ni dans l’heure qui suit le repas, une ration mouillée ou une gamelle anti-glouton chez le chien qui engloutit. Beaucoup d’éleveurs proposent la gastropexie préventive, une fixation chirurgicale de l’estomac à la paroi abdominale, souvent réalisée en même temps qu’une stérilisation. Elle n’empêche pas la dilatation, elle empêche la torsion. Discutez-en avec votre vétérinaire avant les deux ans du chien.

La croissance est l’autre chantier. Un chiot molosse nourri trop richement grandit trop vite et paie l’excès sur ses articulations. Une croquette formulée pour grande race, avec un rapport phosphocalcique maîtrisé, une ration pesée plutôt qu’à volonté, et pas de complément en calcium : le calcium ajouté sur un chiot géant fait des dégâts, pas des os solides.

Santé : la liste que l’éleveur doit connaître

La dysplasie coxo-fémorale touche la race ; le dépistage radiographique existe et donne une cotation de A à E, à demander sur les deux parents. La dysplasie du coude se lit de même, de 0 à 3. La cardiomyopathie dilatée et la sténose aortique justifient un examen cardiaque, échographie comprise, chez les reproducteurs. Les yeux méritent un contrôle : entropion et ectropion sont fréquents dans les races à peau lâche, et l’atrophie progressive de la rétine existe dans certaines lignées.

Deux points moins connus. Le Mastiff supporte mal la chaleur : museau court, masse importante, thermorégulation lente. Au-dessus de 25 degrés, la promenade se fait tôt le matin ou tard le soir, jamais entre midi et cinq heures. Et l’anesthésie d’un chien de cette taille est un acte à part entière, avec un dosage adapté à la masse maigre et non au poids total : parlez-en à un vétérinaire habitué aux géants.

L’éducation d’un chien plus lourd que vous

La règle tient en une image : tout ce que vous acceptez d’un chiot de 15 kg, vous l’accepterez d’un adulte de 85. Sauter pour dire bonjour, tirer en laisse, monter sur le canapé, franchir la porte le premier : rien de tout cela ne se corrige facilement une fois la masse installée. La marche en laisse sans traction se travaille dès trois mois, avec un harnais ou un collier plat, jamais avec un outil coercitif sur une trachée de molosse.

Le Mastiff apprend lentement mais retient bien. Il n’a pas l’envie de plaire d’un Golden : il évalue la demande, la trouve sensée ou non, puis obéit. Les séances courtes, trois ou quatre minutes, répétées, valent mieux que la demi-heure. La méthode dure ne donne rien de bon avec un chien de garde qui pèse le poids d’un adulte humain.

Le quotidien concret

Deux sorties par jour, trente à quarante-cinq minutes chacune, sur terrain plat pour un jeune chien. Pas de jogging, pas de vélo, pas d’escaliers à répétition avant la fin de la croissance, qui s’achève vers dix-huit à vingt-quatre mois. Un jardin clos par une clôture sérieuse plutôt qu’un appartement, même si la race dort beaucoup : le problème d’un appartement n’est pas l’espace, c’est l’escalier et l’ascenseur le jour où le chien ne marche plus.

Le poil court se brosse une fois par semaine avec un gant de caoutchouc. Les plis du museau se nettoient et se sèchent, sinon ils s’infectent. Le Mastiff bave, franchement, surtout après avoir bu : les propriétaires gardent une serviette accrochée près de la porte, ce n’est pas une plaisanterie de forum. Il ronfle aussi, et fort.

Prix et choix de l’élevage

Un chiot inscrit au LOF chez un éleveur français se négocie en général entre 1 500 et 2 500 euros. Le prix d’achat est la petite part du budget : l’alimentation, les soins et les éventuelles chirurgies pèsent bien davantage sur huit ans. Demandez à voir les cotations de hanches et de coudes des deux parents, le compte rendu cardiaque, et posez la question de l’âge de décès des grands-parents. Un éleveur qui suit sa lignée sait répondre. Une portée annoncée sans le moindre dépistage, dans une race où le squelette et le cœur décident de la durée de vie, se refuse sans discussion.

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